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Les mises en musique de La niña de Guatemala de José Martí
Par Salvador Arias García Traduit par Alain de Cullant
Le poème de possède des qualités rythmiques et mélodiques, qui s'adaptent parfaitement à une réalisation musicale.
Illustration par : Jurgen Rodríguez

Dans les années 1930, quand Gabriela Mistral a attiré l'attention sur les possibilités musicales des Vers simples, elle anticipait un développement dont la seconde moitié du XXe siècle serait témoin, et qui s’étend à toute la poésie, et même à la prose, de José Martí. Gabriela a exprimé que les Vers simples « glissent dans l’oreille comme l'eau rurale de chants et des soleares. Ils ressemblent aux vers d’accents chiliens, de la habanera cubaine, de la chanson du Mexique et ils nous viennent spontanément à la bouche ».

Bien que Martí a fait l'objet de compositions musicales presque après sa mort au combat à Dos Ríos, la mise en musique de ses textes poétiques n’a commencé réellement que lors des années 1930, surtout avec deux importants compositeurs cubains, Ernesto Lecuona et Eduardo Sánchez de Fuentes. Le premier a pris des thèmes que nous pourrions considérer classiques, comme La rosa blanca ou Yo quiero salir del mundo. Les compositions de Martí du second sont moins populaires, parmi elles on distingue La niña de Guatemala, traitée sous la forme de « lied » ou chanson dont les paroles et la musique ont la même valeur. Dans cette version, chaque strophe du poème a un traitement différent. Un effort d'attention qui mérite une plus large diffusion actuelle.

Le poème de José Martí possède des qualités rythmiques en lui-même et, appelons-les ainsi, mélodiques, qui s'adaptent parfaitement à une réalisation musicale. Juan Marinello lui reconnaissait une structure qui l’approche à la forme musicale du récitatif et de l’aria. Les vers chantent à l'oreille et ils ont gagné une popularité, même dans certains pays au-delà de la paternité martiana. Il était sans aucun doute un terrain propice pour être l’objet de différentes versions musicales. Lors de la seconde moitié du XXe siècle, le compositeur et chanteur mexicain Óscar Chávez a insisté sur son caractère populaire pour l'amener au rythme de l’huapango, précédé et suivi par de brefs vers récités, coïncidant avec l'observation de Juan Marinello. Cette composition a été très diffusée, surtout au Mexique et au Guatemala.

En Espagne, dans les années 1970, un groupe qui a eu une courte mais fructueuse carrière musicale, le Trío Laredo, a enregistré un album incluant des poèmes mis en musique avec des textes de Martí, ou sur Martí, dont La niña de Guatemala, une jolie chanson très proches des paramètres de l’appelée « décennie prodigieuse ». Accentuant les éléments dramatiques, l’Argentine Nacha Guevara a réalisé une interprétation contenue des vers martianos, mis en musique cette fois par son mari Alberto Favero.

La charge poétique et musicale et ses racines populaires permettent de compter maintenant des versions de La niña de Guatemala très récentes», mais il n'est pas facile d’être à jour de celles-ci. Comme exemple nous avons celle réalisée par le Vénézuélien Leonardo Delgado, repris dans le film José Martí, ese soy yo d’Edmundo Aray, « un long-métrage de fiction réalisé avec des pièces en céramique », datant de 2007. Le passage racontant l'histoire de la rencontre entre José Martí et María García Granados a tous les atouts pour constituer ce que nous pourrions appeler un admirable « vidéo-clip ». Au Venezuela, la version du groupe IVEN, de Mérida, est également remarquable. Et à Cuba, la dernière mise en musique du poème que nous connaissons est celle du duo Janet & Quincoso, des jeunes troubadours de Caibarién, de la province de Las Villas.

Dans de ce que nous pourrions appeler, avec beaucoup d'amplitude, « vidéo-clip », c'est-à-dire la mise en images de thèmes musicaux, une recherche sur Internet nous offre quelques surprises. Par exemple, sur le site Youtube, nous trouvons plusieurs visualisations de l’huapango d’Óscar Chávez, l'un offrant des vues magnifiques du Guatemala et un autre, racontant l'histoire indépendamment de sa racine martiana, une sorte de feuilleton actuel synthétique, dans le plus pur style « kitsch ». Une autre version en vidéo, avec des vues photographiques, est chantée par le groupe uruguayen les Olimareños.

Nous y trouvons aussi la chanson du Trío Laredo illustrée avec des photos en noir et blanc, à la façon d'un ancien film muet, un clip acceptable même si toutes les images ne sont pas les plus appropriées. On peut même y trouver celle d’une jeune chanteuse espagnole, Susana Cortés, qui interprète, lors d’un concert en public, une autre version du poème de José Martí, cette fois de la paternité de Victor Carbajo. Le singulier des visualisations précédentes est qu'elles sont toutes très récentes, ce qui démontre la vitalité des vers de Martí, déjà bien établis dans l'imaginaire populaire, soutenus effectivement par leurs différentes propositions musicales.