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Pablo Milanés : Un chroniqueur et un protagoniste de son temps
Par Radamés Giró Traduit par Alain de Cullant
L'une des voix les plus reconnues de la chanson en langue espagnole.

Pablo Milanés Arias. L'une des voix les plus reconnues de la chanson en langue espagnole. Chanteur fondateur du mouvement de la Nueva Trova aux côtés de Silvio Rodríguez et Noel Nicola. Sa musique a une grande influence du filin. Il est auteur de chansons connues internationalement comme Yolanda et Para vivir. Il a commencé ses études de piano en 1952 dans le Conservatoire Municipale de La Havane (aujourd'hui Conservatoire Amadeo Roldán), qu’il a très vite abandonné. Par la suite il a été guidé par le pianiste et compositeur Candito Ruiz. L'un de ses guides a aussi été le déclamateur et pianiste Luis Carbonell. Mais sa grande école a été d'écouter le duo de María Teresa Vera et de Lorenzo Hierrezuelo ; Abelardito Valdés ; Barbarito Diez ; Benny Moré ; Vicentico Valdés et le Chilien Lucho Gatica.

Il commence professionnellement sa carrière artistique avec le Cuarteto del Rey, (1959-1963) – où il était la première voix - dont le répertoire, parmi d’autres genres de chansons, était composé des negro spirituals, rigoureusement travaillés dans le montage des voix par Luis Carbonell, un apprentissage décisif dans le développement ultérieur de Pablo comme artiste. Chez lui il écoutait des œuvres du compositeur allemand Jean-Sébastien Bach, que Carbonell jouait au piano.

Entre 1964 et 1966, il a travaillé avec Los Bucaneros, avant, en 1963, il chantait ses propres chansons, influencées par le filin et les œuvres de Michel Legrand et Johnny Mathis.

En même temps,  il a été influencé par le mouvement brésilien tropicalista, la musique d'avant-garde aux Etats-Unis ainsi que certains chanteurs européens des années 1950 et 1960. Ses expériences et ses connaissances du boléro et du son sont les piliers dans son développement ultérieur en tant que compositeur et interprète.

Son travail de sauvetage de œuvres considérées comme des joyaux de ces genres montre sa profonde connaissance de celles-ci ; Pablo, comme interprète, a un intérêt particulier pour Miguelito Cuni, avec qui il a enregistré  le boléro Convergencia, de Bienvenido Julián Gutiérrez ; Marcelino Guerra (Rapindey) et les interprétations de l'ensemble de Felix Chappottin.

En 1967,  il a créé Yo vi la sangre de un niño brotar, avec laquelle il commence son étape de compositeur de chanson de contenu social, en harmonie avec ce qui se passait sur le continent américain, une expression qui a son point le plus important lors de l’événement  « Encuentro de la Canción Protesta  », parrainé par la Casa de las Américas, la base pour la fondation du mouvement de la Nueva Trova, quelques années plus tard.

De cette époque datent Su nombre puede ponerse en verso, sur un texte du poète Felix Pita Rodriguez, et Si el poeta eres tú, sur un texte de Miguel Barnet.

En 1969, le Groupe d’Expérimentation Sonore de l’ICAIC, (1969-1974) est fondé grâce à l'initiative du cinéaste Alfredo Guevara, président de l'Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique (ICAIC). Celui-ci est sous la direction du guitariste et compositeur Leo Brouwer et compte, parmi d’autres, Silvio Rodríguez, Eduardo Ramos, Sergio Vitier, Leonardo Acosta, Emiliano Salvador et Sara González.

Pablo créé son propre groupe au milieu des années 70 et il devient membre du mouvement de la Nueva Trova.

Les textes de ce compositeur sont poétiques et profonds, même dans les plus diverses questions abordées : les problèmes politiques et sociaux ou les conflits amoureux du couple. Dans le premier il s’exprime avec optimisme, entrevoyant parfois l'avenir ; cependant, quant à l’amour, il aborde les difficultés rencontrées par les couples pour atteindre leur plénitude. Ce n'est pas une contradiction, c’est une façon objective d’affronter toutes les facettes que vivent et jouent les personnes dans leur milieu social.

