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Zarza : le Prix National, pour les cornes
Par Maikel José Rodríguez Calviño Traduit par Alain de Cullant
Le Prix National des Arts Plastiques, décerné par le Conseil National des Arts Plastiques est revenu à Rafael Zarza, graveur, peintre et illustrateur infatigable, l’une des grandes figures de l’art graphique insulaire et de la génération artistique cubaine des années soixante-dix.
Illustration par : Rafael Zarza et Kcho

Le Prix National des Arts Plastiques, décerné par le Conseil National des Arts Plastiques (CNAP) est revenu cette année à Rafael Zarza, graveur, peintre et illustrateur infatigable, l’une des grandes figures de l’art graphique insulaire et de la génération artistique cubaine des années soixante-dix.

Avec persévérance et dévouement, Zarza se dédie depuis plus de trente ans au taureau : le sujet d’ancienne data qui commence par les représentations minoennes du taureau, se poursuit avec les mythes helléniques tels que l’enlèvement de l’Europe et du Minotaure, et s’étend à la modernité dans les gravures et les peintures de Goya et Picasso. Ensuite, il devient  notre spécialiste du taureau par excellence, défenseur et membre de l’Atelier de Graphique Expérimental de La Havane, fidèle héritier des bœufs peints par Rembrandt, Soutine, Chagall et Francis Bacon.

Pour Zarza, le taureau incarne un paradigme masculin, d’origine espagnole, qui s’est implanté dans les terres cubaines. La puissance musculaire, la bravoure et la virilité de la bête (que ce soit sous sa forme la plus pure ou mélangée à des traits de la physionomie humaine) ont été abordées maintes et maintes fois dans plusieurs séries imprégnées d’humour, parfois rafraîchissantes et légères, dans d’autres, caustiques et réflexives, avec un fort composant de critique sociale. L’intertextualité, les nœuds cultuels, le traitement des personnages historiques et la recherche constante de variations au sein d’un même motif distinguent cette trajectoire, personnelle et identifiable, car, dans l’art cubain, quand il s’agit de taureaux, les chemins nous conduisent inexorablement à Rafael et à son œuvre.

Anthropomorphisé, érotisé, autoritaires, caricaturés, squelettiques : les ruminants de Zarza, qu’ils soient morts, enragés ou au repos, qu’ils soient transformés en totems, en dames de la haute société, en demoiselles légères ou en victimes à prêtes à l’abatage, nous parlent de la vie et du goût pour la viande, des problèmes quotidiens que nous, Cubains, affrontons dans les combats quotidiens et de cette sexualité débridée, débordante, déterminante, assaisonnement de gémissements et de cornes qui, en grande mesure, nous caractérise.

Pour Zarza, toutes mes félicitations. Que cette reconnaissance, décernée à l’unanimité par un jury composé d’artistes visuels de renom, de critiques et de conservateurs du pays, augmente sa vitalité créative et inspire de nouvelles approches à son motif iconographique préféré.