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Une semblance d’Alfredo Guevara
Par Marta Rojas Traduit par Alain de Cullant
Alfredo Guevara, fondateur de l'ICAIC, une véritable industrie cinématographique à Cuba, qui transcende les frontières de l’île, vers l’Amérique Latine et le monde.
Illustration par : Giulio Gioia

Le 60e anniversaire de l’ICAIC (Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique) est une date essentielle pour le souvenir d’Alfredo Guevara, fondateur de cette institution comme une véritable industrie cinématographique à Cuba, qui transcende rapidement les frontières de l’île, vers l’Amérique Latine et le monde. Il a également été le créateur de la revue Cine Cubano et du célèbre Noticiero ICAIC, qui a été une authentique source de création informative et de l’art, insufflé par Santiago Álvarez.

Alfredo a été l’initiateur, avec l’apport incontestable de Leo Brouwer, du Groupe d’Expérimentation Sonore - dont le siège était l’ICAIC - ainsi que de la Cinémathèque de Cuba et du développement artistique exceptionnel des affiches, dans le domaine de la plastique, qui en très peu de temps réunis les plus importants dessinateurs et peintres, ainsi que des films d’animation. Il a fait arriver le cinéma dans les montagnes de la Sierra Maestra, même à dos de mule. Il a fondé le Festival du Nouveau Cinéma Latino-américain, c’est-à-dire qu’il a réalisé un impressionnant mouvement culturel.

Il suffit de lire le livre Revolución en lucidez, où sont recueillies les réponses de nombreuses interviews importantes d’Alfredo, ainsi que ses textes lors d’interventions spécialisées à Cuba et dans d’autres pays, pour avoir une idée de la contribution culturelle extraordinaire de l’ICAIC dès le moment où Alfredo Guevara l’a créé, par nomination de Fidel lui-même, coïncidant dans le temps avec la Casa de las Américas, sous la direction d’Haydée Santamaría.

C’est le même Alfredo qui, quand Fidel est arrivé à l’Université de la Havane, a découvert la vocation patriotique et le leadership de ce jeune homme, arrivant des salles de classe du Collège Jésuite de Belén qui, pour beaucoup, pourrait être une personne « discordante ». Alfredo a rapidement découvert quelqu’un de très différent, bien qu’alors Guevara appartenait à la Jeunesse Communiste. En peu de temps Fidel était indispensable dans les actes estudiantins et il s’est distingué dans l’École de Droit. Bien que Guevara étudiait la Philosophie, il a répondu au groupe de Fidel et de Baudilio Castellanos, de la direction des étudiants en Droit. Il ne faudra pas longtemps pour les photos de ceux-ci, lors d’importantes actions, se fassent noter, en plus d’autres événements, durant le célèbre Bogotazo, en Colombie, où Alfredo et d’autres dirigeants universitaires étaient présents – dont Fidel – dans un événement estudiantin, bien que ce congrès est passé à l’arrière-plan pour coïncider avec un fait tragique et dangereux : l’assassinat du dirigeant politique Eliecer Gaitán.

Dès 1949, Alfredo Guevara a été présents dans tous les événements de la rébellion des étudiants, et surtout dans ceux conduits par le jeune Fidel Castro, se soulignant dans le rejet de l’attitude sans vergogne des marines étasuniens qui ont profané la statue de Martí dans le Parque Central, jusqu’à la « politicaillerie » du transfert de la cloche de La Demajagua à La Havane.

Mais ces points déjà traités à plusieurs reprises se sont ajoutés à d’autres, jusqu’à ce que la relation engagée d’Alfredo avec les jeunes du Centenaire de José Martí qui ont attaqué le Moncada. Sur suspicion, Alfredo Guevara a été arrêté, bien que sa relation avec l’assaut n’ait pas été prouvée, car, dans la matinée du 26 juillet 1953, il était allé dans la maison d’hôtes où vivaient Raúl Castro et d’autres assaillants. Il y avait été pour faire disparaître les papiers compromettants qui pourraient être trouvés dans la chambre qu’ils occupaient, dans la rue Neptuno.

Le profond travail intellectuel d’Alfredo Guevara et sa connaissance extraordinaire de l’histoire de Cuba sont également importants. En relisant un de ses textes du livre cité, par exemple, il y a un portrait de la formation de la nation cubaine qui pourrait sembler être écrite par Don Fernando Ortiz. Alfredo dit, en répondant à une question dans l’une des nombreuses interviews qu’il l’a connu après le triomphe de la Révolution :

« La patrie est née. L’identité cubaine gagne en forme. Le créole n’est plus seulement le blanc, l’espagnol, qui s’estompe loin ; la culture se teint inconsciemment de l’africaine et elle se métisse, on ne peut pas encore dire qu’elle l’est, elle commence à être métissée. On confond les andalous, un peu Maures et peut-être juifs, les castillans, les galiciens, les asturiens et les basques, et quant aux Canaries on ne sait plus qui a été colonisé, la péninsule ibérique ou les îles. Et à Cuba tous se confondent, peut-être pour la première fois ils deviennent espagnols. Se sont alors des créoles, donc si différents, et tous allaités par des esclaves qui sèment les érotismes africains. D’autres ethnies se fondent dans des baraquements, des baraquements terribles qui rappellent l’infamie, là est l’autre origine de la patrie ».

Chez un artiste ayant une telle connaissance de la culture cubaine comme Alfredo, la musique occupait une place exceptionnelle. À la veille du 60e anniversaire de la fondation de l’ICAIC, cette note serait orpheline si nous oublions l’un des refuges et l’un des exemples les plus estimés d’Alfredo : José Martí. Ce sont certaines des paroles que nous choisissons, parmi les nombreux qu’il a écrits sur l’Apôtre :

« L’exemple de Martí prouve en quelle mesure l’artiste doit être armé idéologiquement (...) »

Cela signifie que l’intellectuel contemporain, que l’artiste, l’écrivain, le cinéaste ou le scientifique cubain de nos jours doit étudier doublement, prendre soin de sa formation philosophique et politique. Les tâches de notre temps acquièrent une telle ampleur et obligent d’une façon si accablante qu’il n’y a pas d’autre moyen.

Sans cette formation philosophique et politique, les créateurs ne pourront pas trouver le moyen d’interpréter la réalité et d’aider la Révolution.

Les références précédentes ont été exprimées par Alfredo lors d’une importante conférence, donnée dans le programme du Syndicat des Travailleurs du circuit de la CMQ, le 25 janvier 1960. Elles ont et auront une validité dans la Révolution Cubaine. Alors, le jeune Alfredo Guevara, à la veille d’un autre anniversaire de la naissance de Martí, l’a illustré avec des données précises de l’Apôtre. Il ne faut pas dire que son contenu s’assume dans le présent.