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Les voyageurs forcés vers les Caraïbes : les Africains noirs
Par Lohania Aruca Alonso Traduit par Alain de Cullant
La proposition des VIIème Journées Scientifique « La découverte des Caraïbes par les Africains » a souligné une perception différente des migrations des Africains.
Illustration par : Janler Méndez Castillo

La proposition des VIIème Journées Scientifique « La découverte des Caraïbes par les Africains » a souligné une perception différente des migrations des Africains de peau noire, obligés, par achat ou esclavage, à se transférer de leur terre indigène vers le nouvel espace américain, totalement méconnu pour eux, mais où est restée une profonde et définitoire empreinte de ce phénomène historique, démographique et culturel, tant dans leurs populations que dans leurs cultures actuelles. Cet événement a été organisée par le Groupe de Travail Permanent des Expéditions, des Explorations et Voyageurs dans les Caraïbes (1), qui a eu lieu le 1er et le 2 mars dans l'Institut Cubain de l’Anthropologie et dans la Maison de l'Afrique.

Les Journée Scientifiques ont été dédiées à rappeler et rendre hommage à l'œuvre scientifique du docteur Armando Entralgo González (Trinidad de Cuba 1937 - La Havane 2004), un illustre révolutionnaire cubain, historien, politologue et diplomate. Il a obtenu les grades de Candidat à docteur en Sciences Historiques de l'Université Karl Marx de Leipzig, en 1988, et de Docteur en Sciences, de l’Université de La Havane, en 1990. Il a été un éminent chercheur et professeur de l'Université de La Havane et de l'Institut des Relations Internationales (ISRI), un spécialiste de l'Afrique et ses cultures et de la relation entre celles-ci et celles de la région caribéenne. Il a été Ambassadeur de la République de Cuba au Ghana et au Bénin (1963-1966) et en Tanzanie, au Kenya, aux Seychelles et à Madagascar (1994-1998). Il a été directeur fondateur du Centre des Études sur l'Afrique et du Moyen-Orient du Comité Central du Parti Communiste de Cuba (PCC) en 1994 et de 1999 jusqu’à 2002. Parmi ses nombreuses publications, livres, articles et essais, nous soulignerons : Relaciones entre las culturas del Caribe y las culturas africanas. Las Culturas del Caribe (Relations entre les cultures des Caraïbes et les cultures africaines. Les Cultures des Caraïbes), de l'UNESCO, Paris, 1978 ; La ideología política africana en las culturas del Caribe (L'idéologie politique africaine dans les cultures des Caraïbes), UNESCO, Paris, 1980 ; Estudio historiográfico: el Panafricanismo (Étude historiographique : le Panafricanisme), dans la revue Casa de las Américas, 2002, ou Los caminos caribeños del panafricanismo (Les chemins caribéens du panafricanisme) », dans Anales del Caribe, 2004.

Le premier panel, présenté dans la session plénière inaugurale des Journées Scientifiques, a précisément réfléchi sur « La vie et l'œuvre scientifique d’Armando Entralgo González ». Il a réuni les docteurs Ana Vera Estrada, Reinaldo Sánchez Porro, Rodolfo Sarracino Magriñat et Heriberto Feraudy Espino – ces deux derniers ex Ambassadeurs de Cuba dans différents pays africains.

Les conférenciers ont réalisé un ample examen de la trajectoire du docteur Entralgo González comme professeur universitaire et historien de l'Afrique, signalant des aspects fondamentaux de sa pensée. Il a été décidé, à l'unanimité des participants, la recommandation d'effectuer une édition et une publication de l'œuvre complète d'Entralgo sur l'Afrique par une maison d'édition cubaine, étant donné le poids de l'œuvre mentionnée dans notre historiographie quant à cet important continent et, spécialement, sur la région sub-saharienne.

D'autres sujets bien reçus lors des sessions de ce premier jour ont été : La Havane – Sénégal – La Havane : itinéraire d'un voyage, de Yolanda Wood Pujols. Il se rapporte, de façon concise et agréable, aux impressions ressenties par la voyageuse durant sa présence au Festival Mondial des Arts Nègres (FESTMAN) (2) comme représentante de Cuba, célébré à Dakar, Sénégal, fin 2010, sous la devise « La renaissance africaine, la diversité culturelle et l’unité africaine ». Cet exposé a été illustré d’une série de diapositives dont celles correspondant à l'Île de Gorée, située à 3 Kms de la côte atlantique du Sénégal, où sont encore conservées des anciennes fortifications esclavagistes.

Les cultes cubains d'origine africaine : des résultats de la diaspora forcée africaine

La vidéo Voyage aux grottes de Guara, de Carlos Andres García, vidéaste de la Télévision Éducationnelle (TVE), a montré, pendant une heure, les intérieurs des grottes mentionnées et les pictographies trouvées dans cet admirable site de l'art rupestre cubain, au sud de La Havane. Cet ensemble constitue un important échantillon en processus d'étude pour sa datation et l’identification des auteurs : aborigènes ou cimarrones africains ? Des interventions intéressantes ont eu lieu sur ce dernier aspect du problème, lesquelles ont suggéré une autre convocation de réunion de travail afin d’écouter de possibles lectures des significations culturelles de ces pictographies.

Un autre exposé ayant attiré l'intérêt des participants a été « Pierre Verger et l'Afrique », de la professeur en Histoire de l'Art, Kirenia Rodriguez Puerto. Le photographe français, qui a aussi visité Cuba, s’est établi définitivement au Brésil. Il a réalisé des livres de photos commentées en Afrique et dans des communautés de descendants africains en Amérique, dans lesquels il offre un témoignage historique et anthropologique indispensable pour les spécialistes.

