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Le Mausolée de José Martí à Santa Efigenia
Par Gladys Rodríguez Ferrero Traduit par Alain de Cullant
Le mausolée est un lieu de vénération et d’éternel hommage à José Martí, un site qui accueille aujourd'hui les nouvelles générations.
Illustration par : José Luis Fariñas

Le 19 mai nous commémorerons le 118e anniversaire de la chute en combat de José Martí à Dos Ríos, en 1895.

Tout le monde sait que le cadavre de notre Apôtre a été emporté par les Espagnols et enterré dans le cimetière de Remanganaguas. Postérieurement, par ordres du gouvernement espagnol, il a été exhumé et envoyé à la ville de Santiago de Cuba, le 26 mai 1895, pour être enterré dans le cimetière Santa Ifigenia, situé au nord-est de la ville. Une nécropole qui a été ouverte en février 1869 et qui a commencé à offrir ses services en avril de cette même année.

Dans la salle Marti-Maceo du Musée Provincial Emilio Bacardi Moreau sont exposés, un fragment du cercueil où le cadavre de l'Apôtre a été transféré du cimetière de Remanganaguas à celui de Santiago de Cuba ; une partie des instruments avec lesquels le Dr Joaquin Castillo Duany a réalisé la reconnaissance des restes de José Martí, à Santa Efigenia, le 27 mai 1895, et un mouchoir trouvé dans la poche du pantalon du Maître par Enrique Ubieta, qui a confirmé l'identité de notre Héros National.

À Santa Efigenia, le corps a été enterré dans la tombe 134, appartenant à l'ancienne Galerie Sud, aujourd'hui disparue. Le 24 février 1907 les restes de Martí sont une nouvelle fois exhumés et transférés au Templete, une construction de style néoclassique qui a été construite cette même année pour préserver la précieuse tombe, ils sont placés dans un petit coffre doublé en cèdre. Federico Pérez Carbó a préservé la cravate portée par Martí lorsqu'il est tombé lors de la bataille de Dos Ríos ; elle a été extraite de la tombe pendant l'exhumation et cette pièce, ainsi que le numéro de la tombe où ont été déposés les restes sont également conservés dans le Musée Bacardi.

Dans les années 1940 un mouvement a eu lieu, dirigé par la Commission Pro-Marti, appelé « Une Tombe Digne pour l’Apôtre ». Celui-ci proposait la réalisation d’un concours international afin de sélectionner un projet de monument funéraire pour Martí, conformément à sa vie et son œuvre.

L'architecte Joaquín E. Weiss faisait partie du tribunal au nom de la Faculté d'Architecture de l'Université de La Havane. Les bases du concours, élaborées par l'architecte Francisco Repilado Ravelo, comptaient deux étapes : la première, éliminatoire, lors de laquelle serait choisi cinq finalistes, et la seconde qui déterminerait un premier prix et quatre seconds prix.

Le premier prix consistait en un montant de 1 000,00 $ en argent, une médaille d’or, un diplôme accréditif et la direction technique de l'œuvre avec 3 % de la rémunération. Dans ce cas le gagnant pourrait opté pour le contrat de l’œuvre et disposer jusqu'à 100 000,00 $. Les seconds prix offraient un montant de 500.00 $, un diplôme et une médaille d'argent.

Les cinq projets finalistes du concours étaient : celui de l’architecte Jaime Benavent et du sculpteur Mario Santí ; celui des architectes Enrique Luis Varela et Raúl Otero et de l'artiste F. Fernández Plá ; celui de l’ingénieur Rodulfo Ibarra, et ceux des architectes Emilio Soto et Armando Pujol.

Les lauréats ont été les deux artistes cubains, l’architecte Jaime Benavent et le sculpteur Mario Santí. La construction du monument a commencé le 19 mai 1947 avec la pose de la première pierre et, à côté d'elle, la terre de la Maison Natale de José Martí.

