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Un film impérissable : Mémoires du Sous-développement
Par Diana Castaños Traduit par Alain de Cullant
Le livre et le film montrent l'aliénation que souffre un intellectuel cubain au début du triomphe de la Révolution à Cuba, qui avait une position privilégiée dans la nouvelle société qui se forgeait : il n'avait pas besoin de travailler car il vivait de ses rentes.
Illustration par : Adrian Pellegrini

Edmundo Desnoes a dit que l'adaptation du texte faite par Tomás Gutiérrez Alea de son livre Memorias del subdesarrollo (1968) était presque parfaite.

Le livre et le film montrent l'aliénation que souffre un intellectuel cubain au début du triomphe de la Révolution à Cuba, qui avait une position privilégiée dans la nouvelle société qui se forgeait : il n'avait pas besoin de travailler car il vivait de ses rentes.

Nous sommes en présence d'un film incroyable, en noir et blanc. Il est produit par l’ICAIC (Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique), un Institut né avec l'idée de la Révolution. Mais ce n'est pas un film faisant l’apologie de la Révolution. En effet, Tomás Gutiérrez Alea, son metteur en scène, parvient, depuis une position de soutien au processus révolutionnaire cubain, à critiquer et à questionner les déclins et les hauts et les bas de la situation sociale que Cuba a vécue pendant ces années.

Le talentueux Tomas Gutiérrez Alea (Titón) ne fait pas de caricature de son protagoniste. Il montre un Sergio Corrieri de 38 ans, plein de contradictions existentielles et d`une intelligence, observant tout et questionnant tout.

Cette capacité de Titón d'argumenter sur les absurdités sociales se voit également dans Fresa y Chocolate (1994). Ce n’est pas par hasard que Titón est, avec Pedro Almodóvar, l’un des cinéastes les plus reconnus dans le monde hispanique.

Pour certains spectateurs, Sergio peut être un bourgeois ayant des contradictions inhérentes à une bourgeoisie décadente. Quelqu'un n’ayant pas grand-chose à faire, qui pense trop. Un des parasites que la jeune Révolution essaie d’extirper. Pour d'autres, Sergio peut représenter l'outil au moyen duquel les changements sociaux du moment sont remis en question.

Le film Soy Cuba (1964) de Mikhaïl Kalatozov, parle de la nécessité d'un processus révolutionnaire qui permettrait d'améliorer la qualité de vie des cubains, Mémoires du Sous-développement montre un moyen de discuter sur les changements sociaux que ce processus révolutionnaire impliquait.

Au-delà de l'intérêt sociologique et politique que le film peut susciter, il y a une référence dont on parle très peu ; la relation d'attraction entre Sergio et Elena qui représente la relation possible entre l'homme mûr et la jeune femme. En fait, dans une séquence, quand les deux visitent la maison d'Ernest Hemingway, Sergio est intéressé par un livre de la bibliothèque de l'écrivain étasunien. Quand il enlève la poussière, nous voyons que c'est Lolita, de Vladimir Nabokov. On comprend avec peu de mots.

Il s'agit d'un film impérissable ayant l’excellente capacité de surmonter les effets du passage du temps, laissant un agréable étonnement pour l'éloquent et le terriblement sage.