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L’empreinte musicale de l'Afrique à Cuba
Par Rafael Lam Traduit par Alain de Cullant
L'Afrique a laissé une empreinte très profonde dans la musique cubaine et de toute l’Amérique.
Illustration par : Janler Méndez Castillo

L'Afrique a laissé une empreinte très profonde dans la musique cubaine et de toute l’Amérique, où ils sont arrivés des millions d'esclaves noirs durant l'étape coloniale, dont plus d’un million 400 mille à Cuba.

La déportation de millions d'Africains vers l'Amérique pendant les siècles sombres de l'esclavage a été une des plus grandes tragédies de l'humanité. Mais de ces déplacements forcés est aussi né un cycle passionnant d'échanges culturels transatlantiques. L'histoire de la musique cubaine en est un bon exemple (Isabelle Leymarie).

La rencontre a été un hymne à la fraternité entre les êtres humains, réunis par la magie de l'art, la vision universelle et la fantaisie inspirée des hommes. Alejo Carpentier considère que « beaucoup de ces Africains se sont révélés en allumant la flamme de la rébellion sur le continent américain ».

Avec les Africains ont voyagé leurs dieux, leurs rites comme un des composants essentiels dans la conformation de styles et des façons de faire de la musique noire et métisse à Cuba. Un grand nombre de ces rites se maintiennent encore, provenant du yoruba, du bantú, de l’arará, de la gangá et de l’abakuá. Dans la musique d'origine africaine on emploie 25 types d'ensembles instrumentaux, depuis les plus cryptiques utilisés dans les cérémonies secrètes, jusqu'à ceux employés par le peuple lors de leurs divertissements profanes, incluant différents types d’instruments pour produire des sons dans une nouvelle dimension.

Les groupes négroïdes maintiennent aussi leurs rites religieux, avec leurs pouvoirs magiques de prédiction et de protection, par le biais de sociétés secrètes dans le but de protection, de fraternité et d’aide. Dans les diverses manières de battre le tambour se maintient ce jargon inintelligible comme langage symbolique, ces langues ne sont pas des langues vivantes. (Argeliers León, Influence africaine dans la musique cubaine).

Selon Olavo Alén, un élève d'Argeliers León, l’organisation polyrythmique de jouer les instruments génère une nouveauté distincte à l'utilisation des tambours en Afrique. « L'emploi de la main et non d'autres objets a conformé une catégorie essentielle des nombreux tambours apparus en Amérique. Le spectre harmonieux, en changeant seulement le type de coup, a accordé une richesse au tambour africain que ne possédait pas le tambour européen où il existait une homogénéisation sonore de l'instrument ».

Tout ceci a été accompagné par des rites de santería dans les cultes de la regla ocha – très à la mode actuellement – qui maintient un enracinement très grand parmi les Cubains noirs. C’est ainsi qu’ont été préservés de nombreuses traditions et de nombreux comportements.

La musique d'origine africaine se distingue, avant tout, par le rythme trépidant dans les interactions humaines, il a été introduit dans le développement de l’appelée musique « professionnelle », dans l'évolution de la danse populaire. Toutes ces pratiques sont passées du salon à la rue et de la rue au salon dans un échange qui ne termine jamais ; bien que parfois il soit sévèrement critiqué par beaucoup d'intellectuels n’étant pas habitués aux modes d'origine africaine.

Les timbres sonores qui ont fait leur entrée par l’abominable porte de l'esclavage sont arrivés aujourd'hui à être consubstantiels à la musique cubaine moderne : cencerros, clefs, maracas, tumbadoras, bongó, quijadas de burro, déjà très loin de leur origine et encore plus loin de l'Afrique ancestrale.

Nous avons un bon exemple de l'influence africaine dans la musique professionnelle dans les travaux musicaux d'Ignacio Piñeiro et Arsenio Rodriguez qui, bien qu’ils soient des musiciens de tradition orale, étaient accompagnés de pianistes ou d’arrangeurs très professionnels, comme en est le cas spécifique d'Arsenio avec Rubén González et Lilí Martínez au piano. Piñeiro et Arsenio ont intégré des éléments de la rumba au son.

Piñeiro mélangeait et s’influençait des cérémonies religieuses, des chants africaines et des coutumes de santería et de spiritisme, des babalaos, des ñáñigos, des congos et des lucumíes, des nombreux quartiers marginaux de La Havane.

« Je me faisais aimer de ces gens qui faisaient peur en ces temps ; je m’occupais de leurs commandes et ils m'acceptaient dans leur monde rare et compliqué. Ces cérémonies étaient totalement interdites. Je jouais dans les chœurs de clés ñáñigas, j’ai été consacré Efori Enkomó en 1917. J'ai composé beaucoup de chansons abakuá, une d'elles s’intitule En la alta sociedad (Dans la haute société), chantée par mon amie María Teresa Vera. Cela a été comme une profanation, une provocation devant les abakuá, de la part de María Teresa et de moi et cela nous a apporté des problèmes ». (Wilmario Orbeal)

Piñeiro n'a pas été investi dans la hiérarchie d'Enkríbamo pour avoir divulgué de possibles secrets de l'organisation. Ceux-ci ont été diffusés par María Teresa Vera et Miguelito García à Radio Marianao, brisant le mur de diffusion des expressions folkloriques d'origine africaine. Une véritable provocation en cette époque.

La contribution africaine à la musique a constitué un événement fondamental dans la culture cubaine. Il a été comme un hymne à la vie et à la communion spirituelle des peuples d’Amérique.