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Une option ministérielle pour la culture
Par Manuel López Oliva Traduit par Alain de Cullant
Un des points de repère les plus importants et effectifs de l’histoire institutionnelle de la culture cubaine est la fondation, en 1976, d’un Ministre chargé de ce domaine de la réalité du pays.
Illustration par : Angel Alfaro

Un des points de repère les plus importants et effectifs de l’histoire institutionnelle de la culture cubaine est la fondation, en 1976, d’un Ministre chargé de ce domaine de la réalité du pays. Avec lui non seulement la variété des canaux ont été intégrés au faisceau polyvalente par où passait la vie spirituelle et intellectuelle de la Nation, mais également les institutions étatiques qui s’étaient occupées des modalités professionnels et populaires des modes d’expression et de la reproduction artistique, littéraire et technologique durant les plus de 15 ans du processus révolutionnaire commencé en 1959. Son but était de synthétiser le développement des lignes du savoir culturel qui avaient agi parallèlement avec ce qui devait répondre au système politique et économique qui se restructurait dans cette seconde moitié des années 1970 avec la nouvelle Constitution formulée.

Cependant le Ministre de la Culture (MINCULT) n’était pas seulement le résultat d’une décision du haut rang gouvernant. Il est né comme le point d’arrivée logique d’une évolution dans la pratique et le dessin de la gestion sectorielle correspondante. Pour qu’il surgisse on a dû prendre en compte non seulement les structures traditionnelles provenant de l’univers cultivé hérité de la période coloniale et de la République, mais aussi celles qui ont été crées au cours de la « décennie prodigieuse », surtout à partir du legs provenant de la Direction de la Culture de l’Armée Rebelle, le chemin qu’avait ouvert la Société Nuestro Tiempo, le précieux savoir-faire des publications d’avant-garde et la projection culturelle des universités. Il faut aussi préciser que mis à part les organisations spécifiquement culturelles établies par le Gouvernement de la Révolution, dans le projet fondationnel du MINCULT s’intériorisait de fait (même si on ne le disait pas) l’écho de la vie des institutions ethnographiques, des écoles de lettres et des études historiques de l’art, des académies de musique et de théâtre, des musées et des sociétés de caractère intellectuel, ainsi que les idées sur l’intégration architecturale, qui ont réalisé un travail considérable avant les années 1960 et durant les premières années de cette décennie.

En plus de sa mission unitaire et transformatrice afin d’atteindre un système majeur pour le savoir-faire culturel, le Ministre ne se proposait pas de faire « table rase » - ce qui est souvent une déviation équivoque entre nous - des institutions qui opéraient dans les années 60 et 70 ; mais qu’à cette poque cela signifiait un bond mémorable destiné à conformer le programme national de développement culturel, accompagné par le renouvellement des structures et des sous domaines chargés des diverses manifestations et genres de la culture spirituelle et de leurs productions spécifiques. Durant les réflexions de clôture du IIIe Colloque Latino-américain de la Photographie de 1984, qui s’est tenue dans le Palais des Conventions de La Havane, le propre Fidel, se référant à la tendance locale de maintenir les « fiefs culturels », soulignait une des raisons du rôle joué par le Ministère. L’approche émise ce jour était un jugement de nature politique appelant à consolider une perspective d’articulation organique permettant l’équilibre entre un mouvement centrifuge et un mouvement centripète, capable d’harmoniser et, en même temps, de projeter avec autonomie toutes les variantes de la culture professionnelle et de l’environnement culturel de la société.

Il y a les pays comptant de notables contributions dans les arts et la pensée qui ne disposent pas d’un Ministère de la Culture et il y a aussi d’autres ayant uniquement un bureau ministériel qui coordonne et valorise le travail indépendant des institutions et des événements publics ou privés traitant du panorama patrimonial, de la création, de la tradition, de la reproduction et de la circulation des biens et des comportements cultivés ; de même, dans certains endroits, il y a ceux comptant de grandes, et ramifiées, structures pour le rectorat de la culture, avec la hiérarchie de Ministère. Dans l’éteint Champ Socialiste, surtout en URSS, le jeu de fonctionnalités et des niveaux a même engendré des Comités Étatiques pour la macro direction de tous les organes et les espaces culturels. Mais ceux qui ont dû penser le dessin adéquate pour notre Ministère de la Culture, avaient pour but de ne répéter aucune des modalités que nous venons de signaler, mais en profitant partiellement des influences de ce celles-ci. À partir des réunions d’analyse de l’antérieur et postérieur Thèse de la Culture Artistique et Littéraire du Congrès du Parti de 1975, la réclamation qui a ouvert les portes à l’idée de créer un Ministère de la Culture s’est affirmée.