Les restes du Maître sont exhumés, pour la troisième fois, le 8 septembre 1947, et déposés dans le Retable des Héros, où ils ont été conservés jusqu'à la date de l'inauguration du Mausolée.

La construction du panthéon a durée quatre ans, il a été inauguré le 30 juin 1951. Ce jour-là a eu lieu « l'enterrement cubain de José Martí », comme il a été enregistré dans la presse de l'époque. C’est sans doute l'un des événements les plus importants de l'ère républicaine, où le peuple est venu rendre honneur à notre Héros National.

Le Mausolée, qui a remplacé l'ancien Templete, est un monument symbolique de la pensée et de l'action de José Martí, avec un design architectural rénovateur suite à l'utilisation de l'art déco et l'incorporation d'une nouvelle appréciation stylistique. Ses auteurs ont sans aucun doute pris en considération les alinéas de l'article 13 des bases du concours, dans lequel l'emplacement et l'orientation étaient très clairs. Le terrain sélectionné mesure 26 mètres de largeur et 86 mètres de long et les bases stipulaient très clairement que la tombe soit située « à l'intersection des axes de ces deux dimensions ».

La façade principale du Mausolée est dirigée vers l’Est, où le soleil se lève. Elle s'intègre à l'avant du cimetière et sert de point culminant à l'avenue qui est en face, une condition qui hiérarchise le monument. Il est construit sur le site même où avait été érigé le Templete en 1907. C'est un cône tronqué ; la partie inférieure compte un crypte funéraire et le balcon supérieur qui l'entoure possède un accès indépendant de l'extérieur grâce à des escaliers. Ainsi, la crypte peut être fermée, alors que depuis ce balcon on conserve un accès libre au public, tous les jours de l'année, en gardant une distance respectueuse. Les murs et le sol, de forme circulaire, ont été plaqués en marbre gris de l'ancienne Ile des Pins, extrait d’une zone proche de la ferme El Abra, où José Martí a résidé pour se rétablir des lésions physiques infligées pendant sa condamnation aux travaux forcés dans les carrières de San Lázaro.

À l'intérieur du Mausolée, les murs arborent vingt et un écus nationaux, en bronze, – disposés par ordre alphabétique à l’exception de celui de Cuba –. Ceux-ci représentent les pays d'Amérique qui ont obtenu leur indépendance au XIXe siècle. Des pays dans lesquels Martí a vécu et qu’il a visité, dans sa quête de réunifier l'émigration cubaine pour recommencer la guerre d’indépendance.

Dans le centre de la crypte se trouve le monument funéraire, un pentagone en bronze recouvert par un drapeau cubain, dessinant une étoile sur le sol, qui protège les restes de Martí. Ceux-ci reposent sur une poignée de terre des pays représentés par leurs écus, le symbole de la pensée latino-américaine du Maître afin de concevoir « L'Amérique comme une seule Patrie ».

En face du monument se trouve une jardinière de bronze en forme de livre où est gravé le nom de José Martí, la date de sa naissance et celle de sa mort (1853-1895). Et il y a toujours des fleurs fraîches dedans. Le drapeau et les fleurs reprennent les désirs du Maître, exprimés dans ses versets simples : « Avoir sur ma dalle un bouquet / De fleurs et un drapeau ».

La partie supérieure du cône délimite la crypte par un déambulatoire. On y accède grâce à deux escaliers de douze marches avec un palier intermédiaire. Sur celle-ci se dressent six piliers joints par six arcs en plein cintre. C'est sur ces piliers où apparaissent les écus des six anciennes provinces de l'île de Cuba, chacun ayant les attributs économiques, politiques, culturels ou sociaux qui les identifient.

