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La Nueva Trova et la nueva trova
Par Silvio Rodríguez Traduit par Alain de Cullant
On célèbre deux dates en 2012 : le 40e anniversaire de l'organisation officielle du Mouvement de la Nueva Trova (en majuscules) et le 45e anniversaire du surgissement d’un jeune courrant dans la chanson (la nueva trova en minuscules) en septembre 1967.
Illustration par : Ever Fonseca

Le mouvement de la Nueva Trova (avec des majuscules) a été fondé par les participants de la IIe Rencontre des Jeunes Troubadours, qui s'est tenue dans la ville de Manzanillo en décembre 1972. C'est pour cette raison que nous célébrons le 40e anniversaire de ce groupe, possible par la massivité qu’a atteint la trova dans notre pays. Vu la quantité de jeunes avec des guitares qui ont surgi de toutes parts, l'Union des Jeunes Communistes a décidé de parrainer cette sorte de communauté qui, alors que ses membres étaient guitaristes, a également eu une collaboration de poètes, d’écrivains, de plasticiens, de journalistes, de dirigeants, de philosophes, de réalisateurs de cinéma et de télévision.

Cette explosion de trova  juvénile ne manque pas d’antécédents. Un des plus lumineux – pour moi – a été une chanson qui passait souvent à la radio dans les années soixante. Sa poésie est une ode à l'existence (plus tard j’ai également appris à Dieu), marquée par les accents d'un genre musical qui semblait alors obsolète : la guajira. Son auteur était Teresita Fernández, une enseignante de Santa Clara que Bola de Nieve avait fait venir dans la capitale. La chanson s’appelait Cuando el sol et la voix vibrante de Luisa Maria Güell la convertie en succès.

Une autre femme auteur, dans ce cas havanaise, décrivait une orbite de grande singularité : Marta Valdés qui, avant 1959 avait été chantée par des artistes célèbres et ensuite a transcendé l'intimité du feeling avec une des chansons les plus importantes (et des moins reconnues) de la post-révolution : Canción para otro mundo.

En cette époque certains jeunes auteurs coïncidaient dans les clubs nocturnes et les réunions privées. Leurs premiers savoir-faire étaient basés sur le mouvement du feeling d’avant-garde et des paroles colloquiales. Parmi eux se soulignaient Luis Adolfo, Martin Rojas, Eduardo Ramos, Rey Montesinos, Pablo Milanés. Les deux derniers ont aussi composé des guajiras mémorables, bien que la plus transcendantale était de Pablo (Mis 22 años), qui a marqué une étape importante, en dépit d’être peu divulguée.

Noel Nicola composait ses premiers morceaux dans les Troupes des soldats des missiles antiaériens ; l’étudiant de physique de l'Institut Pédagogique, Vicente Feliú, s'est approché à la guitare de son père ; Belinda Romeu a fait ses premiers pas à 17 et C, fidèle au signe musical de sa famille. Je portais un sac de livres et une vieille guitare dans les unités de l'Armée d’Occident.

Une forte évidence publique du surgissement d’un jeune courrant dans la chanson (la nueva trova avec des minuscules) a eu lieu en septembre 1967, ce fut dans l'émission de télévision Mientras Tanto. Dès son lancement, de curieux vases communicants ont commencé à se tracer car parmi les premiers se trouvaient Teresita Fernandez, à qui le journal El Caiman Barbudo avait fait un hommage. Peu après le début de Mientras Tanto, j’étais accompagné par Sonorama 6, un groupe dirigé par Martin Rojas et comptant Eduardo Ramos. Pour le comble, l'une des raisons pour laquelle le programme a été « retiré de la circulation » a été ma promesse de présenter Pablo Milanés et mes excuses subséquentes de ne pas l’avoir fait « pour des raisons étrangères à ma volonté ».

Tout cela signifie qu'en 1967  nous nous connaissions déjà et, au début de l'année suivante, nous avons participé à un concert qui a marqué un avant et un après dans la trova cubaine. Je me réfère à celui qui a eu lieu à la Casa de las Américas, le 18 février 1968. Pablo, Noel et moi étions annoncés. Mais cette nuit dans le public se trouvaient Martín, Eduardo, Belinda et Vincente, et certains d'entre eux se sont joints au concert et ils l’ont complété.

C’est pour cette raison que l’on célèbre deux dates en 2012 : le 40e anniversaire de l'organisation officielle, le MNT, (Mouvement de la Nueva Trova) la Nueva Trova avec des majuscules, et le 45e de ces autres dates des origines, quand le futur était incertain et plusieurs troubadours ayant une distincte maturité et origine ont commencé à se réunir, à sympathiser et à échanger des chansons.

J’avais beaucoup à apprendre et peu à apporter dans ce donnant-donnant générationnel. J’avais écrit beaucoup de chansons, mais peu avaient la force musicale de celles d’Eduardo, de Martin, de Montesinos ou de Pablo. Eux, bien qu'étant presque aussi jeune que moi, accumulaient de riches expériences professionnelles et ils avaient été en contact avec les meilleurs auteurs et interprètes du pays. J'avais passé ces années en faisant mon service militaire, lisant beaucoup lors de mon temps libre, mais sans la moindre confrontation musicale.

J'ai commencé à grandir musicalement quand je les ai connu. Et ici je veux leur montrer, une fois de plus, toute ma gratitude.