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Le passage et le souvenir : Roberto Fabelo et Alain Kleinmann
Par Jorge Luis Rodríguez Aguilar Traduit par Alain de Cullant
L'Académie Nationale des Beaux Arts San Alejandro a décidé d'inviter l'exposition « Le visage de la mémoire » de Roberto Fabelo et Alain Kleinmann.
Illustration par : Alain Kleinmann

Février est encore un mois chaud, plus quand deux amis décident de partager leur travail. Quelques rencontres, des rires, des anecdotes de voyages et de la famille et immédiatement surgit le souvenir : le temps. Comme sans se le proposer, tout un passé commence à arriver : les vieilles histoires, les faits devenus une réalité ; le futur aussi, qui le fait rechercher constamment, qui les accompagne. On a besoin d'un espace pour continuer à converser, où montrer leurs inquiétudes, où partager une empreinte pour que les autres la lisent, la suivent, la réinterprètent ; et il apparaît, pour les réunir nouvellement, pour laisser le « souvenir » d'une occasion, d'une rencontre, d'une œuvre qui s’entrecroise et qui maintient vivante la métaphore entre le passage et le souvenir.

 

 C’est ainsi que l'Académie Nationale des Beaux Arts San Alejandro, une école rêvée et créée par des français, dans le cadre de son anniversaire, a décidé d'inviter l'exposition « Le visage de la mémoire » de Roberto Fabelo et Alain Kleinmann. Une exposition qui se propose, rien de plus, que d'établir une union entre amis, un lien plastique et affectif entre deux artistes ayant des œuvres intenses et proches qui se réunissent sous l'empreinte de la gravure.

 

Roberto Fabelo, un artiste d'une œuvre profonde, qui a transité par le portrait humain, comme le fidèle observateur de ses conditions naturelles et sociales, nous révèle un espace bien connu pour le cubain : les casseroles noircies, comme une métaphore de la table, ce lieu de réunion quotidienne, de constante philosophie, de joies et de tristesses ; il les érafle – il les grave dans une sorte de sacrilège – pour dénoter un autre relatif, une autre vision d'un monde plus proche des problèmes pratiques et quotidiens. Chacune raconte son histoire particulière, ses déchirures et ses plus diverses inquiétudes, qu’elles soient des cocottes ou d’infinies tours babéliques : la condition de cette chimère constante pour laquelle nous luttons tous et souvent nous gagnons. Ainsi, depuis l’horizon d’une installation expressionniste, chacune des pièces constitue un livre ouvert où se dessine une réalité constante, vécue et engagée, qu'il sait bien chercher et trouver : le passage de l'homme dans son époque.

 

Alain est un chroniqueur de la mémoire de son peuple. Son œuvre, exposée à Cuba en diverses occasions, raconte une quotidienneté marquée par la recherche persévérante dans son passé, dans une culture aussi ancienne que résistante, où les traditions, les expressions, les façons de faire et de penser gravent le présent d'une manière assidue et indélébile. .

 

Comme observateur des histoires, chaque pièce fait partie d'un récit, d'une œuvre majeure. Une œuvre qui commence chaque jour, fuyant l'espace pour habiter dans le temps. C’est ainsi qu’Alain convoque les souvenirs, les objets, les histoires, la musique et les mots ; il les fait sien dans chaque petite fenêtre qu'il nous ouvre, où nous pouvons nous montrer et trouver – depuis divers regards – une constante qui marque son présent : le souvenir.

 

Cette fois se sont les gravures qui font allusion à cette grande œuvre, clairement expressionniste, où le matériel et la couleur deviennent le contenu essentiel. Des œuvres qui s’arment de cette distribution, quasi une installation, des objets qui se dévoilent en elle. Une œuvre que l’on ne peut pas parcourir rapidement et qui nous interpelle avec force, car en elle le vide n'existe pas, car tout veut parler de cette histoire et de ce passé qui survivent encore.

 

Alain est un voyageur du temps et du souvenir. Roberto un observateur infatigable de l’humain. La tradition du dessin, picturale et graphique les fait fraterniser, une passion pour refléter, pour raconter les problèmes de l'homme, chacun depuis sa culture, depuis sa mémoire. L'art n'est pas seulement le motif d'une telle exposition ; c'est le prétexte pour se retrouver une nouvelle fois, pour partager des histoires et pour vibrer dans l'intention de leur présence. Février ne pouvait pas être mieux.