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Anténor Firmin: Conciliateur de l’humanité.
Par Jean Maxius Bernard Traduit par
En 1893, Anténor Firmin et José Martí se sont rencontrés au Cap Haïtien et se sont noués d’amitié jusqu’à la mort.
Illustration par : Jurgen Rodríguez

Nonobstant des richesses d’art ou de pensée produites, de nombreux génies sont souvent marginalisés par les études superficielles faites de leurs œuvres. Anténor Firmin est l’un de ces génies relégués au second plan: s’il n’est pas oublié, il est sûrement négligé par rapport à l’ampleur et la portée de son œuvre. Placé au rang des patriotes (1860-1898), cet éminent écrivain haïtien est considéré comme un simple théoricien, une considération nébuleuse qui fait de lui un visionnaire, voire un rêveur passionné de stérilités spéculatives.

«Firmin était un francophile» dit Paul Estrade[1], s’exprimant en un français académique, riche et abondant, mais du point de vue culturel, poursuit le critique, «c’était un  Haïtien à cent pour cent», mettant en évidence non seulement les héros nationaux, mais aussi d’illustres intellectuels qui ont contribué à l’émancipation de la nation haïtienne.

Si l’on avait mis du temps pour l’étudier conformément à l’œuvre produite et au rôle joué en Haïti comme à l’étranger, on l’appellerait, comme l’a suggéré José Martí[2], «L’Haïtien Extraordinaire».

Qui était donc cet Anténor Firmin dont la mémoire mérite d’être honorée? Qu’a-t-il fait pour mériter l’estime de José Martí? Un simple parcours de vie et de pensée peut enlever tout doute péremptoire qu’on aurait de ce génie Haitien.

Joseph Anténor Firmin est né au Cap Haïtien, le 18 octobre 1850. Le prénom d’Antênor qu’on lui a donné «paraît plutôt rare», dit Pradel Pompilus[3], étant «celui d’un sculpteur athénien du VIème siècle», ce qui fait penser à une certaine intellectualité de ses proches. «De parents modestes mais instruits», dit le même critique.

Firmin a fait ses études classiques dans sa ville natale, principalement au Lycée Philippe Guerrier où il a suivi des cours de philosophie sous la tutelle de Jules Neff, un ressortissant français gradué de l’Ecole Normale Supérieure de Paris. Dès l’âge 17 ans, peut-être encore élève, il commença le métier d’enseignant, en dispensant des cours de grec, de latin et de français dans des collèges privés. Doué d’une grande habilité administrative, il fut embauché au service de la douane et à la maison de Stapenhorst où il a appris la langue allemande et la comptabilité financière.

En 1875, Firmin fut nommé inspecteur d’école, affecté à la circonscription du Cap-Haïtien. Passionné de littérature et de politique, il éditait le journal «Le Messager du Nord», dans lequel il publiait ses articles et ses pamphlets. Il s’affiliait au «Parti Libéral» qui promouvait une gouvernance éclairée du pays sous la devise «Le pouvoir aux plus Capables». En 1879, il se porta candidat à la députation. Il a échoué avec les libéraux  qui furent battus par leurs adversaires du «Parti National» prenant le pouvoir au nom du «Plus grand nombre».

Refusant de collaborer avec le Président Salomon (1879-1888), Firmin profita d’une mission diplomatique, celle de participer au centenaire de Bolivar célébré à Caracas en 1883, pour se réfugier à l’ile de Saint Thomas et en France. Le 17 juillet 1884, il fut reçu comme membre de la  Société d’Anthropologie de Paris.

Durant les troubles de 1888, Firmin rentra en Haïti; il participait à la chute de Salomon et de Légitime. Juriste et fin lettré, il fut nommé constituant chargé d’élaborer la Constitution de 1889. Ratifiée et publiée sous le gouvernement de Florvil Hyppolite (1889-1896), cette constitution a fourni à Firmin l’appui légal nécessaire à la sauvegarde de l’intégrité du territoire national en cassant l’affermage du Môle Saint Nicolas concédé à un ressortissant américain.