En 1982, avec son groupe composé d’Emiliano Salvador, au piano ; d’Eduardo Ramos, à la basse et de Frank Bejerano, à la batterie, il réalise une tournée au Mexique, dans laquelle se trouve aussi Silvio Rodríguez, où ils échangent des points de vue avec le compositeur mexicain Rubén Fuentes, orchestrateur du chanteur Marco Antonio Muñiz.

Le Brésil est une autre place où Pablo a chanté en 1983 ; ce fut un grand événement car aucun Cubain ne s’était présenté devant le public de ce pays depuis Ignacio Villa (Bola de Nieve), en 1959.

La Chambre Municipale de Rio de Janeiro lui a décerné la plus haute distinction accordée à un visiteur étranger. Ensuite il a chanté dans des salles de Rio et de São Paulo, dans certaines avec le compositeur brésilien Chico Buarque.

Plus tard, avec Silvio Rodríguez, il s’est présenté pour la première fois en Équateur et en Argentine. En 1988, Pablo, avec son nouveau groupe – composé maintenant par Miguel Núñez, piano et claviers ; Orlando Sanchez, saxophone, clarinette et claviers ; Eugenio Arango, percussion cubaine et tambour batá, en plus des anciens membres, Eduardo Ramos, basse, et Frank Bejerano, batterie – réalise une tournée en Espagne, où il enregistre et chante avec la chanteuse Tania Libertad.

De retour à Cuba il offre un récital dans le théâtre Karl Marx, puis il part au Mexique où il se présente dans le District Fédéral, à Tampico, à Monterrey, à Guadalajara et à Puebla.

En 1989, il donne des concerts dans plusieurs salles de La Havane sous le titre de Canción en el bario (Chanson dans le quartier) ; il enregistre Años III, avec Luis Peña (El Albino) et Octavio Sánchez (Cotán) et il se propose le « sauvetage » du public jeune, le moins proche des chansons du mouvement du filin, dans lesquels il inclus des chansons de son étape filinesca.

En 1996, il réalise une longue tournée en Espagne, en compagnie du chanteur asturien Victor Manuel, avec lequel il offre près de vingt-cinq représentations. Il retourne en Europe en 1997, cette fois au Portugal et en Italie ; et une nouvelle fois en Amérique Latine : Costa Rica, Venezuela, Colombie et Chili et au Lincoln Center à New York.

Le thème du temps a été une des constantes dans les œuvres de Pablo Milanés, avec leurs variantes, leurs alternatives, leur profondeur et leur simplicité, c’est ce qui caractérise cet aspect de son œuvre comme compositeur.

Pablo Milanés a réussi à respecter un pacte de sympathie – à la preuve des imprévus et des distances - avec la sensibilité de plusieurs générations d'hommes et de femmes. Cette double raison de chroniqueur et de protagoniste de son temps a été traduite par le chanteur dans une conviction existentielle : l'homme ne va pas mourir.

Il a été nominé au Prix Grammy Latin pour son disque Vengo naciendo, meilleur album de musique pop en 2000.

Pablo Milanés a reçu le Prix National de Musique en 2005 aux côtés du pianiste Frank Fernández et de l’actrice et chanteuse Rosita Fornés, en reconnaissance de sa carrière et de ses apports à cette expression artistique à Cuba.

En 2011, après 28 ans sans faire une tournée nationale, Pablo entreprend un périple dans tout son pays. Lors de son passage à Las Tunas, sur la Plaza de la Revolución Mayor General Vicente García, on lui a remis la « Réplique de la Plume du Cuculambé ».

Source : Diccionario Enciclopédico de la Música en Cuba. Maison d’édition Letras Cubanas, La Havane, 2009.