IIIIIIIIIIIIIIII
David Doyle : entre le prophète Louis Riel et l’apôtre José Martí
Par Mildrey Ponce Traduit par Alain de Cullant
Regarder Martí et Riel, deux hommes qui ont donné leurs vies et leurs pensées à leurs peuples, nous offre une meilleure compréhension du désir universel et chaque jour, nous inspirent pour leurs paroles et leurs actes.
Illustration par : Ernesto González Puig

Louis Riel est l'une des personnalités les plus complexes, controversées et tragiques de l'Histoire du Canada. On l'appelle souvent « Le Père du Manitoba », pour son rôle jouer dans la création de cette province. Suivre les traces de ce leader politique a marqué l'agenda professionnel de l'historien canadien David Doyle, pour qui l'étude de cet homme s’est convertie en une grande passion.

Il a séjourné à La Havane, invité à la 3e Conférence Internationale « Pour l’Équilibre du Monde », et il a rendu visite à la rédaction de la revue Cubanow . Parmi ses œuvres les plus récentes se trouve le livre The Prophet and the Apostle in the New World (Le Prophète et l'Apôtre dans le Nouveau Monde), une étude comparative sur la vie et les actions de Louis Riel, chef du peuple Métis, une ethnie d'ascendance mixte (autochtones et européennes, spécifiquement française) du Canada et le Héros National de Cuba José Martí. David Doyle et la revue Cubanow ont conversé sur comment il a connu l'Apôtre cubain et quels intérêts l’ont motivé pour approfondir  la vie de ces deux personnalités.

Un de ses premiers contacts officiels avec Cuba a été par le biais de la présentation de son livre From the Gallows lors de la Foire Internationale du Livre de La Havane l'an dernier.

Quelle a été votre proposition ? Pourquoi revenir sur les pas de Louis Riel ? Quel rôle a-t-il joué dans l'histoire de votre pays ?

Pour moi ce fut un grand honneur de venir à La Havane pour présenter Louis Riel à Cuba lors de la 21e Foire Internationale du Livre en 2012. En tant que fils du Grand Nord-Ouest du Canada, j'ai été « sur la piste » du révolutionnaire canadien du XIXe siècle, Louis Riel, depuis 1985. Cent ans plus tôt, en 1885, Louis Riel, le leader indigène de la nation Métis, avait été élu membre du Parlement, mais on n’a jamais permis au père de la province canadienne de Manitoba de s’y asseoir, on l’a jugé coupable de haute trahison et on l’a condamné à mort par pendaison. En connaissant la sentence, Riel a dénoncé le procès et a demandé une « Commission d'investigation sur la carrière de Louis Riel ». Louis Riel est mort en espérant et en priant pour cette investigation. Cette parodie de justice est dans les livres. Mon travail a été d’assumer sa demande pour une « Investigation sur la carrière de Louis Riel ».

La Foire International du Livre de La Havane a été une merveilleuse possibilité. Les enfants et les adultes sont heureux de la possibilité de marcher à travers cette grande forteresse entourée par les livres. La réponse du peuple cubain en faveur de Louis Riel a été un grand bonheur pour moi. J’ai été étonné d'entendre leur réflexion sur leur propre Héros National José Martí et les parallèles entre les deux hommes à une si grande distance géographique. Alors que Martí luttait contre le colonialisme espagnol et l'annexion aux États-Unis, Riel combattait contre le colonialisme anglo-canadien et l’expansion des États-Unis dans le grand Nord-Ouest, la terre autochtone des Cree, des Assiniboines, des Pieds-noirs et de leurs cousins les Métis. Les Cubains commentaient sur la façon dont les deux hommes se sont battus pour la démocratie et la liberté et comment ils ont centré leurs causes respectives similairement. Ils ont aussi observé que les deux étaient des poètes qui sont morts en luttant pour libérer leurs peuples de la tyrannie. D’autre part, ils ont étonné que Riel soit toujours considéré officiellement comme un « traître au Canada ».

Pourquoi affirme-t-on que « Riel a été et est toujours soutenu et compris par les Canadiens francophones, alors qu'il est considéré comme un traître par les Canadiens anglophones dans votre pays ? Quels apports ont vos recherches sur l’étude de cette personnalité controversée ?

