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Vers libres
Par José Martí Traduit par Jean Lamore
On propose de la poésie de notre Apôtre.
Illustration par : Carlos Enríquez

LA COUPE AILÉE

 

Une coupe ailée :   quelqu'un l'a-t-il vue

Avant moi ? Hier je l'ai vue ! Elle s'élevait

Lente et majestueuse, comme lorsque l'on verse

 Une huile sacrée : et sur ses bords suaves

Je pressais mes lèvres comblées : —

Pas la moindre goutte, pas une goutte

Je n'ai perdue du nectar de ton baiser !

 

Ta tête à la noire chevelure

— T'en souviens-tu ? — j'attirais de ma main,

Pour que de moi [tes] lèvres généreuses

Ne se séparent pas. — Doux comme le baiser

Qui me fondait en toi, tout autour de nous

Était l'air délicieux : c'était le monde entier

Qu'en t'embrassant, je croyais embrasser !

Je ne vis plus le monde, et j'oubliais ses bruits

Et ses combats barbares et mesquins !

Une coupe dans les airs s'élevait

Et moi, abandonné dans des bras incomparables

Á sa suite, suspendu á ses bords si doux

Á travers les espaces d'azur je montais ! —

 

Ó amour, ó artiste infini et parfait :

En roue, en rail le forgeron forge le fer :

Une fleur, une femme, un aigle ou bien un ange

Dans l'or ou dans l'argent le joaillier cisèle :

Toi seul, rien que toi, tu connais la façon

De faire entrer tout l'Univers dans un baiser !

 

Extrait de: José Martí. Vers libres. Édition bilingue établie par Jean Lamore, Prologue de Cintio Vitier. Paris, Harmattan/Éditions UNESCO, 1997. p. 133