En regardant, on découvre, entre les écus représentant les provinces de Las Villas et Matanzas, une sculpture de José Martí en position assise et ayant une attitude méditative, sculpté en marbre de Carrare blanc, symbole de la pureté de ses idéaux. Un parchemin et une plume occupent ses mains. Un puits de lumière, placé au sommet du cône, permet le passage de la lumière naturelle sur la tombe de l'Apôtre, rendant compte de sa volonté expresse de « mourir le visage au soleil ». Le corps principal du mausolée est situé sur les grands espaces verts où se trouvent des palmiers, notre arbre national, et des roses blanches, symbole de la pureté de ses idéaux.

À travers un couloir large, plaqué en marbre gris, on arrive à la crypte funéraire. Sur les deux côtés apparaissent quatorze monolithes qui, répétés dans la partie supérieure du monument, représentent les vingt-huit sites où a été José Martí, du 11 avril au 19 mai 1895, après son débarquement à Playitas de Cajobabo. Des sites historiques qui ont été appelés « Campements Martianos » (1). Sur chacun des monolithes est gravé le nom du campement et une phrase de Martí : le premier représente Playitas et le dernier est dédié à Dos Ríos. Sur celui-ci apparaît la phrase relative à sa mort « Sur la croix est mort l’homme un jour, mais on doit apprendre à mourir sur la croix tous les jours ».

Le mausolée est intégré par six grandes croix latines et au sommet de cette union surgit est une figure de femme : les cariatides. Les sentinelles de la tombe de l'Apôtre, symbolisent les six provinces dans laquelle était diviser l'île en cette époque. Conçues en attitude solennelle, celle dédié à Oriente appuie son bras gauche sur une corne d'abondance d'où émergence des fruits, le symbole de la fertilité de son sol et la main droite lève un pic de mineur, devant l’abondante présence de minerais, une ressource économique de la province. L'agriculture et l'élevage constituent les importants et vitaux apports de la province de Camagüey. C’est pour cette raison que la cariatide lève une machette et un lasso dans ses mains, en dessous, à ses pieds, se trouve un bœuf. Celle de la province de Las Villas, pour sa production de canne à sucre, a une machette dans la main droite et une botte de canne à sucre dans la gauche. Un parchemin et une lyre servent d'identification à Matanzas, en prenant en compte sa distinction comme l'Athènes de Cuba. Deux symboles soulignent La Havane, le livre contrôlant le commerce et la clef qui ouvre les portes du pays. Les feuilles de tabac et son importante contribution économique à la région et la représentation d'une plante de cette espèce, identifient la province de Pinar del Rio.

Le corps principal du monument a été construit en pierre de Jaimanitas, une pierre de l’occident du pays, où est né l’Apôtre. Utilisée sans revêtement, la texture du matériel apporte la solidité et la fermeté à la physionomie générale de l'ensemble, où apparaissent les canons du mouvement monumental moderne – en vogue dans les années 40 –  et, même ainsi,  l'intégration de l'architecture et de la sculpture résulte romantique.

Pour sa valeur historique et architecturale, le Cimetière de Santa Ifigenia a été déclaré Monument National le 7 septembre 1937.

Le Mausolée de José Martí constitue un précieux exposant l'art de la nécropole de Santiago, un excellent exemple de complexe funéraire où se soulignent aussi des espaces extérieures incluant des jardins et des voies piétonnes ; un véritable paradigme de l'architecture funéraire cubaine.

Il y a une coïncidence entre l'année des premières enterrements et le début de nos luttes pour l'indépendance du pays. Là reposent les restes d'un grand nombre de nos plus illustres patriotes. Dans le Retable des Héros de l'Indépendance sont enterrés José Maceo, Flor Crombet et Guillermo Moncada. En outre, à Santa Ifigenia se trouvent les panthéons et les tombes de Carlos Manuel de Céspedes, de Mariana Grajales, de Renato Guitart et de trente-cinq assaillants de la Caserne Moncada, de Frank et Josué País et le Panthéon des Forces Armées.

