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Les portes d'un dessinateur : les frontières de l'imagination
Par Jorge Luis Rodríguez Aguilar Traduit par Alain de Cullant
L'imagination est l'utopie de franchir les limites.

La première porte est une feuille blanche. Ce papier que l'on tourne et tourne jusqu’à trouver sa position finale ; qui nous parle, qui nous invite à laisser une empreinte (pour très facile et simple, qu’elle soit), qui nous invite à être complice, une fois pour toute, de l'émerveillement de la création. La feuille est la première limite d'un dessinateur. La première frontière. Le premier saut. Le premier commencement.

La seconde porte est un livre. La révélation du mystère. Les pages qui passent et que l’on tourne avec les doigts. La magie et le savoir. La connaissance sans limites ou confinée à un espace délimité, enserrée entre les portes mobiles, minces, fragiles, blanches, profondes. Un livre est un trou dans l'espace d'une table, d'une étagère ou d’une bibliothèque. C'est la courbe à la fin du chemin, l'évasion espérée, le refuge de ceux qui veulent se perdre. Le mot écrit est la porte de la connaissance, des voyages et des souvenirs. C'est le trésor le mieux gardé. Le plaisir de lire. Pour moi, qui prétend être dessinateur, un livre est le cher frère, le père qui t’illumine dans les nuits les plus sombres, le professeur qui t’enseigne et qui t’éduque, qui t’invite à rompre le temps.

La troisième porte est l'imagination. Avec les yeux ouverts ou fermés. Peu importe. C'est l'utopie de franchir les limites, de sortir, de sillonner les mers, de briser la glace. Ces mondes infinis et nôtres. Ce sont les rêves, la passion contenue. Le moment le plus intime et personnel. Un dessinateur sans imagination est comme un champ sans vert, comme un arc-en-ciel sans fin, comme un baiser que l’on ne donne jamais, comme le parfum qui n'enchante pas, comme le conte que l’on ne raconte pas.

Une porte est un élément dans l'espace, qui tourne des deux côtés. Elle s'ouvre et se ferme. Elle laisse entrer et sortir. Elle contient et elle t’invite. Pour un dessinateur c’est un changement de regard, un pied devant l'autre, l'espace autour de deux éléments, un mot, l'interaction entre les couleurs, c’est la porte nécessaire pour commencez à créer. Sans portes il n'y a ni commencement ni fin. Celui qui n’ouvre pas une porte, qui a  peur de regarder le monde inconnu, qui ne franchit pas le seuil ou simplement se penche pour regarder à travers le trou de la serrure pour sentir et ensuite penser, ne devient pas grand. Pour un dessinateur, une porte est un élément qui se disjoint et s’ouvre, se pousse et s’enfonce, se trouve et se ferme.  Les portes d’un dessinateur sont les frontières de l'imagination.