Le Canada est un pays bilingue - anglophone et francophone - grâce à la lutte de Louis Riel pour la justice. Louis Riel s’est également battu pour l'inclusion des droits héréditaires des aborigènes dans la Confédération du Canada. Louis Riel est notre José Martí et il a ses ennemis. Aujourd'hui, au XXIe siècle, seul les rétrogrades s'accrochent à l'ancien « Canada britannique » colonial, ils proclament que le soutien ou l'opposition envers Louis Riel reposent sur des préjugés raciaux.

Ils ont pu tuer un homme, Louis Riel, mais pas ses bonnes œuvres. Leur histoire a tenté de supprimer la voix de Louis Riel, tandis que les artistes, les chanteurs, les poètes, les cinéastes, les écrivains et les militants soutiennent l'esprit de Riel devant les Canadiens. C'est la raison pour laquelle ses ennemis lancent des calomnies et font des campagnes raciales contre « l’ogre Riel », le « petit Napoléon » et affirment que le soutien envers Riel est seulement celui des Canadiens francophones. Une enquête nationale a signalé que les Canadiens considèrent Louis Riel comme un héros national.

Comment le texte qui vous avez mis entre les mains des lecteurs intéressés est-il classé ? Peut-on dire que votre livre est une sorte de revendication sur le rôle joué par Louis Riel, reconnu coupable et condamné à la peine de mort par les autorités officielles à cette époque ?

From the Gallows  est ma défense de Louis Riel. À travers mes recherches « sur la piste de Louis Riel » au cours des 25 dernières années, j'ai découvert et recueilli d’importantes preuves s'étendant depuis la perte de la « Déclaration révolutionnaire des droits des habitants de la Saskatchewan » de 1885, qui soulève les revendications des Métis devant les évidences que le procès de Riel a été « arrangé » par une obscure association de politiciens, de juristes et du clergé. Il est temps que l’on connaisse les faits liés à Riel que l’on fasse une enquête sur sa carrière. From the Gallows  est une œuvre de non-fiction créative afin de prendre en compte la place correcte de Louis Riel dans l'histoire du Canada. Mon but est de faire une édition en espagnol, une fois que la publication bilingue espagnole/anglaise d’El profeta y el apóstol, Louis Riel y José Martí (Le prophète et l’apôtre, Louis Riel et José Martí) soit disponible.

À propos de The Prophet and the Apostle in the New World, comment avez-vous découvert José Martí ?

Réellement, c’est quand j'ai visité Cuba que j'ai appris José Martí. J'avais entendu le nom de Martí mais seulement comme celui d’un poète cubain. Lors de ma première visite à La Havane, j'ai remarqué la présence des attrayants bustes blancs d'un homme séduisant dans les cours d'écoles, dans les parcs et d’autres lieux. Etant donné que je voulais rendre hommage à la Révolution, je suis allé à la Plaza de la Revolución où se trouvent l’impressionnant Mémorial et le Musée. Quand j'ai fait ma présentation durant la 21e Foire Internationale du Livre et que j’ai entendu des comparaisons entre Riel et Martí, mon intérêt a augmenté de nouveau. De retour au Canada, j'ai approfondi mes recherches, notant les similitudes entre les deux hommes et le résultat a été la brochure : Le prophète et l’apôtre du nouveau monde, Louis Riel et José Martí. Maintenant, quand je viens à Cuba, je cherche toujours José Martí et je suis enchanté de le voir partout.

Qu’est ce qui vous a motivé à écrire Le prophète et l’apôtre dans le nouveau monde ? Quel est le but de ce livre qui traite de l'histoire de la vie de ces deux leaders du continent américain ? Quels parallèles y a-t-il entre la vie et l’œuvre de Martí et de Riel ?

Le but de ce livre m’est venu à l'esprit en lisant la dernière lettre de José Martí à sa mère. « Ma mère, aujourd'hui, 25 mars (1895), à la veille d'un long voyage, je pense à vous. Je pense sans cesse à vous. ». C'est tellement émouvant de lire l'amour d'un fils pour sa mère que je ne pouvais pas m'empêcher de penser au dernier poème de Riel à sa mère, écrit la nuit avant son exécution : « Je vous envoie cette lettre pour vous dire ma peine et ma douleur et alors que je reste prisonnier j’aspire à vous voir une nouvelle fois, ma mère bien-aimée. » C'est une histoire qui doit être contée, elle parle d’hommes universels du Nouveau Monde, Martí et Riel, des hommes qui ont donné leurs vies et leurs pensées à leurs peuples. L’admirable de regarder les deux hommes simultanément est que cela nous offre une meilleure compréhension du désir universel de justice et cela nous donne les traits des hommes qui, chaque jour, nous inspirent pour leurs paroles et leurs actes.

