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Yu Hua en cinq mots
Par Pedro de la Hoz Traduit par Alain de Cullant
Yu Hua, l'un d'écrivains chinois les plus reconnus actuellement est venu à Cuba comme membre de la délégation de son pays dans la 27e Foire Internationale du Livre.
Illustration par : Alfredo Sosabravo

Le cinéma est un bon mot pour présenter Yu Hua qui, à 57 ans, est l'un d'écrivains chinois les plus reconnus actuellement. L’écran a été la porte d’entrée du narrateur à Cuba avant son arrivée à La Havane comme membre de la délégation de son pays dans la 27e Foire Internationale du Livre. En 1992 il avait publié Vivre, et le roman a tant séduit le notable metteur en scène Zhang Yimou qu’il a fini par filmer une adaptation du roman, comptant sur la participation du romancier pour le scénario.

Le film a remporté le Grand Prix du Jury et le Prix du Meilleur Acteur (pour Ge You) dans le Festival de Cannes en 1994. Le roman a été considéré parmi les dix les plus influents de cette décennie en Chine et, en 1998, Yu Hua a reçu le prix italien Grinzane Cavour du meilleur livre de langue étrangère dans cette nation européenne.

« Le cinéma aide à faire connaître les écrivains, mais l'image littéraire est irremplaçable », a commenté Yu dans la capitale cubaine. Cette appréciation arrive par la médiation du maître Roberto Vargas Lee, fondateur de l'École Cubaine de Wushu, un traducteur efficient et inespéré.

Il a confessé l'impression que lui a causé Alejo Carpentier et les questions qu’il s’est posé dans les années 80, au début de sa carrière littéraire, à propos de la capacité de l'écrivain cubain pour refléter la complexité des processus historiques en marge de schémas et de dogmes.

Comme un des livres d'une plus grande portée de l’œuvre de Yu, intitulé La Chine en dix mots - en 2009 où il a entrepris la tentative d'expliquer, dans une prose qui combine l'essai et la chronique, l'actualité de sa patrie à partir de dix mots : la politique, l’histoire, l’économie, la société, la culture, les souvenirs, les sentiments, les désirs, les secrets, la vie -, il m'a semblé suggestif de suivre le même chemin, d'une façon beaucoup plus modeste et minimale pour présenter le romancier.

Après le cinéma, j’aborde le deuxième : l’acuité. Le prisme de son regard narratif accuse cette qualité. Si, dans Vivre, il offre l'histoire de son pays depuis les années 40 jusqu'à la Révolution Culturelle, à travers la succession des travaux et les jours du protagoniste, Fugui ; dans Chronique d'un vendeur de sang l'optique du narrateur se concentre d’une telle manière qu'il est possible de découvrir le fond social derrière la pointe de l'iceberg qui se distingue dans les avatars d'un homme commun, Xu Sanguan, travaillant dans une fabrique en soie de la Chine rurale, et, parfois, comme cela est habituel parmi les siens, il vend son sang pour obtenir de l'argent extra avec lequel il paye une noce ou l'arrivée d'un enfant.

Le contraste est un axe permanent dans l'œuvre de Yu, qui s'accentue dans Brothers, par les chemins divergents que suivent deux frères. Le romancier défend sa conception : « Dans mes livres j'expose clairement ma vision sur la transformation de la Chine, le meilleur est de les lire, c'est un processus très compliqué pour répondre à cela en une phrase ».

L’ironie ne manque pas dans ses écrits. C'est un instrument qui lui permet de tirer à flot les manques et les misères humaines. Dans La Chine en dix mots il parle d’un nouveau riche, un spécimen qui est aussi apparu parmi nous : « C'était un qui avait demandé de faire un chalet de luxe avec sa piscine correspondante, malgré le fait qu'il ne savait pas nager. Sa théorie consistait que la piscine ne pouvait pas manquer dans la maison d’un riche. Pour ne pas la mal employer, il a élevé des poissons destinés au menu de chaque jour. Il a eu une autre idée ridicule quand il a su que dans les hôtels de cinq étoiles il y avait presque toujours une suite présidentielle et il a fait faire une plaque de bronze avec l’inscription « Suite Présidentielle » sur la porte de sa chambre ».

Mais au début et à la fin du chemin, Yu Hua porte sur lui le poids d'un mot : l’optimisme. Quand on lui pose une question sur l’avenir de son peuple, il répond : « Je suis optimiste sur l'avenir de la Chine. Je crois que l'humanité progresse toujours et, bien que des intervalles se produisent avec des allées et venues, en termes générales on évolue toujours, on avance toujours. En relation avec les réformes en Chine l'évolution sera toujours vers l’avant et il n'y a pas de retour en arrière ».