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José Martí :  Sur le plus haut point de Cuba
Par Rolando López del Amo Traduit par Alain de Cullant
Un buste en bronze de José Martí de la sculptrice Jilma Madera Valiente est placé à presque deux mille mètres au-dessus du niveau de la mer sur le Pic Turquino.
Illustration par : Alberto Lezcay

En 1953, l'année du centenaire de la naissance de José Martí, un buste en bronze a été placé sur le plus haut point de la géographie cubaine à presque deux mille mètres au-dessus du niveau de la mer, sur le Pic Turquino.

Le buste a été fait par les mains d'une femme. Son nom est Lilia Jilma Madera Valiente, née à San Cristobal, province de Pinar del Rio, le 18 septembre 1915. On dit qu’elle est venue au monde à deux heures trente-cinq du matin dans la ferme La Victoria, appartenant à son père, un agriculteur aisé originaire des Asturies.

Elle a étudié les arts plastiques à San Alejandro et a montré très tôt un grand talent pour le modelage. Parmi ses professeurs elle a eu les célèbres sculpteurs Juan José Sicre et José Florencio Gelabert. Elle a également étudié la sculpture à New York, travaillant le bronze, le marbre et l’argile. Elle a voyagé à travers l'Europe. Elle a étudié au Mexique. Elle a eu une formation académique de haut niveau. Tout ceci lui a permis d'exécuter, en 1958, cette œuvre monumentale qu’est le Christ de La Havane qui contemple notre ville de son emplacement à Casablanca. D’autre part, la récente restauration de ce monument vient de recevoir la plus haute distinction nationale.

On dit que Jilma était une grande admiratrice de José Martí et qu’elle a proposé la phrase de l’Apôtre de l’indépendance de Cuba inscrite sur le piédestal du buste placé sur au sommet du Pic Turquino, le mai 1953. Que cette phrase a été approuvée par le Directeur de la Fragua Martiana, Gonzalo de Quesada y Miranda, fils de l'exécuteur littéraire de Martí.

 « Escasos como los montes son los hombres que saben mirar desde ellos y sienten con entraña de nación y de humanidad »

« Peu comme les monts sont les hommes qui savent regarder depuis eux et sentent avec les entrailles de la nation et de l'humanité »

Mais on doit dire quelque chose de plus en ce qui concerne le buste. L'auteur n’a touché aucun honoraire pour sa réalisation. C’est elle qui s’est procurée le bronze de l’œuvre et pour couvrir le projet elle a fabriqué et vendu des médaillons et des statuettes de José Martí.

Pour le comble, à cette époque les terres où se trouve le Pic Turquino étaient une propriété privée, appartenant soi-disant à un marquis espagnol, qui était le père de l'héroïne Celia Sánchez Manduley, Manuel Sánchez Silveira, qui a fait la gestion et a obtenu le permis d'installer le monument à cet endroit.

On conte qu’environ vingt-cinq admirateurs de Martí, dont Celia Sánchez, ont participé à l'inauguration du singulier hommage à l'Apôtre à l'occasion du centenaire de sa naissance.

Environ deux mois plus tard a commencé, avec l'assaut des casernes Moncada et Carlos Manuel de Céspedes, l'épopée révolutionnaire dont le leader a reconnu José Martí comme son mentor, comme l’auteur intellectuel de cet acte de rébellion contre un régime despotique et servile à la domination étrangère, ne laissant pas d’autre ressource à notre peuple que de l’affronter avec la lutte armée.

Au moment de son centième anniversaire, José Martí avait atteint la plus haute reconnaissance de la nation cubaine. Plusieurs auteurs avaient écrit des biographies du héros. Les œuvres écrites de Martí, préservées par Gonzalo de Quesada y Arostegui et par son fils Gonzalo de Quesada y Miranda, ont été publiés. La profondeur de sa pensée comme principe directeur de la nation cubaine avait été acceptée par la gauche communiste dès la fondation du Parti par Carlos Baliño et Julio Antonio Mella. L'Historien de la ville de La Havane, Emilio Roig de Leuchsenring, divulguait et commentait les aspects cardinaux de l'idéologie politique et sociale de Martí.

On avait coutume d'organiser des défilés scolaires les 28 janvier et, dans la capitale, la cérémonie avait lieu dans le Parque Central, où des offrandes florales étaient placées au pied du monument érigé en l'honneur du Maître. Plus encore, on promouvait la création de sites martianos, même dans les écoles privées.

On avait sauvé l’endroit des carrières de San Lázaro où le détenu 113, José Martí, portant les chaînes, avait été condamné, adolescent, à casser des pierres. On avait évité l'utilisation de ces terrains pour la construction d'un immeuble et on a pu créer un premier site martiano et, plus tard, la Fragua Martiana, inaugurée le 28 janvier 1952. Le travail de Gonzalito de Quesada y Miranda était infatigable pour ce but, mobilisant des milliers de volontaires qui ont contribué à sa création sous le  gouvernement du président Carlos Prío. La Génération du Centenaire a créé, avec sa retraite aux flambeaux jusqu’à la Fragua, une tradition qui est arrivée jusqu’à aujourd’hui, préservée par les étudiants de la Fédération Estudiantine Universitaire (FEU).

La force de l'exemple et l'idéologie de Martí étaient, lors de la république, une boussole précise pour orienter les plus hautes aspirations du peuple cubain.

Après le débarquement du Granma, les combattants de l’armée rebelle naissante ont atteint le sommet du Pic Turquino, le monument à José Martí, en 1957. Ils sont descendus de cette hauteur pour que le rêve du grand forgeur de notre nation commence à devenir une réalité, à partir de la victoire populaire du premier janvier 1959. Ces hommes qui sont arrivés à cet endroit ont assumé la pensée de José Martí écrite ici et ils ont su le sentir avec les entrailles de la nation et de l'humanité.

À cent soixante ans de la naissance de José Martí ; à soixante des exploits de l'assaut des casernes Moncada et Céspedes et à soixante ans aussi de la mise en place du buste de l'Apôtre sur le plus haut point de Cuba, comme un symbole et un guide, il reste à notre jeunesse de continuer à dégager les chemins et à redresser les torts, tels des Don Quichotte protestataires et révolutionnaires qui savent que les rêves d'aujourd'hui seront la réalité de demain et que l’on ne peut pas garder la lance à l’étrier tant qu’il y aura dans le monde des géants qui veulent s’approprier des terres exotiques et convertir ses voisins en serviteurs obéissants, que ce soit par la force ou par l’enchantement de leurs moyens de diffusions.

Grâce à tant de bons Cubains, des femmes et des hommes qui ont pu, face à toutes les difficultés, maintenir vivants les meilleurs attributs de la patrie, défendre la gloire de leurs héros et nous léguer un endroit digne dans ce monde confus.

Grâce à des artistes qui, comme Jilma, ont offert à Cuba, et offrent aujourd'hui, une œuvre qui nous identifie et nous confirme.