Bien qu’ils partagent un même continent, actuellement, le Canada est plus connu pour son rôle de partenaire commercial de plusieurs pays d'Amérique Latine que pour son histoire. Pensez-vous que cet ouvrage, qui analyse les parallèles existant entre la vie de ces grands leaders de notre continent au XIXe siècle, puisse servir de motivation pour l'approche de l'histoire des deux hommes et de ces deux régions ?

Bien que les deux pays soient géographiquement très éloignés, en lisant José Martí je sens que le Canada et Cuba sont unis dans Notre Amérique et que cette amitié doit être augmentée. Cuba et le Canada ont une relation spéciale dans les Amériques, les deux pays ont été « découverts » et colonisés au XVe et XVIe siècles, Cuba colonisée par l'Espagne ; la Grande-Bretagne et la France se disputant le Canada. Les relations cordiales entre le Canada et Cuba datent du XVIIIe siècle, quand des grands navires échangeaient la morue et la bière pour le rhum et le sucre. En 1945, la Canada a commencé des relations diplomatiques avec Cuba, continuant jusqu'à nos jours. Le Canada a été l’un des deux seuls pays d’Amérique qui n’a pas rompu les relations diplomatiques avec Cuba lors du triomphe de la Révolution en 1959. Contrairement aux souhaits des Etats-Unis, durant 54 des 55 dernières années, le Canada est resté un solide ami de Cuba. Je désire célébrer cette relation avec un livre bilingue en honneur de nos deux héros révolutionnaires du XIXe siècle.

Avez-vous d’autres projets sur votre calendrier en tant que chercheur ? Des publications futures ?

J’ai activement encouragé la publication bilingue d’El profeta y el apóstol, Louis Riel y José Martí dans l’Alliance Littéraire Canada Cuba. Lors de mon séjour à La Havane, j'ai eu le grand honneur de présenter cet ouvrage pour une possible publication bilingue au Canada et à Cuba, une édition en espagnol et en anglais la rendant accessible dans les deux pays, en hommage à ces deux grands hommes.

Auparavant, en tant que Membre Investigateur du Centre de Recherche des Plaines Canadiennes dans le Saskatchewan, j’ai compilé l’Histoire orale des plaines Cree, incluant l'histoire des guerres des Indiens du Nord-ouest de 1884-85. Ensuite j’ai écrit un programme pour Tools for Peace en soutient du Nicaragua et comme éducateur et directeur de l’école First Nations Aboriginal, j'ai travaillé sur l'éducation aborigène, faisant des recherches sur Paulo Freire et compilant un matériel pédagogique pour ma maîtrise en éducation. Actuellement j'ai fais des recherches sur la pernicieuse « Doctrine of Discovery », la loi européen utilisée pour réclamer la souveraineté sur les terres et les peuples du Nouveau Monde. J'espère pouvoir publier ce travail dans le cadre d'un projet plus vaste : Our America, the Legacy of Colonialism 1492-1898 (Notre Amérique, le legs du colonialisme 1492-1898). D’autres projets incluent un film en hommage à Martí et Riel.

Quels autres événements de l'Histoire de Cuba vous attirent ?

Mon intérêt pour l'Histoire de Cuba commence avec la conquête de Cuba et  la résistance d’Hatuey, le leader aborigène qui a rejeté le ciel colonial, et mon prochain projet est une œuvre de plus grande ampleur Our America, 1492-1898 (Notre Amérique, 1492-1898) sur le legs du colonialisme dans les Amériques : Nord, Sud, Est et Ouest. Il s’agit d’une étude de la résistance indigène face aux colonisateurs espagnols, français et anglais et leurs héritiers, les États-Unis d’Amérique et le Canada. C'est le résultat de la compréhension que j'ai atteint en lisant José Martí et basée sur les exploits des champions de la résistance indigène dans l'histoire post-coloniale des Amériques.

Je considère aussi ma responsabilité d'informer les Canadiens sur la détention illégale des Cinq Cubains. À La Havane, lors de la Conférence Internationale « Pour l’Équilibre du Monde », j'ai eu l'occasion d'écouter des membres des familles des Cinq parler de leur vie et de leurs proches  injustement détenus dans des prisons étasuniennes. Je suis de tout cœur avec ces Cubains courageux et déterminés. Appuyer les Cinq Cubains est un devoir international. « Président Obama, libérez les Cinq Cubains afin qu’ils rentrent dans leur Patrie auprès de leurs familles. »