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Cuba, les photos de Luc Chessex
Par Carina Pino Santos Traduit par Alain de Cullant
Luc Chessex considérait Cuba comme un exemple à suivre pour le Tiers-monde et une référence pour la gauche européenne.

 « Cette expérience qui m'a changé pour toujours »

Le photographe Suisse Luc Chessex, originaire de Lausanne, est arrivé dans le port havanais en été 1961. Il venait avec plus de certitudes que d’inquiétudes sur une île qu’il considérait déjà, comme il l'avait signalé, un exemple à suivre pour le Tiers-monde et une référence pour la gauche européenne.

Bien qu'il était âgé de seulement 25 ans, il était sûr de son projet, il avait une formation professionnelle, et en débarquant du Enrico Dandolo, il avait déjà la conviction que son arrivée pourrait être tout sauf triviale  car c'était la Cuba de années 60, la scène la plus vitale et intéressante en Amérique Latine, La Havane et l'Île étaient alors l'objet d'une attention internationale.

Mais cette arrivée le 14 juin, un peu plus de deux ans après le triomphe révolutionnaire de 1959, ne serait pas un itinéraire de plus pour le photographe et reporter. Son séjour se prolongera jusqu'en 1975, accompagné de son appareil photo dans ses aventures sur l'Île. Son travail artistique et journalistique allait le convertir en l’un des plus importants témoins de cette période révolutionnaire. Ensuite, à la demande du Ministère de la Culture de Cuba, il est parti travailler au Nicaragua, en Bolivie, au Chili, au Salvador et aussi à La Higuera, où le Che a été assassiné.

« J'ai appris beaucoup durant ces années. Après 50 ans, être une nouvelle fois à Cuba, est excitant. Je me souviens de cette étape tous les jours car c'est une expérience que je n'oublierai jamais et qui m'a changé pour toujours », a déclaré Luc Chessex lors de l’inauguration de son exposition Regarder Cuba dans les années 1960 dans la galerie Majadahonda du Centre Culturel Pablo de la Torriente Brau.

Cette exposition compte quarante-huit photos de cette décennie, pouvant être vues comme des documents mais aussi comme une importante mémoire dans l'histoire de la photographie cubaine.

Dès sa participation dans l'exposition Fotomentira (1966), dans laquelle se trouvaient aussi Raúl Martínez et Mario García Joya (Mayito), jusqu’à son travail en tant que photographe pour la revue Pueblo y Cultura (convoqué par Alejo Carpentier), puis pour Cuba. Revolution et/and Culture (1965-1967), une trajectoire qui s’est enrichie avec son travail dans la revue Cuba Internacional et pour l’agence Prensa Latina, Luc Chessex a rencontré les meilleurs photographes cubains, le critique Edmundo Desnoes et il a été un collègue du dessinateur Héctor Villaverde. De même, il a travaillé comme professeur de photographie et il a eu une influence sur le savoir-faire de jeunes tels qu’Enrique de la Uz, Iván Cañas et Grandal.

« Luc Chessex a été un témoin persistant et exemplaire. C'est une des nombreuses raisons pour lesquelles on l’aime tant dans le Centre Culturel Pablo de la Torriente. Donc, justement, cette exposition est un hommage à cette relation d'amitié et de solidarité de Luc avec nous », a souligné Víctor Casaus, directeur de l'institution, lors de son allocution d'ouverture.

Les photos, de moyen format datées entre 1961 et 1970, ne captent pas seulement des fragments de la capitale, mais aussi des villes de Camagüey, Cienfuegos, Santiago de Cuba, et bien que certaines aient été prises dans la montagne, la plupart montrent des scènes urbaines.

Luc Chessex, qui s’est formé dans l'École de Photographie de Vevey (Suisse), a souligné l'importance qu’a eu son compatriote Robert Frank dans son œuvre quant à capter le réel.

Il est intéressant de noter le travail que Lux Chessex a réalisé sur la graphique et les photos dans les rues, comme un instantané du dessin environnemental de la ville dans les années 1960. Spécialement une, datée de 1966, montrant un enfant et une affiche incluant la photo et une citation du Che ; les deux regardent le spectateur devant la vitre d'un magasin derrière laquelle on voit l’édifice « Lopez Serrano » de style Art Déco, dans le quartier havanais du Vedado. La photo semble nous rappeler ce critère de Frank, quand il a dit qu'une photo vaut par elle-même et qu’elle n’a pas besoin d’explication. Des photos personnelles de Luc Chessex prises durant son travail à Cuba et dans d’autres pays latino-américains ont été projetées lors de l’inauguration.

Le séjour et le programme de Luc Chessex à Cuba a été filmé par l'anthropologue Francis Mobio afin de réaliser un documentaire et Víctor Casaus a remercié la collaboration de l'Université de Lausanne, de COSUDE, de l'Ambassade de Suisse à Cuba et, spécialement, celle de la professeur Silvia Mancini, pour l'exposition, le reportage cinématographique et le programme qui a compris deux conférences magistrales (dans la Faculté de Philosophie et d'Histoire de l'Université de La Havane et dans le Centre Pablo) ; son échantillon Hier j’ai vu un enfant qui joue dans l’espace Jean Paul Sartre de l'Alliance Française de La Havane, un débat intitulé « Parler des années 60 » et, enfin, un atelier avec des jeunes photographes, une activité qui a fermé cet intense visite de Luc Chessex à La Havane.