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Vers Libres
Par José Martí Traduit par Jean Lamore
Deux patries je possède : Cuba et la nuit Ou n'en font- elles qu'une ?
Illustration par : Rafael Zarza

Deux patries

 

Deux patries je possède :

Cuba et la nuit Ou n'en font- elles qu'une ?

À peine le soleil

Sa majesté retire, de longs voiles drapées

Un œillet à la main, triste, silencieuse,

Cuba, telle une veuve, apparaît devant moi.

 

 Je sais bien quel est cet œillet rouge de sang

Qui dans sa main frisonne !

Je sens le vide

De ma poitrine, je la sens brisée, et vide

 

 À l'endroit où était mon cœur.

C'est alors l'heure

De commencer à mourir.

 

 La nuit est propice

Pour faire ses adieux.

La lumière est gênante

Et aussi l'humaine parole.

 

 L'univers

Parler bien mieux que l'homme.

 

 Tel un étendard

Qui appelle à la bataille, la flamme rouge

De la chandelle flamboie.

 

 Alors les fenêtres

J'œuvre, car j'étouffe en moi- même.

Silencieuse,

Brisant les feuilles de l'œillet, comme un nuage

Troublant le ciel,

Cuba en son veuvage, passe…

*José Martí. Vers Libres. Édition bilingue établie par Jean Lamore. Prologue de Cintio Vitier.