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Víctor Patricio Landaluze, le précurseur de la bande dessinée à Cuba
Par Lola Zurbarán Traduit par Alain de Cullant
Landaluze a été un précurseur dans la création des séries picturales, une modalité de récit inédit en castillan.
Illustration par : Ever Fonseca

L'espagnol Victor Patricio Landaluze est un des premiers exemples de l'humour graphique à Cuba car, au XIXe siècle, aussi bien dans son pays qu’à Cuba, il a réalisé des séquences d'images semblables à ce qui l’on connaîtra plus tard comme bande dessinée.

Selon le chercheur de son œuvre Manuel Barrero, Landaluze a été un précurseur dans la création des séries picturales, une modalité de récit inédit en castillan, dans lesquelles il utilisait les ressources plastiques pour la construction de stéréotypes et de personnages  reconnaissables.

À Cuba, l'introduction tardive de l’imprimerie, introduite en 1689, n'a pas empêché qu'il y ait un grand développement au cours des XVIIIe et XIXe siècles, surtout à partir de 1833.

L’effervescence culturelle de la colonie cubaine a accompagné l’essor économique (basé sur l'exploitation de la canne à sucre et du café à l'aide de la main d’œuvre esclave), La Havane et Santiago de Cuba ont profité du développement éditorial au cours de la première moitié du XIXe siècle, à un tel point qu’aucune autre ville de l’Amérique espagnole offrait autant de revues littéraires qu'à La Havane et parmi elles ne manquaient pas les images ayant un caractère de bande dessinée.

C’est la revue El Plantel qui a introduit la lithographie à Cuba dès 1838. Dans ses pages apparaissent les premiers portraits de coutumes, de l'architecture locale, ainsi que des figurines de la mode de Paris, comme l’ont fait dix ans plus tard La Cartera Cubana et El Àlbum Cubano.

À ce modèle de presse, littéraire et illustré, se sont joint certains rédacteurs et dessinateurs provenant d'Espagne, dont Juan Martínez Villergas, qui avait développé une carrière polémique et active comme écrivain et éditeur satirique à Madrid.

Villergas a commencé à diriger La Charanga en 1857, une publication qui sous-entendait son esprit humoristique depuis son nom. Le logo qui l'identifiait représente un Arlequin qui lève un crayon à côté d'une caricature de l'éditeur. Le dessin était signé Landaluze. Il s’agissait de Víctor Patricio de Landaluze, né en 1828 à Bilbao, il s’est formé comme peintre en France dans les années 40 du XIXe siècle, mais ensuite il a entrepris une carrière militaire. Il est arrivé à Cuba en 1850, comme aide de camp du général Lersundi, nommé Gouverneur de la colonie et, une fois établi, il a développé une carrière parallèle en tant que dessinateur, poète et journaliste.

En 1857, La Charanga a publié Historia de las desgracias de un hombre afortunado (Histoire des malheurs d'un homme chanceux), qui est reconnu comme la première bande dessinée cubaine.

Manuel Barrero affirme que cette série se distingue du reste de l’humour graphique existant dans le pays et dans la péninsule par son organisation qui suivait le sens de la lecture occidentale, par son personnage central très dynamique et caractéristique et pour sa note placée après la dernière vignette « À suivre ».

D’autres publications de l'époque comme El Moro Muza, ont également compté le génie de l'artiste qui a apporté des documents graphiques montrant les us et coutumes de Matanzas et de La Havane, un rapprochement aux intérêts économiques des entreprises préoccupées au maintien de la colonie et une sorte de répertoire graphique des bourgeois de son temps.

Il a aussi fait un portrait des créoles et des Cubains noirs. La population esclave d'origine africaine sommée à la masse des travailleurs blancs venus d'Espagne et d'autres latitudes avait donné lieu à une composition sociale nettement classiste dans la Cuba du XIXe siècle.

On reconnaît aussi Landaluze pour ses illustrations et ses peintures traditionalistes, parmi lesquels on souligne Los cubanos pintados por sí mismos (Les Cubains peints par eux-mêmes), de 1852, exposée dans une salle du Musée des Beaux-arts de la capitale cubaine.

Le peintre espagnol épousa la Cubaine Rita Planas en 1874, ils se sont établis dans la ville de Guanabacoa et, comme militaire, il a atteint le grade de Colonel des Milices de l'Infanterie. Il est décédé de la tuberculose en 1889.