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Toujours Loyal
Par Ana María Reyes Traduit par Alain de Cullant
Eusebio, comme l’appelait affectueusement non seulement le peuple de la capitale, mais celui de toute l’île, représentait un emblème de rigueur, de travail et de dévouement sans précédent.
Illustration par : Eduardo Abela

Comme beaucoup d’historiens, collègues ou non, nationaux et étrangers, j’ai suivi la vaste œuvre intellectuelle et sociale d’Eusebio Leal Spengler depuis son début, en 1967, quand il est devenu le successeur de l’incomparable Emilio Roig de Leuchsenring, directeur du Bureau de l’Historien de La Havane, à sa mort.

Eusebio, comme l’appelait affectueusement non seulement le peuple de la capitale, mais celui de toute l’île, représentait un emblème de rigueur, de travail et de dévouement sans précédent. L’ami des plus anciennes places se déplaçait pour déterrer des monuments dans leur sol et trouver, soit dit en passant, des amphores et des objets, qui, sous sa direction, ont été restaurés par de jeunes orfèvres, qui ont eu le privilège de pouvoir étudier cette spécialité, inconnue parmi nous.

Bien qu’il soit impossible de reléguer à l’oubli une figure aussi charismatique, favorite de l’imaginaire populaire, la vérité est que sa mort, qui s’est produite ce triste vendredi 31 juillet 2020, nous a laissé une douleur et des pleurs que nous ne pouvons pas cacher.

Sa longue liste de prix, de décorations et d’éloges est comme une montagne difficile à gravir. Sa prouesse, dans le dernier quart du XXe siècle, en obtenant que, au moins, chaque ville cubaine ait un Bureau pour préserver la mémoire locale, a été également d’avoir renouvelé et promu l’historiographie nationale à travers une institution essentielle à cette fin, comme l’Académie d’Histoire. Grâce à sa gestion et à sa protection, l’Académie Cubaine de la Langue a également perdurée, vivante et dynamique, jusqu’à ce jour, et non seulement par la chaleur qui lui a été donnée par Dulce María Loynaz, mais par le fervent Eusebio. Au printemps 2019, il a été élu Membre Honoraire International de l’Académie des Arts et des Sciences des États-Unis, parmi lesquels d’illustres membres se trouvent Charles Darwin et Ralph Waldo Emerson et, au XXe siècle, Albert Einstein, Martin Luther King Jr. et Nelson Mandela.

Ce vendredi, les souvenirs rappelés étaient très nombreux ; beaucoup d’images qui révèlent le zèle et la passion avec lesquels Eusebio, le fils de Silvia, a exercé le plus noble des métiers : celui de l’éducation, celui d’enseignement de notre histoire, celui de fixer les événements qui ont donné la lumière à une Patrie qui est aujourd’hui Humanité, comme le voulait José Martí. Comment oublier l’image de la fontaine où, dans l’arc principal, des compatriotes ont accroché de belles fleurs sylvestres main une affiche déclarant, en grandes lettres : SIEMPRE LEAL… (TOUJOURS LOYAL...) C’est la meilleure épitaphe.