Il s’agissait d’armer un organisme qui, en plus de ses fins et ses tâches en territoire cubain, pourrait interagir avec ses homologues des États Socialistes, avec l’UNESCO et même au sein d’une communauté encore rêvée des Nations des Caraïbes et d’Amérique Latine. Plusieurs alternatives ont été proposées afin d’obtenir un meilleur ajustement entre la Politique Culturelle et une logique conception administrative. De celles-ci a dérivé un modèle d’organisme ouvert qui, à la fois, répondait à la nature ministérielle typique de l’État Cubain et intégrait l’ensemble de lignes de l’activité culturelle héritées, évitait la croissance bureaucratique excessive à des niveaux élevés de gestion, comme la position autocratique de ses fonctionnaires et la tendance erronée de réduire seulement la dimension de la culture aux manifestations et activités qui seraient prises en compte, organisées et promues par ce Ministère.

La désignation même d’Armando Hart à la tête du MINCULT qui, au début du Pouvoir Populaire, s’était occupé des organismes culturels depuis sa condition de Ministre de l’Éducation, impliquait la recherche de la fidélité aux principes essentiels énoncés durant cette étape fondatrice, la compréhension étatique de l’importance de la culture et la reconnaissance des succès obtenus par la Casa de las Américas et l’ICAIC (Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique), présidés par Haydée Santamaría et Alfredo Guevara respectivement. Dès le premier instant, chez Hart et ses principaux collaborateurs, il y a eu la certitude qu’il fallait conserver toute la valeur de l’histoire cubaine, l’élever qualitativement quand elle provenait des apports nés dans les années 1960 et transformer avec la hauteur de ce qui avait été faussé en raison des rigides extrémismes recteurs qui confondaient les expressions culturelles avec l’idéologie et la propagande politique. Dans ces conditions on soulignait qu’un Ministère pour la culture était une avance sur le plan conceptuel et opérationnel ; car la vérité est que même les organisations, les institutions et les structures de commandement exigeaient des changements, des ajustements aux nouveau temps et une dialectique permanente d’autorégulation les défendant contre l’oxydation, l’inutilité ou l’entropie. Les mêmes changements qui ont eu lieu dès la fin des années 1980, en introduisant les Instituts et les Conseils (et en beaucoup moindre mesure les Agences) comme « corps » spécialisés dans une variable systémique qui réordonnait la totalité correspondante, la rationalisant, ont mis en évidence le côté positif de cette affirmation.

Regarder de nouveau - mais depuis des réalités ayant une différente complexité - les orientations de la politique culturelle émanant des réunions et des polémiques de la première moitié des années 1960 a été un guide de décollage pour le MINCULT. Cette position initiale du Ministère s’est nourrie des vérités et des approches provenant du Congrès Culturel de La Havane de 1968, ainsi que des expériences de travail et des réalisations découlant des institutions culturelles comme les déjà citées ICAIC et Casa, en plus de l’Institut Cubain du Livre, du fertile réseau de l’enseignement artistique et d´autres zones présentant des réalisations qui avaient fait partie du Conseil National de la Culture. Le discours de Hart lors de la clôture du Congrès de l’UNEAC (Union des Écrivains et des Artistes de Cuba) de 1978 a servi pour communiquer les orientations matrices de la conception systémique, relationnelle et fondée sur la capacité des hommes qui a inspiré l’étape de la genèse et de la gestion de notre Ministère de la Culture.

Assimiler symboliquement les différents camps de la personnalité cubaine et donner une voix au tissu anthropologique dont nous faisons partie ; aspirer à l’usage éclairé de l’appelé « temps libre » et à l’amélioration du dessin utilitaire dans sa diversité, sans oublier les pratiques artisanales ; appuyer les arts visuels, sonores et scéniques, ainsi que l’expression filmique et la poésie ; préserver le patrimoine matériel et immatériel et établir des barrières de conscience individuelle et institutionnelle contre la tendance mercantile en se basant seulement sur la Loi de la Valeur ; multiplier les liens des échanges culturels avec le monde et accueillir les personnalités cimes de l’imagination de toutes les nations à Cuba, étaient les objectifs requis pour faire fonctionner les « vases communicants » qui s’appuyaient et se complétaient mutuellement. Ainsi, la naissante structure de gestion et de promotion préconisait des actions de qualité ayant un caractère contemporain pour intégrer l’esthétique à la vie même, compléter la mission de l’éducation dans le spirituel et le sensoriel, en plus de projeter avec justice - dans le pays et internationalement - les différents « univers » de la création esthétique et intellectuelle qui nous caractérise.

