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Vers libres
Par José Martí Traduit par Jean Lamore
On propose de la poésie de notre Apôtre.
Illustration par : Ernesto Rancaño

AVANT DE TRAVAILLER

 

Avant de travailler, tel le croisé

Qui saluait dans l'arène sa belle,

J'empoigne la plume souveraine

La lance d'aujourd'hui, d'une main ardente

Je bride la passion, furieux coursier,

Et á genoux, pâle dompteur, je salue le vers.

Puis, tel le torero, j'entre dans le cirque

Afin que le taureau   furieux dans mes entrailles

Enfonce sa corne. Satisfaits

Du combat animé, les gens aimables

Dîneront, pendant que j'expire glacé,

De pain blanc et de vin rouge, et les jeunes

Mariés s'enflammeront sous les regards.

Sur les plages la mer laissera entre-temps

De nouveaux grains de sable: de nouvelles ailes

Naîtront impatientes dans les oeufs

Chauds des nids : a la progèniture

Du tigre des dents pousseront : dans les arbres

Fécondés du verger, de nouvelles feuilles

D'un vert fragile peupleront les branches.

 

Mon vers grandira : et sous l'herbe

Moi aussi je grandiraí : Lâche et aveugle

Celui qui du monde magnifique médit !

 

Extrait de: José Martí. Vers libres. Édition bilingue établie par Jean Lamore, Prologue de Cintio Vitier. Paris, Harmattan/Éditions UNESCO, 1997. p. 133