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Une histoire peu connue : le Che torero ?
Par Lázaro Barredo Medina Traduit par Alain de Cullant
Un ami nous a dit qu'un jour il a entendu que le Che et Raul Castro faisaient des passes au Mexique afin d’apprendre les techniques de tauromachie dans les corridas, très à la mode dans le pays aztèque lors de ces années.
Illustration par : artistes cubains

L'histoire de la Révolution a beaucoup d'anecdotes fascinantes. Pas beaucoup d'entre elles coulent des narrations directes de leurs protagonistes, d'autres des études des chercheurs et certaines d'une coïncidence incroyable, comme celle que nous contons.

 

Lors de la réalisation d'un test sur la protection documentaire des archives photographiques du journal Granma avec un scanner, un négatif des activités de Che Guevara pendant les premières années révolutionnaires a été pris au hasard, parmi les centaines qui y sont stockés et à la surprise de tous, une bonne partie de la pellicule contenait plusieurs clichés du Guérillero Héroïque dans les opérations de tauromachie.

 

Le Che torero ?

 

Nous avons donc commencé les enquêtes sur cette histoire. Un ami nous a dit qu'un jour il a entendu que le Che et Raul Castro faisaient des passes au Mexique afin d’apprendre les techniques de tauromachie dans les corridas, très à la mode dans le pays aztèque lors de ces années.

 

Dans le livre La Palabra Empeñada, écrit par Heberto Norman Acosta, du Bureau des Publications du Conseil d'État, on peut trouver des traces de ces premiers contacts entre le Che et Raúl au Mexique.

 

Au Guatemala, le Che s’était lié d’une grande amitié avec plusieurs révolutionnaires cubains réfugiés en 1954 dans ce pays frère, en particulier avec Antonio Ñico Lopez, l'un des grands amis de Raúl, qui l'a soutenu dans ses efforts devant le Commandant en Chef afin qu’il soit finalement accepté comme l'un des assaillants de la caserne Moncada.

 

À la suite de la Loi d'amnistie, dictée par le tyran Fulgencio Batista en 1955 suite à la pression populaire, qui a facilité la sortie de la prison de la Isla de Pinos des assaillants de la caserne Moncada qui ont été jugés dans la cause 37, Raúl Castro s’est converti immédiatement – quelques jours après la supposée libération -, en la première persécution politique de la dictature, qui commence à préparer une farce juridique par des accusations de complot et de terrorisme dans le cadre d'un plan provocateur contre Fidel qui envisageait l'assassinat de Raul.

 

C'est ainsi que le leader de la Révolution, qui a démontré chaque jour dans ses plaintes publiques le manque de libertés de la dictature, a décidé d'accélérer le départ de Raul au Mexique, qui a eu lieu le 24 juin 1955.

 

Au Mexique, Raul est allé immédiatement à la rencontre de Maria Antonia Gonzalez et c’est dans la maison de cette formidable cubaine qu’a eu lieu sa rencontre avec Ernesto Guevara, qui, à cette époque, prenait des photos dans les parcs et les rues pour gagner sa vie, en plus de poursuivre son travail de recherche dans l’Hôpital Général de la capitale mexicaine.

 

Comme le décrit la recherche, le Che et Raúl se sont liés d’amitié dès le début. On raconte l'anecdote que, durant ces jours, Ernesto se faisait accompagné par son nouvel ami cubain pour servir comme assistant dans les expériences qu'il réalisait presque toujours de nuit à l'hôpital, qui consistait à opérer des chattes enceintes. À cette occasion, Raul a dit en plaisantant au jeune argentin qu'il ne le laisserait jamais lui faire une injection.

 

C'est dans cet environnement étroit et marqué par le manque de ressources, où un grand nombre des futurs expéditionnaires du Granma étaient à la disette, que les deux jeunes se sont dédiés à faire des pratiques pour essayer de lutter dans l'arène devant les taureaux afin d’obtenir des fonds financiers, que Fidel arrive au Mexique le 8 juillet 1955. Seulement quelques semaines se sont écoulées entre l'arrivée des deux frères.

 

C'est Raúl qui a présenté l’Argentin à Fidel dans la maison de María Antonia et la même nuit les trois se sont réunis dans un restaurant. C’est au cours de cette conversation que le Che s’et converti en l'un des premiers expéditionnaires. Et c'est ce jour-là qu'ils parlent au Commandant de l'effort de tauromachie qu'ils tentaient. Fidel leur dit que c’était une folie il leur a demandé d’arrêter immédiatement ce projet.

 

Mais le monde de la tauromachie est resté en eux.

 

Dans le livre Secretos de Generales, de Luis Báez, le Général de Corps d’Armée Leopoldo Cintra Frías (Polo) raconte, quand il était dans la Sierra Maestra en 1957, il est arrivé dans la maison de Domingo Torres, un paysan vivant à Pozo Azul dans la zone de Hanabanita, dans l’actuelle municipalité Bartolomé Masó de la province de Granma, et qu’il a vu une corrida pour la première fois. Quand cet adolescent avec son accent paysan lui a demandé qui était ce fou, on lui a dit que c'était « Luar ». Le torero Luar (Raul à l’envers) était le surnom de Raúl Castro.

 

On ne sait pas grand chose du Che et du travail de tauromachie, mais de temps en temps on rencontre quelques étincelles. Par exemple, lors de son premier voyage diplomatique en tant que leader révolutionnaire, il est arrivé en transit à Madrid en juin 1959 et, parmi les sites qu'il voulait voir, il demande qu’on l’emmène á la Plaza de Toros de Vista Alegre. Plus tard, le 3 septembre 1959, lors d'un voyage de retour à Cuba, le Comandant Guevara fait nouvellement une escale à Madrid, il demande à voir une corrida et il va à la Plaza de Las Ventas et jouit de la plupart de l'affiche de l'après-midi.

 

C’est dans la Finca de San Andrés, province de Pinar del Río, connue comme « la ferme de l’américain », où il se préparait avec le détachement de la guérilla qui l'a accompagné en Bolivie, que viennent ces photos du Che dans les opérations de tauromachie.

 

En conversant avec les compañeros Harry Villegas (Pombo) et Leonardo Tatiana (Urbano), deux des survivants de cet exploit, nous supposons que cette pratique a eu lieu durant les jours ayant précédés le congé des guérilleros afin de dire au revoir à leurs parents avant de partir pour la mission historique en Bolivie.

 

Il est difficile de prédire quels bons toreros ils auraient pu être, mais les meilleures écoles de tauromachie dans le monde coïncident en soulignant que pour être un bon torero il est nécessaire d'avoir : de la valeur, de la personnalité et une grande force de volonté et de persévérance.

 

Avec ces qualités et la vertu de l'amour pour la cause libertaire, ces hommes se sont unis pour affronter hardiment tous les sacrifices inimaginables qui ont réalisé plus tard l'exploit incroyable du Granma.

 

La vérité est, bien qu’il faille avoir du courage pour faire face à un taureau, il fallait en avoir aussi pour monter sur ce yacht qui à pris la mer avec sa lourde charge de 82 hommes et qui a navigué au milieu d’une tempête pour accomplir ce qu’avait dit Fidel avec tant de véhémentement : si je sors, j'arrive ; si j'arrive, j'entre ; si j'entre, je triomphe.