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Trinidad de Cuba : 505 ans de magie et d'engagement
Par Yansert Fraga León Traduit par Alain de Cullant
Après 505 ans, le principal engagement des habitants de Trinidad est de préserver la magie et les valeurs de leur environnement.
Illustration par : Leonardo Luis Roque

L’exceptionnalité de Trinidad, la troisième ville fondée par les espagnols sur l'île, a signifié plus qu'un pacte avec l'histoire pour la dignité d'une ville qui s’apprête à célébrer, durant 2019, ses 505 années de vie.

Son emplacement d'origine et son transfert anticipé en ont fait, dès les premiers temps, un point obligé de ravitaillement pour les expéditions de conquête du continent au XVIe siècle. Cette interaction constante entre les européens et indigènes originaires, ainsi que l'incorporation précoce des noirs africains et l'intense activité commerciale, en particulier avec la région des Caraïbes, ont configuré une culture mixte, caractérisant « l'ajiaco cubain » auquel fait référence Fernando Ortiz.

Investie avec le titre de ville au début de 1585, elle est porteuse d’une aura qui l'a marqué à jamais comme l'un des endroits les plus intéressants et frappants de Cuba et de l'Amérique. Sa région « fermée », transformée en « cadavre du sucre » à la fin du XIXe siècle, a joué un rôle important dans le contexte colonial espagnol : elle avait été désignée, dès 1797, comme tête du gouvernement des Quatre Villes (Trinidad, Sancti Spiritus , Remedios et Villa Clara) et, en 1825, elle a été nommée capitale du nouveau Département Central. L'échange culturel constant a mis en place un développement particulier de la ville, d'où les différentes étapes historiques et les manifestations primitives de la nationalité cubaine ont leurs expressions particulières à Trinidad.

Le boom commercial et de plantation de la fin du XVIIIe siècle et leur consolidation au cours de la première moitié du XIXe siècle, ont apporté la sérénité économique nécessaire pour configurer définitivement son architecture domestique et le tracé urbain de son centre historique. Plusieurs facteurs de caractère socio-économique et géographique ont conduit à l'intégrité de ses attributs architecturaux et urbanistiques jusqu'en plein XXe siècle. Cela lui a permis d'atteindre la décennie de 1960 comme un véritable exemple de ville coloniale, arrêtée dans le temps, sans prospérité et avec une population ancrée dans ses racines. Deux décennies auparavant, l'intérêt pour la conservation et la valeur de ses sites historiques à des fins touristiques avaient commencé.

Après l’arrivée révolutionnaire de 1959 et comme un signe de la gravité et de l'attention que l'État cubain prête à la sauvegarde du patrimoine, Trinidad recouvre la résurrection des temps lointains du boom du sucre dans lequel la splendeur de la ville, cette « roue excentrique » suivant les mots de Moreno Fraginals, l'a transformée en l'une des villes les plus importantes de Cuba. Depuis lors, l'incitation au développement du tourisme a contribué directement à la conservation des éléments irremplaçables dans la tradition trinitaire, puisque les insatisfactions accumulées pendant des années par le peuple avaient formé, dans la majorité, un idéal de progrès basé sur la rénovation de la ville.

Ceci est accompagné des travaux de restauration entrepris depuis les premières années de la Révolution et aura un moment important dans les années soixante-dix, en raison de l'effort de divers spécialistes parmi lesquels se trouvent, premièrement, ceux de l’Historien de la Ville, Carlos Joaquín Zerquera et Fernández de Lara, puis ceux de Silvia Teresita Angelbello et Alicia García Santana, le muséologue Víctor Echenagusía et l'archéologue Alfredo Rankin, parmi d’autres.

Au cours de cette décennie, en plus de la fondation des premiers musées (Musée Romantique en 1974, Musée d'Architecture en 1979), principal réservoir où confluent aussi bien l'échantillon vivant du patrimoine matériel et immatériel, un fait important se produit montrant aussi l'approche à la sauvegarde de l’immatériel : la célébration de la Première Semaine de la Culture Trinitaire, en 1974. Cet événement de connotation culturelle a eu un impact important au niveau national, car il a fait interagir, pour la première fois, le contexte matériel historique avec le mouvement artistique et culturel du pays, y compris le riche héritage traditionnel de la ville ce qui a dimensionné à une plus grande échelle tout le potentiel artistique (danse, musique, arts plastiques, lingerie...) présent dans la mémoire du peuple.

