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Un temple grec très cubain
Par Alejandro Besada Basabe Traduit par Alain de Cullant
Le Templete est la mémoire de la ville de La Havane qui, à 500 ans, possède son passé dans le présent...
Illustration par : artistes cubains

Le Templete est la mémoire de la ville de La Havane qui, à 500 ans, posssède son passé dans le présent...

Un étrange édifice se trouve sur la Plaza de Armas, différent des autres non seulement en raison de son apparence, mais à cause de l'histoire qu'il raconte. Le petit monument est le célèbre Templete, il a été créé le 19 Mars 1828, sous les auspices du Capitaine Général de l'ïle Francisco Dionisio Vives, de l'évêque de La Havane Juan José Díaz de Espada et Fernandez de Landa.


La construction est la mémoire des générations de Cubains, car elle est située à l'endroit où la fondation de la septième ville de Cuba a eu lieu, le 16 Novembre 1519 ; ainsi que le premier conseil municipal et la première messe catholique, l'acte religieux qu'Eusebio Leal a appelé « le baptême de la ville ».


Le bâtiment de style néoclassique rappelle les temples grecs antiques, avec six colonnes doriques à l'avant, quatre sur les côtés, des frises ornées et des sols en marbre blanc. A l'intérieur, le bâtiment abrite un buste de Christophe Colomb et trois peintures de Jean-Baptiste Vermay (1786-1833) illustrant les événements qui s'y sont produits et l'inauguration de celui-ci. En outre, là se trouvent les restes du peintre français et de sa femme.


En 1754, la colonne Cagigal a été érigée, appelée ainsi pour le capitaine général qui a ordonné sa construction. Ce pilié se compose de trois côtés représentant la division provinciale du pays. Deux textes sont inscrits, l'un en latin et l'autre en vieil espagnol. Au sommet se trouve l'image de la vierge de Pilar, saint patron des navigateurs espagnols et, à la base, un buste en marbre de Don Hernando de Soto, premier gouverneur de la ville de La Havane.


Le complexe est entouré d'une imposante clôture de lances de fer terminées de pointes de bronze et de piliers soutenant des coupes surmontées d'ananas, donnant au monument une touche tropicale.
La ceiba est peut-être l'élément le plus connu de l'ensemble, en raison de la tradition tissée autour d'elle. À ce jour, dix de ces arbres ont gardé la ville, le dernier d'entre eux ayant été planté en avril 2017.
Selon la coutume, tourner autour de cet arbre, le toucher, l'embrasser et même le baiser apporte la prospérité. La messe des muets est célébrée chaque 15 novembre en l'honneur de San Cristóbal et c'est la seule cérémonie integrant le catholicisme et des éléments de la religion yoruba afro-cubaine.


Année après année, à minuit, à la veille de l'anniversaire de la ville, des centaines de personnes affluent à la cathédrale de La Havane. Là, ils suivent une tradition ancienne : se taire jusqu'à la fin de l'acte solennel, au cours duquel les personnes présentes vénèrent l'image de San Cristóbal. En point culminant, les participants, dans le même état de mutisme, se dirigent vers l'arbre du petit monument, où ils accomplissent le rite, demandent un vœu et accomplissant la promesse.


Au fil des siècles, la ceiba et El Templete sont devenus des symboles, non seulement de la capitale, mais de la société cubaine, du syncrétisme marqué et de la rencontre culturelle hispano-africaine. Se souvenir du passé, ce n'est pas y végêter, mais savoir d'où on vient, qui on est et vivre en accord avec notre histoire.