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Les sœurs Labèque à Cuba
Par Mildrey Ponce Traduit par Alain de Cullant
« Cuba possède une grande tradition musicale pianistique », affirment les illustres pianistes françaises Katia et Marielle Labèque.
Illustration par : Ever Fonseca

Le panorama musical était en fête avec la soirée offerte dans le théâtre Karl Marx de La Havane par le duo de pianistes françaises, Katia et Marielle Labèque (1950 et 1952), dans le cadre de la journée d'ouverture du IVe Festival de Musique de Chambre Leo Brouwer.

Devant un public marqué par la présence de centaines d'étudiants de l’École Nationale d’Art (ENA), une institution dont le Festival rend hommage à l’occasion de son 50e anniversaire, le célèbre duo a offert des versions d’œuvres très connues de compositeurs étasuniens telles que Quatre mouvements pour deux pianos de Philip Glass, Rhapsody in Blue de George Gershwin et le magistral West Side Story de Leonard Bernstein.

La virtuosité et la maîtrise technique se sont imposées dans chacune des interprétations des sœurs, qui ont compté également avec l’appui musical du multi instrumentiste vénézuélien Gonzalo Grau et du batteur français Rapale Seguinier, qui les accompagnent depuis plusieurs années dans divers concerts et projets discographiques.

Katia et Marielle Labèque, considérées par les experts comme le duo de piano par excellence des trente dernières années, ont reçues leurs premiers cours de leur mère, la pianiste italienne Ada Cecchi et elles ont atteint la popularité avec l’enregistrement à deux pianos de la Rhapsody in Blue de Gershwin, l'un des premiers enregistrements de musique classique ayant obtenu un disque d'or dans les années 80.

Leur présence à La Havane avait comme aboutissement une rencontre avec des spécialistes, des musiciens et des admirateurs de leur art. Accompagnées par le président de l'événement, le célèbre compositeur et guitariste cubain Leo Brouwer, les sœurs Labèque ont offert quelques détails au sujet de leur carrière.

« Notre formation a été marquée par une base très classique, romantique, de piano solo, non pas de duo. Dès l'achèvement de nos études au Conservatoire de Paris, âgées de 17 et 18 ans, nous avons décidé de ne pas nous séparer et d’explorer le duo, ce que nous n’avions jamais essayé avant. Par chance nous ne comptions pas beaucoup de concurrence. Cela nous a permis de faire notre répertoire en jouant ce que nous aimons vraiment. Nous n'avons jamais permis qu'on nous impose quoi que ce soit. C’est très important pour nous car sur scène il faut être convaincu de ce que l’on va jouer, sinon on n’est pas en mesure de convaincre le public. La discipline au travail est très importante, mais la chance aussi. L'opportunité que nous avons eu pour faire notre premier album, après avoir récemment terminé nos études au Conservatoire, a été une grande chance ». 

À propos de leur séjour à La Havane et sur la tradition musicale de l'île, elles ont précisé :

« Nous voulions nous promener dans le centre historique de la ville et écouter de la musique populaire dans des endroits emblématiques comme La Bodeguita del Medio. Notre impression est que Cuba a toujours donné ce mélange entre la musique populaire et la classique, depuis le XIXe siècle. Cuba possède une grande tradition musicale pianistique et des pianistes comme Gonzalo Rubalcaba, que nous considérons comme un des plus grand jazzistes du monde. C’est grâce à Rubalcaba  que nous avons pu écouter la musique d’Ignacio Cervantes et d’Amadeo Roldán. Lecuona est incroyable, nous avons tous ses vieux disques. Pour nous, Lecuona est comme Gershwin dans le monde latin. 

Leurs dernières paroles ont été des motifs de reconnaissance à l'événement présidé par Leo Brouwer :

« Nous remercions le maestro Leo Brouwer de nous avoir invité à cette fête, qui a un très haut niveau malgré les difficultés  pour organiser un tel événement, mais qui doit se maintenir car Cuba est un pays ayant une longue tradition et un très haut niveau d'éducation musicale ».

Les sœurs Labèque ont un vaste répertoire allant de la musique baroque au flamenco en passant par la musique latine, le jazz et la pop. Elles ont joué avec de nombreux orchestres sur différentes scènes internationales, tels que les orchestres philharmoniques de Berlin, de Vienne, de Los Angeles et de la Scala de Milan ; les orchestres symphoniques de Boston, de Chicago et de Londres, ou les orchestres de Cleveland et de Philadelphie. Actuellement elles travaillent sur plusieurs projets, dont The Minimalist Dream House, inspiré par les concerts du début de 1961 de La Mounte Young dans le loft new-yorkais de Yoko Ono, la veuve de John Lennon. Lors des prochains mois aura lieu la première du documentaire The Labèque Way, produit par le cinéaste espagnol Pedro Almodóvar et filmé par Félix Cabez.