L'effort pour maintenir intact les valeurs patrimoniales de la ville, a influencé la déclaration en tant que Monument National en 1978 et comme Patrimoine Culturel de l'Humanité par l'UNESCO une décennie plus tard, en 1988. Cette dernière distinction est étayée par les critères IV et V qui font référence à son ensemble architectural et urbain, au témoignage d'une étape importante de l'histoire, et à être un exemple éminent d'un environnement humain traditionnel, représentatif d'une culture. En novembre 1987, l'équipe technique pour la restauration des monuments a été créé, répondant aux exigences des travaux de restauration - qui à partir de cette année a également été étendu à la Vallée de los Ingenios - comme à une politique du Ministère de la Culture visant à unifier les structures créées pour les travaux de restauration dans tout le pays. Trente ans plus tard, c’est toujours un défi de faire correspondre les valeurs matérielles et immatérielles pour lesquelles cette déclaration a été rendue effective.

L'intérêt pour ce musée vivant, la ville antique et les constructions sucrières de sa vallée, a commencé à se démarquer dans des travaux de spécialistes tels qu’Alicia García Santana, Hernán Venegas Delgado, l'École des Lettres de l'Université Centrale de Las Villas et d'autres importants historiens au niveau national. De même, les particularités de son architecture, signalées dans le contexte colonial de l'île par ce grand que fut Joaquín Weiss, ont été de nouveau connues grâce à l'édition de Trinidad de Cuba. Patrimoine de l’Humanité : Architecture domestique (1993), par les auteurs Alicia García Santana, Silvia Teresita Angelbello Izquierdo et Víctor Echenagusía Peña.

Pour sauvegarder tout cet héritage, le Bureau du Conservateur de la Ville de Trinidad et la Vallée de los Ingenios a été créé en 1997, en charge de la préservation du patrimoine culturel, architectural et spirituel de la ville, ainsi que pour la divulguer et l'honorer par tous les moyens de diffusion naturels et technoscientifique. Ce moment a coïncidé avec l'objectif de trouver une stratégie appropriée pour montrer les exceptionnelles valeurs naturelles et culturelles de la ville en tant que destination d'un grand impact et d'intérêt dans l'industrie touristique cubaine.

Plus de 1168 édifices ayant des typologies architecturales des XVIIIe et XIXe siècles, et environ 67 sites de valeur archéologique, ont signifié un cours important pour la dignité de la région. Sa culture intangible a aussi marqué un développement à la hausse qui le distingue comme l'un des cas les plus frappants de tout Cuba. En ce sens, elle sert d’exemple pour montrer sa dernière déclaration en tant que Ville Artisanale du Monde, émise en 2018 par le Conseil Mondial de l'Artisanat.

Les conditions actuelles de la ville suggèrent d'appliquer des définitions qui identifient les stratégies à suivre dans la protection effective du patrimoine. La communauté d'intérêts entre les institutions et l'homme, dans une société qui a été constamment révolutionnée au cours des siècles, est un facteur indispensable dans la mise en œuvre de stratégies et de politiques culturelles à cet égard. Dans l'échange et l'accord mutuel, on ne devrait pas ignorer le rôle et l'influence du tourisme dans la communauté trinitaire d’aujourd'hui, de sorte que le problème n'est pas une raison d'analyse seulement des institutions culturelles, mais agglomérant un groupe d'intérêts dans lequel se meuvent tous les secteurs et dans lesquels les instances politiques interviennent, essayant de solutions possibles viables.

Après 505 ans, le principal engagement des habitants de Trinidad est de préserver la magie et les valeurs de leur environnement, un fait essentiel marquant le destin d'une ville qui se conserve et, en même temps, qui se renouvelle.