Un texte plus complet et détaillé serait nécessaire pour rappeler, détail à détail, l’ensemble des tâches et des méthodes dans le travail du MINCULT, durant ses 10 premières années. C’était une époque où l’inventivité et l’expérience, la connaissance minutieuse et le regard vers l’avenir conformaient une sorte de « Rose des vents » pour s’orienter dans la traversée entreprise. Le ministre Hart avait toujours eu comme devise l’utilité de la pensée plurielle, il considérait comme indispensable la formation des Conseils Assesseurs qui alimenteraient ses propres définitions et décisions, et celles des cadres et des fonctionnaires, qui devaient se comporter de façon exigeante et flexible, avoir la qualité de savoir s’articuler avec les créateurs et les spécialistes dans le domaine où ils se trouvaient. Les sessions d’analyses et les débats interdisciplinaires sur les questions culturelles organiques et globales, convoqués par la Direction de la Science et de la Technique du Ministère, ont élargi les horizons et les recherches de l’organisme en question, sommant les études économiques et sociologiques sur la culture comme des moyens instrumentaux et d’éclaircissement.

Les composantes d’un credo ministériel étaient : définir les profils professionnels du créateur, du chercheur et du dirigeant ; considérer la valeur culturelle au-dessus de la commerciale des produits et des services du secteur ; retravailler le sédiment traditionnel avec un sens évolutif et la présence de notre époque ; équilibrer la reconnaissance priorisée envers les véritables maîtres avec une attention au développement des jeunes dans les diverses manifestations de la littérature et des arts ; avoir une incidence culturelle dans les espaces publics et dans la production industrielle pour former la sensibilité et la réception des personnes, et encourager la critique professionnelle éclairée, utile quant à l’amélioration de la production et la circulation de la culture. Simultanément, on voulait : construire chaque sous-système institutionnel et patronal selon la concordance des intentions et de la complémentarité de ses actions ; rendre propice le destin social et le juste marché interne et externe des œuvres authentiques ; maintenir une stratégie promotionnelle qui utilise les gains des uns pour la poussé des autres ; concevoir des mécanismes et des événements locaux pour internationaliser la culture cubaine ; substituer les expressions populistes et prosaïques de tous types pour celles conjuguant le cultivé et le populaire ; organiser des centres pour les recherches pouvant devenir des clés dans la gestion de l’ensemble du système, et construire un réseau culturel national cohérent répondant à la nouvelle division politico-administrative établie dans le pays depuis la seconde moitié des années 1970.

Au début du Ministère de la Culture il y a eu certains idéalismes et certains critères modulaires d’expansion territoriale équivoques, qui étaient des expérimentations dérivées des bonnes intentions et des nobles illusions. Le désir de donner une physionomie rigoureuse au projet ou à l’institution choquait parfois avec la préparation insuffisante de certains cadres et avec les mentalités formalistes ou il fallait improviser dans le style « ancien guérillero ». L’intérêt personnel et la subjectivité ne se sont toujours pas attachés avec la charge, la responsabilité et la capacité de mettre en mouvement les groupes. Parfois, les vecteurs de renouvellement et les signes humanistes inhérentes au chemin culturel choisi, qui devaient vivre en mariage, bifurquaient et établissaient des détours circonstanciels qui, finalement, ont eu des effets contraires à ce que l’on désirait. Pour d’autres organismes et organisations de l’État et de la Société, ce n’était pas facilement compréhensible que notre Ministère fût la direction culturelle de la nation. Le rejet conscient du travail ministériel envers les schématismes anti-culturels, prédominants dans le contrôle et les points de vue qui ont fait beaucoup de mal durant la première moitié des années 1970, a également produit des exagérations et des étrangetés dans la direction opposée. Une plus grande ouverture dans la syntaxique et la sémantique du savoir culturel – qui rendait propice simultanément l’universalisation de nos expressions - a également été utilisée pour ses fins par l’opportunisme étranger et pour certaines positions dénaturalisées. Cependant, le résultat discordant durant les années en « marchant à quatre pattes et en zigzag » du MINCULT, n’a pas pu affecter la trajectoire et les solides perspectives qu’apportait cette option ministérielle de Cuba pour les spécificités de la culture.

Le Ministère de la Culture de Cuba vit. Postérieurement à la période des débuts que nous venons d’esquisser, il a aussi eu une trajectoire diversifiée marquée par des résultats considérables et des modifications particulières de style.  L’élargissement constant de ses occupations et la difficulté de conserver les connexions systémiques nécessaires dans les réalités qui ont priorisé la récupération des coûts et la rentabilité de la culture, ont redessiné des facettes de son anatomie. Un bon nombre des signaux originaires demeurent ; d’autres paradigmes le marquent ; une partie du matériel humain travaillant dans sa composition reflète parfois les impuretés du contexte où le MINCULT fonctionne ; son statut d’organisme étatique espère des nouveaux souffles et des nouveaux changements, et si aujourd'hui les alternatives privées acquièrent une force indépendante, l’empreinte bienfaitrice de son travail – ayant déjà 40 ans - survit dans le riche développement culturel de la patrie.