Le panel « Les Africains et les Caraïbes » » a ouvert la seconde et dernière journée de l’événement, cette fois dans la Maison de l'Afrique, à la Vieille Havane. Ce panel, présidé par Alberto Granados Duque, directeur de l'institution et Lohania Aruca Alonso, coordinatrice et fondatrice du Groupe de Travail Permanent, a approché l'explication du contenu et des intentions du projet « La découverte des Caraïbes par les Africains » promu par le Groupe. Il a clarifié le sens du concept de « découverte » qui est utilisé dans ce cas, lequel va au-delà de ce qui est considéré par l'histoire traditionnelle par rapport à l'arrivée des Européens en Amérique et aux relations établies, apparemment uniquement, entre la culture euro occidentale et celles originaires du continent américain.

Le projet de recherche multidisciplinaire reconnaît que l'arrivée des Africains, provenant de différents endroits, nations et ethnies d'Afrique, même si elle a été forcée et n’a jamais eu aucune intention colonisatrice, s'est appropriée des éléments des cultures originaires des Caraïbes (lesquelles ont été totalement annihilées ou assimilées pendant la conquête et la colonisation espagnole), et noué des liens impérissables avec leurs peuples. Le processus de transculturation des Africains a laissé de profondes et reconnaissables empreintes dans la fondation « des nouveaux peuples » caribéens.

Durant cette session matinale, où deux autres panels ont été présentés, nous avons compté la présence de représentants diplomatiques des républiques du Congo, du Ghana, d’Afrique du Sud, du Cap Vert, du Burkina Faso et du Bénin. Le premier, intégré de docteurs et de professeurs de l'Université de La Havane, avec le rapport du linguiste Sergio Valdés Bernal « La découverte forcée des Caraïbes par les Africains et leur adaptation au contexte idiomatique cubain » et celui de Raúl Mesa García avec « La violence symbolique dans la diaspora africaine dans les Caraïbes ». La spécialiste en chimie et métaux, Juana Guevara Méndez a traité sur « L’extrapolation des connaissances médicinales. Méthodes et emploi des plantes par les Noirs africains à Cuba ». Toutes les interventions des diplomates africains ont souligné la qualité des rapports et ils en ont sollicité des copies.

Finalement, dans le panel intitulé « Expéditions, explorations et voyageurs dans les Caraïbes », nous soulignerons le rapport « El fino hilo que habla: los viajes del Narva y Dacia y sus viajeros », de Marta Blaquier Ascanio, professeur de l'Université de La Havane, une nouvelle recherche sur la pose des câbles télégraphiques sous-marins dans les Caraïbes qui, à Cuba, ont été étroitement liés avec la dernière Guerre d'Indépendance (1895-1898) ; contribuant décisivement à l'expansion des capitaux américains et européens et aux nombreuses avances scientifiques et techniques liés de telles innovations dans les Caraïbes.

a été l'objet de la dissertation présentée par Manuel Rivero Glean, au cours de laquelle il a expliqué son hypothèse quant aux différentes étapes qu’il a identifié dans le processus de capture, concentration, transfert et vente des esclaves. Ce qui lui permet de décrire et de calculer, approximativement, combien de pertes humaines pour obtenir un esclave, a souffert l'Afrique sub-saharienne pendant trois siècles, étant donné l'implantation de la traite de Noirs qui a eu comme destination, en très grande majorité, l'Amérique et les Caraïbes.

Cet événement a ouvert une porte à de multiples réflexions sur les potentialités, encore peu explorées, d'une histoire partagée entre les Caraïbes et le continent africain, beaucoup plus riche en rapprochements scientifiques et culturels qui, se développe et se renouvelle avec une grande vigueur.

 

Notes

1 – Le Groupe de Travail Permanent des Expéditions, des Explorations et des Voyageurs dans les Caraïbes a été fondé en 2002, il est actuellement assigné à l'Institut Cubain d'Anthropologie. C'est une association volontaire de chercheurs de différentes branches de la science faisant des recherches et des analyses. Leurs projets de recherche sont triennaux, de 2009 à 2012 ils se dédient au sujet « La découverte des Caraïbes par les Africains ».

Annuellement, les 1 et 2 mars, ils convoquent des Journées Scientifiques – en honneur à la sortie, depuis Misahualli (Équateur), de l'expédition « En canoë depuis l'Amazone aux Caraïbes » (1987-1988), dirigé par le scientifique cubain Antonio Núñez Jiménez – avec l'objectif central d'échanger leurs recherches avec d'autres spécialistes. Chaque projet de recherche termine avec une Conférence Scientifique, dont trois ont déjà eu lieu : « La Commission de Guantánamo à Cuba (1797-1802) » ; « Antonio Núñez Jiménez : ses explorations des Caraïbes » et « La découverte des Caraïbes par les Aruacos ». Leurs publications sont réalisées sur support papier (livres ou articles scientifiques) et numérique (CD-ROM). L’email de sa coordinatrice et fondatrice est

 2 – Le premier événement FESTMAN a été célébré en 1960, à Dakar. Ce Festival a été fondé par Léopold Sédar Senghor (1906 - 2001), leader de la libération et de la fondation de la République du Sénégal, dont il a été son premier président (1960-1980). Le FESTMAN est associé aux processus d'émancipation de l'Afrique.