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Martí  dans les arts plastiques
Par Aldo Menéndez Traduit par Alain de Cullant
Le visage de José Martí a été une source d'inspiration permanente pour nos artistes.
Illustration par : José Luis Fariñas

Le visage de José Martí a été une source d'inspiration permanente pour nos artistes. On peut affirmer, sans crainte d'erreur, que la plupart des peintres, des dessinateurs et des sculpteurs cubains, ont reproduit une fois ses traits caractéristiques. Et on ne peut pas oublier le substantiel apport réalisé, en un tel sens, après le triomphe de la Révolution, par les affiches et, en général, par le design graphique.

À travers un grand nombre de ces œuvres, il est possible de connaître les moments les plus importants de la riche biographie du Maître, y compris un bon nombre de reconstitution historique, ainsi que sa mort au combat à Dos Ríos, d’Esteban Valderrama. Certaines pièces sont sans aucun doute des compositions clefs dans la production d’importants auteurs tels qu’Eduardo Abela, Carlos Enríquez, Jorge Arche et Raúl Martínez. Un beau livre serait celui qui réunirait une iconographie si complète. Un projet du Centre des Études Martianos. Dans ses pages apparaîtraient aussi les reproductions des autoportraits de Martí, les nombreuses et excellentes photos existant de lui et les portraits de créateurs étrangers (Herman Norman, Diego Rivera, David Alfaro Siqueiros, Angel Bracho, Cecilio Almeida, Piotr Shapiro...).

La force des lignes sur le visage de notre Héros National exerce un attrait développé par deux principaux aspects de la création picturale et graphique : un – très abondant – ne se sépare pas des modèles photographiques ; l’autre tente de synthétiser ses lignes. Au premier appartiennent, par exemple, les portraits d’Armando Menocal, d’Enríque Caravia, d’Orlando Suarez, d’Orlando Yanes ou de Juan Moreira ; le second, ceux exécutés par Jorge Rigol, Manuel Vidal et Chago.

Dès les années 1960, les images photographiques sont intégrées directement ou sont recrées à partir d’un contraste élevé, jusqu'à finalement arriver à la reproduction fidèle du document photographique. Dans cette nouvelle direction nous trouvons un nombre infini d'artistes de renom, parmi eux Félix Beltran, César Leal, Saida Sariol, Eugenio Blanco (Ludovico), Flavio Garciandía, René Mederos, José Contino ou Mario Gallardo.

En revenant aux peintures de composition, de nos jours, elles s’éloignent de la reconstitution historique, cherchant à exprimer l'essence même de l'événement, de l'acte héroïque sans apparences superficielles. On présente chaque moment important de la vie de Martí uni à sa projection historique, comme un lien qui rend possible la continuité de ses idées. Ainsi l’ont vu, avant 1959, Roberto Diago, Alberto Peña et Carlos Enríquez, quand ils ont peint sa mort à Dos Ríos. Une nouvelle vision reprise et prolongée par un groupe de jeunes valeurs au début de la dernière décennie (il suffit de citer les travaux d’Ernesto García).

Dans les années 1970, le portrait de Martí commence à apparaître associée avec d'autres personnalités, comme une façon d’établir une relation entre les processus libérateurs cubains, américains et universels. Nélida López le présente avec Camilo et le Che ; José Luis Posada au milieu de la forêt américaine entre Bolivar, Juárez et Louverture ; Gilberto Frómeta comme une montagne, à côté d'autres formées par Bolivar, Juárez, le Che et Allende ; Alfredo Rostgaard, sur une couverture de la revue Tricontinental, utilise un arc en ciel pour lier son visage avec celui d’Hô Chi Minh.

Ce visage bien connu de Martí, que nous explorons depuis notre enfance en détail, est rarement suggéré par une de ses parties. En 1973, Luis Vega y parvient magistralement en dessinant - pour une affiche de film dédiée au documentaire Versos Sencillos - un fragment du front et des cheveux, comme si c'était l'herbe sur laquelle pousse la forêt cubaine. Cependant, sa représentation liée au paysage, à la végétation, est commune. Je me souviens d'un cadre de José Miguel Pérez, qui a obtenu une mention dans le salon FAR 1974, où son effigie, debout, se transforme en arbre.

Je ne voudrais pas omettre, non plus, l'importance pour la plastique qu’ont eu les ensembles spontanés où le peuple à placer son image. Combien a trouvé Raúl Martínez en ceux-ci ? L’objectif de Grandal va aussi les chercher, composant un magnifique reportage photo pour refléter la présence de Martí dans la création de la nouvelle société.

Parmi les plus curieuses représentations se trouve une de Tomás Sánchez, où Martí apparaît à cheval, devant une colonne de combattants du 26 Juillet, entrant enfin dans la rue principale d'un typique village cubain. La foule - comme les visages traités à la façon du néo-expressionnisme – salue la caravane avec une émotion qui rappelle celle vécue par toute la population le premier janvier 1959. Un puissant symbolisme qui semble vouloir signifier le sauvetage définitif de l'image de Martí par la Révolution.

Luis Miguel Valdés recrée, comme cadre à son image, une ancienne étiquette de cigare. Dans le Martí avec l'étoile solitaire sur le front, de Benjamín Duarte, affleure en traits durs – non exempts de beauté – la lyrique ingénue du dessinateur populaire. Pour David, le caricaturiste, la première chose est de capter son geste chargé de volonté. Roberto Fabelo préfère dépouiller l'image des mythes et de trouver sa grandeur entre les simples cigariers de Tampa. Le Martí de Juan Pablo Villar (Jan) exploite cette élégance comme Federico Martínez l’avait fait bien avant sur la toile. Il apparaît comme une photographie positive sur une encre de Lopez Oliva. C'est le poète et seulement le poète, qui dépeint Artemio Iglesias. Alors que dans une toile de Juan Blanco, médite cet esprit indivisible, à la fois forgeur de liberté et créateur de métaphores.

La vision que Martí apporte à la sculpture est sans doute plus traditionnelle. La froide conception de Villalta Saavedra parait se répéter encore et encore. Esteban Betancourt s’en sépare un peu et, surtout, Juan José Sicre, avec les bustes dont la tête est légèrement inclinée et la pièce monumentale qui préside l'ensemble architectural de la Place de la Révolution. Mateo Torrientes a également tenté de briser ce canon. Avec le charme et la perfection, des mains étrangères ont sculptés dans le bois d’une porte du Capitole, les excellents dessins de García Cabrera captant les moments culminants de la vie du fondateur du Parti Révolutionnaire Cubain.

Servando Cabrera, Carmelo Gonzalez, Carlos Boix, Muñoz Bachs, Jorge Fornés, Rafael Zarza, Domingo Ravenet...Il est impossible de citer les noms de tous ceux qui ont aidé à composer cette splendide recherche créative sur cet homme extraordinaire dans un espace aussi court. Un chant d'artiste au premier de nos artistes.

Source : Revue Revolución y Cultura de janvier 1980.