En cette même année, Firmin fut nommé Ministre des Finances et des Relations Extérieures, poste qu’il a gardé jusqu’en 1891. En le quittant, il s’est rendu de nouveau à Paris où il a repris son siège à la Société d’Anthropologie.  Il en a profité pour renforcer ses vieilles amitiés et créer de nouvelles. C’est  peut-être en cours de ce nouveau séjour à Paris qu’il a rencontré Ramón E. Betances[4], l’idéologue portoricain qui combattait durant toute sa vie pour l’indépendance et la souveraineté de son île natale, y compris pour une confédération antillaise. 

En 1893, Firmin retourna en Haïti. En février de cette même année, José Martí commença ses tournées à travers la Caraïbe. En mai, les deux hommes se sont rencontrés au Cap Haïtien et se sont noués d’amitié jusqu’à la mort. Martí a notifié cette rencontre dans la lettre du 9 juin 1893 adressée  à Figueroa[5], dans laquelle se lit:

Mon noble Figueroa… Hier, je parlai de vous, avec un Haïtien extraordinaire que par Betances et  par Patria  que connaissais, avec Anténor Firmin

À l’avènement de Tirésias Simon Sam comme Président d’Haïti (1896-1902), Anténor Firmin fut de nouveau nommé Ministre des Finances et des Relations Extérieures. Le Cabinet ministériel étant promptement censuré, il décida de laisser le pays. Il attendait dans l’ombre jusqu’en 1900 pour être nommé Ministre Plénipotentiaire d’Haïti á Paris. À la chute de Sam, il revint au pays avec l’espoir d’être élu à la magistrature suprême de l’Etat. Il se préparait à participer aux élections présidentielles. Mais les événements ont tourné à sa défaveur. Brouillé de quelques uns de ses partisans et combattu par Nord Alexis, il a résolu de laisser le pays, d’autant il fut pressuré par des forces internationales, méfiantes de son nationalisme. Il s’était mis à l’abri en restant pendant six ans hors de la politique haïtienne.

En 1908, à l’avènement d’Antoine Simon comme Président d’Haïti, Firmin rentra au pays, en pensant qu’il lui était possible de refaire surface. En 1909, il fut envoyé comme Ministre  à la Havane. 

 De 1908 à 1912, Cuba traversait une crise politique: des anciens combattants des guerres de l’indépendance, en particulier les gens de couleur, voulaient pousser la lutte indépendantiste jusqu’à l’égalité socio économique entre tous les fils et filles de la jeune nation. Le diplomate haïtien vivait cette crise et appuyait moralement ces anciens combattants qui se regroupaient sous le pavillon du «Parti des Indépendantistes de Couleur» (PIC). Cet appui moral lui a valu la méfiance des autorités établies qui solliciteraient peut-être sa révocation ou son transfert vers l’Angleterre.! Mais ses idées ont été déjà semées à Cuba, car le livre «De l’Egalité des Races Humaines»  a été commenté aux membres du PIC, distribué  à des leaders politiques, à des officiels et à des diplomates accrédités en ce pays. Le 21 avril de cette année, Firmin a lui-même paraphé un exemplaire de ce livre qu’il a remis au Dr. R. J Gonsalba, Chargé d’Affaires de la République d’Uruguay à Cuba. Cet exemplaire paraphé se retrouve aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale José Martí, ce qui a marqué le passage de l’ «Haïtien Extraordinaire » au pays de l’ «Apostol».

Transféré comme ambassadeur d’Haïti à Londres, Firmin fut privé de son solde et des frais de fonctionnement; il fut donc obligé de se démettre  de ce poste fantôme qui fut en fait un exil doré. D'ailleurs à sa démission, il s’est vu refusé l’entrée à Haïti. Il se retira  à Saint Thomas où  il mourut en septembre 1911. Cette île, sur laquelle il a rendu l’âme, est sans doute le refuge où il a produit une grande partie de ses œuvres.

Journaliste et éditeur de journal, Anténor Firmin a écrit en quantité remarquable des articles qui ont été publiés dans «Le Messager du Nord», dans d’autres journaux et revues du temps. Des conférences, il en a donné aussi, l’une d’entre elles étant le discours prononcé en 1880 dans lequel sont condamnés le préjugé de couleur et la lutte intestine entre les noirs et les mulâtres d’Haïti. Ce discours de jeunesse est suivi des lettres, des conférences, des réflexions que l’auteur faisait dans sa carrière d’homme politique ou dans sa maturité d’écrivain. Entre autres, on peut citer:

  •  Haïti au point de vue politique, administrative et économique »: une conférence prononcée au grand Cercle de Paris, le 8 décembre 1891;
  • Diplomate et diplomatie: une lettre ouverte  à  M. Solon Ménos parue en 1899;
  • L’effort dans le mal: des réflexions testamentaires écrites et publiées en 1911.

