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Agostinho Neto : Le Poète des espérances sacrées
Par Agostinho Neto Traduit par Jean-Michel Massa
Les poèmes « Levée des couleurs » et « Civilisation occidentale » du poète angolais Agostinho Neto.

Levée des couleurs

Aux héros du peuple angolais

A mon retour au pays natal

les casuarinas avaient disparus de la ville

Toi aussi

mon ami Liceu

voix consolatrice des rythmes entraînants du pays

dans la nuit des samedis infaillibles

Toi aussi

harmonie sacrée ancestrale

ressuscitée dans les arômes sacrés du Ngola Ritmos

 

Toi aussi tu avais disparu

avec toi

les intellectuels

la Ligue

le Farolim

les réunions des Ingombotas

la conscience de ceux qui trahirent sans conviction

 

Je suis arrivé au moment précis du cataclysme matinal

où l'embryon rompt la terre humidifiée par la pluie

et la plante s'élève resplendissante de couleur et de jeunesse

Je suis arrivé pour la résurrection de la graine

la symphonie dynamique de la croissance de la joie chez les hommes.

Le sang et la souffrance

étaient un torrent impétueux qui divisait la ville 

A mon retour au pays natal

le jour était choisi

l'heure avait sonné

Même le rire des enfants avait disparu

vous aussi

mes bons amis mes frères

Benge Joaquim Illidio Manuel

quels autres encore ?

- des centaines de milliers d'amis

quelques-uns disparus à jamais

victorieux pour toujours dans cette mort pour vivre

A mon retour au pays natal

quelque chose de gigantesque se mouvait dans le pays

les hommes dans les silos gardaient davantage

les écoliers étudiaient davantage

le soleil brillait davantage

une jeune sérénité habitait les vieux

plus que l'espoir c'était la certitude

plus que la bonté c'était l'amour.

Les bras des hommes

le courage des soldats

les soupirs des poètes

tout et tous essayaient de porter très haut

sur la mémoire des héros

Ngola Kiluanji

Reine Jinga

Tous essayaient de porter très haut

le drapeau de l'indépendance.

 

Civilisation occidentale

Des tôles clouées à des poteaux

Fixés au sol

Font la maison

Les chiffons complètent

Le paysage intime

Le soleil qui s'infiltre par les fentes

Réveille l'occupant

Après douze heures de travail

D'esclave

Casser les pierres

Charrier les pierres

Casser les pierres

Charrier les pierres

Au soleil

Sous la pluie

Casser les pierres

Charrier les pierres

La vieillesse vient vite

Une natte dans les nuits noires

Lui suffit pour mourir

Reconnaissant et affamé.

Poèmes tirés du recueil Espérance sacrée, traduit du portugais par Jean-Michel Massa. [Luanda], U.E.A (Union des écrivains angolais), 1986