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La Guitare
Par Guillermo Rodríguez Rivera Traduit par Alain de Cullant
La guitare possède seulement six cordes, beaucoup moins que le luth, mais cette combinaison d’aigus et de basses lui donnera la condition d'un instrument aussi complet que le piano.
Illustration par : Ever Fonseca

Historiquement, un déluge de cordes pincées a envahi les pays qui entouraient ce que les Romains appelaient mare nostrum et qui est nommé géographiquement  Mer Méditerranée, car elle divise et communique les terres d'Europe, d’Afrique et d’Asie.

On jouait la balalaïka, la cithare, la mandore, la mandoline, la viole depuis la Mer Noire jusqu’à Chypre, de la Turquie jusqu’à l'Italie, de Naples à l'Andalousie et au Portugal.

En l'an 711, le Berbère Tarik Ibn Ziyad dirige les contingents arabes qui traversent le détroit de Gibraltar, envahissent l'Espagne, évincent le pouvoir wisigoth de la péninsule ibérique et établissent une domination qui terminera complètement près de huit siècles plus tard, quand les rois catholiques, Isabel de Castilla et Fernando de Aragón prennent la ville de Grenade, le dernier bastion musulman.

La légende attribue l'invasion au comte don Julián, dont la fille, Florinda, avait été déshonorée par le roi don Rodrigo. C’est don Julian qui a arrangé l'invasion de l'Espagne avec les Arabes.

Durant la longue période de la domination arabe un autre instrument à cordes entre en Espagne, provenant d'Afrique du Nord, la zone musulmane la plus proche de l'Espagne. Le luth, depuis l’Espagne, s’étendra dans presque toute l'Europe, devenant indispensable dans le développement de la musique de la Renaissance. C’est à partir d’un luth transformé que voit le jour, en Espagne, un nouvel instrument à cordes, qui tire probablement son nom de la cithare antique. Cet instrument est appelé guitare, on lui a posé les cordes chantantes du luth, un registre de cordes graves, capables de produire des basses que l’instrument arabe n'avait pas. Il dit également que le banjo nord-américain dérive du luth.

La guitare possède seulement six cordes, beaucoup moins que le luth, mais cette combinaison d’aigus et de basses (la prima qui chante et le bourdon qui pleure, écrit le poète Manuel Machado) lui donnera la condition d'un instrument aussi complet que le piano.

La guitare s’enracine immédiatement chez les Espagnols, aussi bien dans la sphère cultivée que dans la populaire. Elle entre en Amérique avec les conquistadors espagnols, alors que dans l’Espagne des XVIIIe et XIXe siècles elle possède l'un des ses grands spécialistes avec le polyphoniste Fernando Sor (1778-1839), mais c’est dans le siècle du romantisme, en plein XIXe, que la guitare trouve un de ses monuments, avec l’œuvre de Francisco Tárrega (1852-1909).

Malgré le travail de différents précurseurs, ce n'est qu’avec Tárrega que la guitare devient un instrument de concert.

Tárrega s'installe plusieurs années à Paris, où il rencontre des musiciens de la stature d’Isaac Albéniz et Felipe Pedrell, grand érudit de la musique espagnole et éditeur des œuvres du plus important musicien espagnol de la Renaissance, Tomás Luis de Victoria.

Tárrega, en plus d’être un extraordinaire guitariste, il est compositeur et l’auteur de versions pour la guitare d’œuvres de Haendel, Mozart, Chopin ou d’Albéniz. Ses compositions enracinées dans la tradition espagnole ont une importance capitale, telles que Alborada, Capricho árabe et Danza mora.

Tárrega, né à Valence, s’établit finalement à Barcelone où il fonde son école et où son prestige irradie le monde, de préférence l’hispanique.

En Espagne, la guitare est adoptée par les Gitans, un peuple nomade dont les racines viennent du Moyen Orient et présent dans pratiquement tous les pays européens.

Les Gitans incorporent le rendement de la guitare à ce que les musicologues appellent « notes phrygiennes », qui évoque les sonorités asiatiques de la gamme pentatonique, contrairement à la musique occidentale.

Le chant appelé flamenco apparaît dans le Sud espagnol, dans l’ancien Al Andalus des Omeyyades, faisant allusion à la Flandre, qui était une possession espagnole, mais qui s’appelle aussi hondo ou avec le « h » aspiré des Andalous, jondo.

Il a dit que la guitare atteint l'Amérique avec les conquistadors et ici, nécessairement, elle va suivre les routes des cultures des différents peuples du continent : celles des spoliés et souvent exterminés peuples autochtones, du Nord au Sud ; des peuples européens qui viennent comme des conquérants ; des Africains amenés comme esclaves dans les différents pays qui formeront l'Amérique (les États-Unis, les Caraïbes et l’Amérique centrale, le Venezuela. La Colombie, l’Équateur, le Pérou, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay).

La guitare est un instrument essentiel dans l'évolution de la musique populaire de nombreux endroits et, bien sûr, de Cuba.

Les facteurs qui vont intégrer la culture nationale cubaine sont presque en place vers le milieu du XIXe siècle.

Vicente Espinel, à qui on attribue la création de la cinquième corde de la guitare est né à Ronda. Il a été l'auteur d'un roman picaresque, intitulé Vida del escudero Marcos de Obregón, mais sa plus grande gloire est d’avoir fixer la structure définitive de la décima (dizain d’octosyllabes), à un tel point qu’on l’appelle espinela.

La décima est une strophe baroque propre de la poésie cultivée. Calderón de la Barca a écrit ainsi le fameux monologue de Sigismundo, dans La vida es sueño.

On ne sait pas pourquoi la décima cultivée devient populaire en arrivant en Amérique et, malgré sa complexité, elle devient la strophe employée par les poètes repentistas (improvisateurs) paysans, surtout dans la région des Caraïbes, dans des pays comme Cuba, Saint-Domingue, Porto Rico, Venezuela et Panama.

Juan Cristóbal Nápoles  Fajardo, « El Cucalambé », a publié Rumores del hórmigo en 1857, un livre qui fixe définitivement la décima comme la strophe de la poésie populaire paysanne. La guitare ne suit pas seulement cette voie.

En 1851, à Bayamo, le musicien Carlos Castillo confie à son ami Carlos Manuel de Céspedes, le différend qu’il avait eu avec son épouse, Luz Vázquez. Céspédes a pensé, pour rendre propice une réconciliation, que Carlos compose la musique d'une chanson pour elle et il appelle un autre ami, le poète José Fornaris, afin qu’il écrive les paroles de la chanson dédiée à Luz. Les trois ont préféré lui donner le non de la ville orgueilleuse à laquelle ils appartenaient : ils l’ont intitulé La bayamesa, les trois, peut-être accompagnés d'autres amis musiciens, ont chanté la chanson sous la fenêtre de Luz Vázquez.

Cette nuit, les guitares ont vibré comme jamais elles avaient vibré à Bayamo.

Cette sérénade a permis la réconciliation des époux. Si bien qu’un nouvel enfant est né de celle-ci. C’est ici qu’a commencé la tradition d’une chanson qui exprime les valeurs d'une naissante nation. La bayamesa est sans aucun doute la première pierre de notre chanson trovadoresca.