Cependant, de toutes les œuvres produites avant ou après 1880, celle qui semble consacrer Firmin comme un penseur génial est celle publiée en 1885 sous le titre de: «De l’Egalité de Races Humaines». Ce fut son premier essai de pensée scientifique dont la réussite ne se situe pas en deçà de celles de autres qui  ne sont pas les moindres. Pour tout commentaire, il faut toujours choisir les plus remarquables en commençant par:

  • De L’Égalité des Races Humaines. Anthropologie Positive. 1885
  • M. Roosevelt, Président des Etats Unis et la République d’Haïti: 1905
  • Les Lettres de Saint Thomas. Études sociologiques, historiques et littéraires. 1910

Dans ces œuvres maîtresses se trouvent exprimer les idées qui constituent le  «firminisme».

Ce qu’on pourrait appeler «firminisme» est l’ensemble des idées qui se dégagent des œuvres de Firmin et qui constituent l’objet de son humanisme. Sa philanthropie se montre dès la parution « De l’Egalité des Races Humaines » qui semble en être la plateforme de germination et de développement. Peut être a-t-elle été conçue avant. Néanmoins, c’est précisément dans la publication de 1885 qu’elle s’est présentée en postulat[6] de la réhabilitation de la race noire opprimée par la traite et l’esclavage.

Contre les thèses de Serre et de Broca qui faisaient accroire à la quasi stérilité de l’union  du nègre et de la blanche, ce pour conclure à la  dégénérescence de l’hybride qu’est le mulâtre, Firmin propose sa vision unitaire en confirmant que «du noir au mulâtre il y a bien des croissances anthropologiques».[7] S’adhérant à l’idée d’apparition dispersée du genre humain, il n’y voit aucune différence spécifique.

L’influence des milieux serait, selon Firmin, responsable des variations constatées entre les ethnies humaines et porterait le sens commun à y voir des traits de distinction  qui conduisent à la conception de la notion de race. Cette notion  se fonde sur des différences de formes ou de couleurs qui ne vont pas au-delà des apparences, puisque le plan organique  reste uniforme[8].

Cette analyse permet de rejeter «toutes les fausses suggestions que la diversité des races humaines pourrait produire à l’intelligence, pour ne voir que le caractère essentiel qui fait de tous les hommes une réunion d’êtres capables de se comprendre, de confondre leurs destinées dans une destinée commune». «Cette destinée», poursuit-il «est la civilisation, c´est à dire le plus haut perfectionnent physique, moral et intellectuel de l´espèce. Jamais une source des sentiments fraternels ne sera plus vive et plus salutaire entre les races et les peuples que l´idée ainsi comprise de l´unité de l’espèce humaine». (Référence: Chapitre IV, section VIII).

            Au sujet de la prétendue barbarie native de l’homme noir, Firmin s’est référé non seulement à l’Égypte pour prouver l´existence historique d’une civilisation nègre, mais aussi à Haïti, plus connue et plus proche du monde occidental, d´autant qu´elle est  considérée comme un champ d’observation pour l’étude de l’aptitude et de l’adaptation de l’homme noir au processus de civilisation.

            Parmi les héros de l’histoire haïtienne, Toussaint Louverture est présenté comme le génie inégalable qu’on disait être introuvable dans la race noire. «En ce noir dont la grande personnalité doit rester comme un modèle impérissable, destiné à vivre éternellement dans le souvenir et l’admiration de sa race entière, on rencontre le plus merveilleux exemple de l’étonnante et prompte évolution qu’avaient subie les Africains transportés en Haïti.» (Référence: Chapitre XV, section III).

            Pour indiquer les qualités de ce grand homme, Firmin s’est appuyé non seulement sur son propre commentaire mais aussi sur des portraits et de comparaisons des savants de la race blanche, même sur les théories de ceux qui se sont laissés aveuglés par les préjugés traditionnels et qui se sont montrés d’accord à la division de l’espèce humaine en races nativement inégales. De ces savants, il a cité Wendell Phillips, «cet américain illustre, digne ami de Lincoln, mais aussi ami infatigable de la vérité, du droit et de la justice».

