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La plus célèbre maison de la trova de Cuba
Par Lino Betancourt Molina Traduit par Alain de Cullant
La Casa de la Trova Pepe Sanchez à Santiago de Cuba est sans aucun doute la plus célèbre de ces institutions culturelles à Cuba.
Illustration par : Alberto Lezcay

La Casa de la Trova Pepe Sanchez se trouve dans la rue de Heredia, entre les rues San Pedro et San Felix, à Santiago de Cuba. C’est sans aucun doute la plus célèbre de ces institutions culturelles à Cuba et son fondateur était Virgilio Palais, qui avait été cigarier, un des trois métiers des troubadours, les barbiers et les tailleurs étaient les deux autres. Dans sa jeunesse, Virgilio était cigarier dans une petite usine située à Santa Rita et Corona. Quand il avait un moment libre il aimait chanter des agréables boléros. Il possédait une puissante et magnifique voix de ténor, ce que l'on appelle une première voix dans la trova. Quelque temps plus tard, Virgilio a voulu travailler à son copte et il a décidé de vendre des tissus et des bibelots dans la campagne proche de Santiago, en particulier dans les sucreries et cannaies où il a réussi à se faire une bonne clientèle. C'était à la fin des années 50 du siècle dernier.

À cette époque, la lutte armée contre la tyrannie de Batista redoublait de violence dans la région orientale. Les petites affaires de l'entreprenant Virgilio ont commencé à s'aggraver. Aller dans la campagne était un risque et Virgilio a décidé de rester dans la ville.

Dans un étroit vestibule du rez-de-chaussée de la maison que le musicien Rafael Salcedo y de las Cuevas avait habité de nombreuses années, à côté de l'escalier qui mène à l'étage supérieur, Virgilio a installé une petite table et, avec l'aide de sa femme, il vendait des galettes, des cigarettes et des cigares. Mais ce métier précaire a également commencé à décroître. Virgilio passait la plus grande partie de la journée à ne rien faire et pour passer le temps il a commencé à chanter sans accompagnement musical. Ramón Márques et Mariano Carbonell, Perete, se sont unis à la voix de Virgilio, puis ils ont été rejoints par Anselmo Lainati, qui travaillait dans l’hôtel Casagranda.

Ensuite est venue la guitare d’Ángel Almenares. Avec son arrivée les choses ont changées et la trova qu’ils chantaient a pris de l’ampleur. Ángel Almenares formait un duo avec Márques et il alternait avec Virgilio. Leurs premiers admirateurs étaient les chauffeurs de l’hôtel Casagranda à qui se sont joints les fervents de la trova qui passaient dans cette rue.

Lorsque la Révolution a triomphé en 1959, les dangers qui avaient poussé Virgilio à rester dans la ville ont disparus. Il n'avait aucun intérêt de retourner dans la campagne. Il se sentait bien dans son ambiance musicale. Sa maison était presque une « casa de la trova ». Quand la petite boutique d’un barbier a fermé à côté de chez-lui, ils y allaient pour chanter. C’est ainsi que cet endroit s’est converti en une véritable « casa de la trova » à laquelle ils ont donné le nom de Pepe Sánchez, un des plus grands chanteurs cubains.

Dans les années 1960, la maison était fréquemment visitée par toutes les personnes qui venaient à  Santiago de Cuba. Elle est devenue la plus fréquentée et célèbre « casa de la trova » de Cuba. Ce petit local qui accueillait les chanteurs de Santiago avait un charme particulier qui s’est presque perdu quand il a été agrandi jusqu'à l’angle de la rue San Felix.

Aujourd'hui, la Casa de la Trova Pepe Sánchez est toujours la plus célèbre de Cuba. Elle offre quotidiennement le son de voix et des guitares des chanteurs unis au son oriental.

Le souvenir de Virgilio Palais et des autres chanteurs qui l’ont fondée est dans l'atmosphère de la maison. Son visage d'ébène nous regarde depuis le portrait qui se trouve sur un des murs de la maison qu’il a fondée avec d’autres amis qui ne sont plus. Il nous semble qu’il chante toujours avec sa formidable voix de ténor le boléro La lira rota de Miguel Companioni, qui était son favori.