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Vers libres
Par José Martí Traduit par Jean Lamore
La poésie de José Martí: Vers libres
Illustration par : Hanoi Pérez

 

Par Dieu lassé…

Par tant de rimailleurs qui à l'immense Univers

Racontent leur chagrin de fourmi.—

Qu'importe à la mer, aux colonnes d'albâtre

Qui soutiennent la terre, qu'importe aux sommets

Qui mènent l'homme aux cieux, à la masse

D'azur que blondit le Soleil, au monde pur

Où s'éteint en pensée l'homme

Et le monde s'achève, fondu, en aile,

Quel chagrin peut bien causer aux astres en fête

Le fait que, parce qu'à Francisquin Antonia préfère

Un vigoureux Capitaine, Francisco se lamente?

Qu'Antonia trompe? Antonia trompe toujours!

Il faut travailler! Illuminer! Que le vers

Soit pic et pilon, astre et flamme,

Obélisque de feu, guide vers le Soleil!

Le miel de l'amour nous inonde jusqu'au cou.

Avec sa femme au bras, on doit aimer l'homme.

Qui veut de l'amour doit causer respect.

Et si un chagrin barbare, opiniâtre,

Et vaste comme la mer, t'envahit et te dévore,

Meurs, meus en silence, comme meurt

Engloutie par la mer, une montagne.

27 juillet/85

Tirée  de: José Martí. Vers libres. Édition bilingüe établie par Jean Lamore, Prologue de Cintio Vitier. Paris, Harmattan/Éditions UNESCO, 1997. p. 155