En soutenant la thèse de l’égalité des races humaines, Firmin s’est opposé non seulement à Joseph Arthur Comte de Gobineau, principal compilateur de ces spéculations, mais aussi à tous les autres savants[9] qui se fondaient sur les sciences anthropologiques pour justifier les horreurs de la traite et de l’esclavage des noirs, en tentant ainsi d’assurer la survie des structures sociales édifiées sur la ségrégation et la domination raciale. Cette bataille idéologique, défendant l’égalité des ethnies humaines, apparaît comme la continuité de la vision émancipatrice de Toussaint Louverture.

En étudiant minutieusement la marche de l’humanité vers le progrès, Firmin a fait remarquer que « personne n’est à apprendre maintenant qu’il existe une foule de  Noirs « plus civilisés, plus intelligents et instruits que la plupart des caucasiens». A ce sujet, les exemples pris d’Haïti, parmi les noirs et les mulâtres de cette petite nation caribéenne,  sont éloquents. À travers son histoire, on rencontre non seulement des stratèges (Capoix La Mort, Henri Christophe, Jean-Jacques Dessalines, etc.) dont les exploits militaires ont ébloui et effrayé de grands généraux européens, mais aussi des exemples clairs qui expriment sa volonté inébranlable de se libérer du système colonial. Sa solidarité envers les peuples-frères de l’Amérique, surtout celle qui a favorisé l’extension de sa révolution sur tout ce continent, est un haut-fait qui montre la potentialité géniale de l’homme noir et son apport au  développement historique  de l’espèce humaine[10].

En somme, Firmin a eu le pressentiment et même la conviction qu’Haïti fera mieux: il suffit d’y instituer et d’y généraliser l’instruction. Pensant que le destin du peuple haïtien ne dépend que de lui-même, il l'a convié à œuvrer pour l’émancipation de sa nation. Rejetant la notion de race qui « implique une certaine fatalité biologique et naturelle», il a souligné l’évidence de la diversité des civilisations non seulement entre les peuples mais aussi au sein d’une même société, voire une petite ethnie. [11]

            Deux principes moraux commencent et terminent la conclusion de «De l’Egalité des Races Humaines»: celui de Victor Hugo affirmant que «Tous les hommes sont l’homme», et celui de Jésus-Christ conviant l’humanité à s’aimer mutuellement[12]. Le commentaire de ces maximes débouche sur l’égalité naturelle de toutes les races et sur l’essence de l’humanité qui «est identique et constante dans  les groupes ethniques».

Cette conclusion place Anténor Firmin au rang des grands humanistes qui ont consacré leurs idées et leurs actions au bonheur de l’humanité. Tout en défendant la race de  ses ascendants africains, il a su se maintenir sur la ligne de l’impartialité  en se montrant le conciliateur de l’humanité.

On peut toujours se plaindre du silence, voire  de l’oubli qui se fait des idées de Firmin, ce qui n’empêche pas le triomphe de ses prophéties. Qui aujourd’hui n’accepte pas l’égalité morale et intellectuelle de toutes les races humaines ? Que l’homme de la rue «persiste à croire qu’il y a des Blancs, des Noirs, des Jaunes, des couleurs parmi les hommes»[13], rien n’empêche qu’à la rencontre des hommes et des femmes de race ou de couleur différente «sort et ressort la vraie fraternité parmi les hommes». L’essentiel  est de renforcer cette fraternité par la réédition ou par la traduction en diverses langues de ce magistral ouvrage de Firmin. Que la première édition espagnole, parue sous l’éditoriale «Ciencias Sociales»  contribue à ce renforcement.

Jean Maxius Bernard

Docteur en Anthropologie Sociale

De l’Université Ibéro américaine  de Mexico D. F

 
 


[1] Estrade, Paul;(2003) “Un haitiano extraordinario”.  In: Casa de las Américas 233; Haití: Doscientos años de independencia. pp. 82 83.

[2] Martí, José;  (2003). Por Nuestra América, Selección y prologo de Luis Toledo Sande. Habana: Editorial José Martí.

