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Une autre rose saignante pour Rostgaard
Par Nahela Hechavarría Traduit par Alain de Cullant
Nous avons conversé avec Pepe Menéndez, chef du dessin de la Casa de las Américas à propos de Alfredo Juan González Rostgaard et de sa relation avec l'institution.

En 2017, profiter du 50e anniversaire de la création de l’une des affiches cubaines les plus connues, qui a accompagné un événement sans précédent sur l'île, le Festival de la Chanson de Protestation (Casa de la Américas, 1967), est aussi l'excuse parfaite pour honorer le grand dessinateur cubain et auteur de cette affiche, Alfredo Rostgaard.

 

Alfredo Juan González Rostgaard - Rostgaard pour tous ceux qui le connaissaient et admirent son œuvre - est né à Guantanamo en 1943, il a été diplômé de l'École des Arts Plastiques de Santiago de Cuba et, à la fin des années cinquante, il a fait une incursion dans la publicité. Ce sera dans les premières années postérieures au triomphe de la Révolution qu’il se consacre entièrement à son savoir-faire dans le dessin graphique dans le domaine culturel ou politique, associé à des événements, des projets et des campagnes de diverses institutions telles que l’ICAIC, le DOR, l’UNEAC, l’OSPAAAL, et la Casa de la Américas. Son empreinte dans l'histoire du dessin graphique nationale est un fait, non pas depuis l’enseignement et l'influence qu'il a exercée chez les générations ultérieures de créateurs cubains, mais dans le façonnage d'une image cubaine où le mélange de l'humour, de l'ingéniosité et de la maîtrise dans la synthèse communicative et visuelle sont les éléments les plus remarquables.

 

Son œuvre prolifique a été compilée dans diverses anthologies et compte plus de 200 expositions collectives et individuelles. La Casa de las Américas a accueilli un échantillon de son travail en 1998 dans ce qui est considéré comme l'une de ses expositions personnelles les plus anthologies. Il a également été reconnu pour la fraîcheur et l'innovation qu'il a apporté dans le dessin de revues telles que Pensamiento Crítico et, en particulier, la Tricontinental de l’OSPAAAL. Nous avons donc conversé avec Pepe Menéndez, chef du dessin de la Casa à propos de Rostgaard et de sa relation avec l'institution.

 

Comment peut-on voir le cartel populairement connu comme La rose et l'épine durant ce demi-siècle ? Son impact visuel-conceptuel a-t-il été une image-empreinte dans la mémoire, qui a marqué une époque, un type de chanson, un genre musical ? Cette affiche de la Rencontre-Festival de la Chanson de Protestation a eu des réinterprétations sur divers supports (disques, applications pour le Web) et a même servi d'inspiration dans un projets tel que La Rose Graphique (conférences et exposition d'affiches cubaines en Equateur en 2006) dont vous avez fait partie, pour ne citer que quelques-uns

 

Le passage des années a réaffirmé cette affiche dans l'avant-garde des affiches cubaines de tous les temps. Toute création humaine, en particulier dans l'art, est exposée au passage du temps. Ce n'est pas le cas de cette affiche. La métaphore de Rostgaard maintient une éloquence énorme, elle suggère beaucoup car son langage est universel et intemporel. Banksy pourrait la peindre demain sur un mur de n'importe quelle ville ou bien pourrait accompagner le groupe Calle 13 dans ses « protestations » aujourd'hui. L'affiche de Rostgaard est comme le portrait du Che de Korda, les deux images se sont converties en symboles de certaines causes et de certaines vocations. Les gens la font leur dans d’autres contextes et leur donnent une nouvelle vie.

 

Il y a eu de nombreuses expositions collectives (comme Cuba Gráfica, Casa de las Américas, 2007) ; Gritos en la pared, MNBA, 2013) et de livres (The Art of Revolution, Dugall Sterner et Susan Sontag, 1971 ; El cartel tricontinental de solidaridad, 2003) qui ont inclus ses affiches, mais je voudrais attirer l'attention sur l'exposition anthologique de Rostgaard organisée par la Casa en 1998. Vous commenciez juste à travailler dans l'institution, comment vous souvenez-vous de ce moment ? Est-ce que beaucoup de jeunes y ont assisté ?

 

Je connaissais Rostgaard depuis l'Institut de Dessin (ISDi). Je n'étais pas son élève, mais j'ai partagé avec lui le travail du corps professoral quand j'ai obtenu mon diplôme et quand j'ai participé à l'enseignement (1989). Comme tous ceux de ma génération, je ne connaissais pas très bien l'étendue réelle de son œuvre. Un peu plus des affiches, mais presque rien du dessin éditorial. En ce sens, l'exposition a été révélatrice. La commissaire Lesbia Vent Dumois a réussi à combiner - presque comme dans un bazar arabe - les magnifiques couvertures de Pensamiento Crítico, les doubles pages de Tricontinental, diverses illustrations, les affiches connues et les surprenants jouets « d’auteur » qui en disent beaucoup sur l’esprit d'imagination qui animait Rostgaard. Je ne peux pas dire si beaucoup de jeunes gens y ont assisté, mais ceux qui y étaient ont ressenti, comme moi, beaucoup d'admiration.

 

En pensant à l'influence que l’affiche de l’OSPAAAL a eu pour la visibilité des luttes des pays du Tiers Monde sur la scène internationale, comment valorisez-vous l’apport esthétique des dessinateurs cubains et particulièrement d’Alfredo Rostgaard au graphisme politique révolutionnaire ?

 

On donne a Rostgaard une coïncidence inhabituelle : on le souligne aussi bien dans l'affiche politique que dans la cinématographique, les deux grands ensembles qui ont façonné la valeur de nos affiches, et il en a créé certaines pour le cinéma porteur d'une forte expression politique, comme Cimarrón ou Now. Il a su comment visualiser des thèmes apparemment scabreux avec une grâce singulière. Des affiches visuellement séduisantes rendent leur contenu plus convaincant et les idées politiques gagnent des adeptes. L'affiche 4000 nous donne une autre dimension de l'héroïsme du peuple vietnamien, sans aucun besoin de texte, elle a un impact. Ce sont des références très précieuses, des exemples de comment les causes justes peuvent et doivent avoir un art qui les défend, depuis l'imagination inspirée, non pas depuis la routine imposée.

 

Pour terminer, comme un hommage virtuel, je voudrais que vous choisissiez cinq affiches qui, pour vous, manifestent l'ingéniosité et la sensibilité créatrice de Rostgaard, quelque chose comme une galerie minimale d'images qui vient à votre esprit quand vous pensez à son travail. Ainsi, tout le monde peut faire la même chose et choisir quelles images il va garder en mémoire.

 

J'ai déjà mentionné Cimarrón, Now et 4000. Pour compléter les cinq je vais ajouter Décimo Aniversario del ICAIC et La guerra olvidada.