Le mausolée est un lieu de vénération et d’éternel hommage à José Martí, un site qui accueille aujourd'hui les nouvelles générations et où viendront les futures pour continuer à rendre hommage à la vertu, à l'héritage du Maître, aux enseignements de notre Apôtre qui, en 1953, a inspiré la Génération du Centenaire qui a attaqué les casernes Moncada et Carlos Manuel de Céspedes le 26 juillet.

Notes :

(1) Campements Martianos :

- Cajobabo (campement 1) de la Playita à Cajobabo, 11-12 avril

- Grotte de Juan Ramirez (campement 2) de Cajobabo à la Grotte de Juan Ramirez, 12-14 avril

- Maison de Tavera (campement 3) de la Grotte de Juan Ramirez à la maison de Tavera, 14-16 avril

- Maison de Pineda (campement 4) de la maison de Tavera à la maison de Pineda, 16-18 avril

- Palmarito (campement 5) de la maison de la Pineda à Palmarito, 18-19 avril

- Pozanco (campement 6) de Palmarito à Pozanco, 19-20 avril

- Palenque (campement 7) de Pozanco a Palenque, 20-21 avril

- Madre Vieja (campement 8) de Palenque à Madre Vieja, 21-23 avril

- Les Ciguatos (campement 9) de Madre Vieja à Los Ciguatos, 23-24 avril

- Yuruguana (campement 10) de Los Ciguatos à Yuruguana, 24 avril

- Malabé (campement 11) de Yuruguana à Malabé, 25-26 avril

- Iguanábana (campement 12) de Malabé à Iguanabana, 26-27 avril

- Vuelta Corta (campement 13) du Iguanabana à Vuelta Corta 27 avril-1er mai

- La Prudencia (campement 14) de Vuelta Corta à La Prudencia, 1-2 mai

- Alto de Santa María (campement 15) de La Prudencia à Alto de Santa María, 2-3 mai

- La Lombriz (campement 16) d’Alto Santa María à La Lombriz, 3-4 mai

- La Yaya (campement 17) de La Lombriz à La Yaya, 4-5 mai

- Cerca de La Mejorana (campement18) de La Yaya à Cerca de La Mejorana, 5-6 mai

- Jagua de Bucuey (campement19) de Cerca de La Mejorana à Jagua de Bucuey, 6-7 mai

- Hato Enmedio (campement de 20) de Jagua de Bucuey à Hato En medio, 7-8 mai

- Cerca de Hato Enmedio (campement 21) de Hato Enmedio à Cerca de Hato Enmedio, 8-9 mai

- Altagracia de Venero (campement 22) de Cerca de Hato Enmedio à Altagracia de Venero, 9-10 mai

- Travesía 1 (campement 23) d’Altegracia de Venero à Travesía 1, 10-11 mai

- Travesía 2 (campement 24) de Travesía 1 à Travesía 2, 11-12 mai

- La Jatía (campement 25) de Travesía 2 à La Jatía, 12-13 mai

- Dos Ríos (campement 26) de La Jatía à Dos Ríos, 13-19 mai

- Vuelta Grande (campement 27) de Dos Ríos à Vuelta Grande, 19 mai

Bibliographie:

Arrate Hernández, Danilo M. 1997. El Vía Crucis del Apóstol. Prix de Recherche Historique du Concours 26 de Julio, 1996. Ville de La Havane, Maison d’édition Verde Olivo.

Mausoleo José Martí. Centre Provincial du Patrimoine Cultural de Santiago de Cuba. Archives de la Vice-présidence des Monuments du Conseil National du Patrimoine Culturel, 2003.

Mausoleo de José Martí: Héroe  Nacional de Cuba. Centre Provincial du Patrimoine Culturel de Santiago de Cuba, 2012.

Weiss, Joaquín E. Architecte. 1947. Por una tumba digna de Martí. Dans la revue Arquitectura. (La Havane). Année XV, Nº 167, juin.

Wong, Yanina Architecte Cementerio Santa Ifigenia. Archives de la Vice-présidence des Monuments du Conseil National du Patrimoine Culturel.