[3] Pompilus, Pradel; ((2006). Profils de Grands Ecrivains  haïtiens. Port-au-Prince. ISBN: 2-89454-097-3

[4] En écrivant “De l’Egalité des Race Humaines” parue en 1885, Firmin  a lu le discours de Wendell Phillips sur Toussaint Louverture. En le citant  il a noté : « Traduction du docteur Betances ». (Référence : Firmin ; 2003, 332)

[5] Mi noble Figueroa... Ayer hablé de Vd. con un haitiano extraordinario que por Betances  y por  Patria lo conocía, con Anténor Firmin… (Référence: Marti: Carta a Figueroa.)

[6] Je n’ai pas à le dissimuler. Mon esprit a toujours été choqué, en lisant divers ouvrages, de voir affirmer dogmatiquement l’inégalité des races humaines, l’infériorité native de la noire. Devenu membre de la Société d’Anthropologie de Paris, la chose ne devrait- elle pas me paraître encore plus incompréhensible et illogique ? Est-il naturel de voir siéger dans une même société et au même titre, des hommes que la science même qu’on a censé représenter, semble déclarer inégaux? (Référence: Préface).

[7]  Rien ne prouve que l’espèce humaine, tout en faisant son apparition sur plusieurs points du globe, ne s’est pas présenté partout avec une même constitution organique manifestant l’unité de plan qui donne à chaque création son caractère typique. (Référence: Chapitre IV, section VII).

[8] Après une lutte mille fois séculaire, l´hérédité primitive affaiblissant continuellement, laisse chaque groupe contracter des habitudes, des aspects et des formes suffisamment tranchées et fixées dans son existence, pour que ses qualités deviennent à leur tour une nouvelle hérédité que chaque variété transmettra a ses descendants. (Référence: Chapitre IV, section VII).

[9] Sans écouter la voix des savants qui prêchent une fausse doctrine, en affirmant l'inégalité native des races, la science, la vraie science proteste par chacune de ses acquisitions contre ces théories désolantes qui semblent condamner à l'abjection, et sans appel, toute une partie de l'humanité aussi fière de son titre que tous les autres hommes et aussi digne de le porter que quiconque. La conviction profonde de l'égalité que la nature a mise dans le cœur de chacun sera un éternel démenti à toutes les doctrines qui tâchent de diviser les hommes, en mettant les uns au-dessus des autres. Cette voix de la conscience n'a pu être oblitérée que par un calcul étroit, que par de fausses conceptions. (Référence: Chapitre XI, section III).

[10] Toutefois, il faut que dès maintenant l'on convienne de la réalité. La race noire qu'on a systématiquement déclarée inférieure à toutes les autres et frappée, dès le principe, d'une nullité patente et radicale, au point de vue moral comme au point de vue intellectuel, cette race noire a joué au contraire un rôle signalé et décisif dans la destinée de l'espèce humaine, dont elle fut la première à commencer l'évolution civilisatrice et sociale. En un mot, les noirs, comme toutes les races humaines et mieux que la plupart, ont une histoire pleine de péripéties, il est vrai, mais ayant positivement influé, comme elle influe encore sur la marche de l'humanité. C'est ce qui n'est nullement difficile à prouver. (Référence: chapitre XVI, section II).

[11] Parmi les civilisés même, il y aura des nations de premier ordre et des nations de dernier ordre, avec de nombreux intermédiaires. En un mot, chaque communauté nationale pourra être étudiée et reconnue inférieure ou supérieure en civilisation, quand on considère le degré de son développement sociologique comparé à l'idéal que nous nous faisons de l'état civilisé ; mais il ne sera plus question de race. Ce dernier mot implique une certaine fatalité biologique et naturelle, qui n'a aucune analogie, aucune corrélation avec le degré d'aptitude que nous offrent les différentes agglomérations humaines répandues sur la surface du globe. (Référence: Conclusion).

[12] A travers toutes les luttes qui ont accablé et accablent encore l'existence de l'espèce entière, il y a un fait mystérieux qui subsiste et se manifeste mystérieusement à notre esprit. C'est qu'une chaîne invisible réunit tous les membres de l'humanité dans un cercle commun. Il semble que, pour prospérer et grandir, il leur faut s'intéresser mutuellement les uns aux progrès et à la félicité des autres, cultivant de mieux en mieux les sentiments altruistes qui sont le plus bel épanouissement du cœur et de l'esprit de l'homme. (Référence: Conclusion).

[13]Commentaire de Ghislaine Géloin, présentatrice de la  nouvelle l’édition française de «De l’Egalité des Races Humaine » parue en 2003   à l’Harmattan.