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Souvenirs historiques sur Saigon et ses environs : Conférence faite au collège des interprètes
Par Trương Vĩnh Ký Traduit par
La ville de Saigon a subi une transformation complète depuis le jour où le pavillon français a remplacé dans ce pays le pavillon jaune des Annamites.
Illustration par : Alain Kleinmann

Extrait

 

Messieurs

La ville de Saigon a subi une transformation complète depuis le jour où le pavillon français a remplacé dans ce pays le pavillon jaune des Annamites. Ce changement, commencé en 1859, s’est opère progressivement sans arrêt, et nous lui devons l’aspect agréable que présente maintenant la capitale de la Basse-Cochinchine.

Je veux aujourd’hui tracer  le tableau ancien et le tableau moderne de Saigon, mettre en présence  ces deux descriptions, de manière à faire ressortir de leur comparaison  la différence de deux états de civilisation à deux époques séparées seulement par un quart de siècle.

On tient à conserver le souvenir d’un endroit, surtout quand il a été le théâtre de tant d’événements qui se sont succédés à de si courtes distances, en s’effaçant les uns les autres.

Les traces historiques sont les chaînons qui attachent entre elles les époques des peuples, et souvent les états  disparus dans l’oubli du temps. La mémoire des faits  s’affaiblit en proportion du nombre des générations qui  les recouvrent. Ces révolutions continues sont une condition nécessaire  à la vie des choses et des peuples : mais leur souvenir lui-même serait altéré si l`histoire  ne les consignait à temps pour en conserver le caractère.

Ce Saigon, que nous voyons avec indifférence aujourd’hui, a été témoin d’événements qui excitent notre curiosité parce qu’ils ne sont pas encore entrés dans le domaine de l’histoire mais qui passionneront celle de nos successeurs. Parcourons donc  l’ancien Saigon, visitons-en toutes les parties et rendons compte de nos observations sous le double rapport rapport géographique et historique.

Qu’était Saigon autrefois ? Avant et pendant le règne de Gia-long ? Sous les règnes de Minh Mạng, Thiệu Trị  et Tự Đức ? Quel était son aspect à l’arrivée des Français ?

 

Nom de Saigon

Avant de décrire l’ancienne citadelle, il faut tout  d’abord chercher à savoir d’où vient le nom que nous donnons aujourd’hui à notre ville.

Saigon était le nom donné à la ville chinoise actuelle. D’après l’auteur de la Description de la Basse-Cochinchine (Gia-dinh-thong-chí), Sài est emprunté au mot en caractère chinois  qui veut dire bois ; gòn est en annamite le nom de la ouate et du ouatier. Ce nom vient, dit-on, de la quantité de ces cotonniers que les Cambodgiens plantaient tout autour de leurs anciennes fortifications en terre, dont les traces restent encore sur la pagode de Cây-mai et aux environs.

À nous, il nous parait que ce nom ne peut être que celui que les Cambodgiens donnaient à ce pays  et qui été appliqué plus tard à la ville. Je n’ai pu arriver encore à en trouver l’origine véritable.

La ville de Saigon a été appelée ainsi par les Français qui ont trouvé ce nom dans les cartes géographiques européennes, où l’on désignait la ville sous cette dénomination générale mais vulgaire autrefois donnée à toute l’étendue de la province de Gia-dinh.

 

Souvenirs historiques sur Saigon et ses environs

Conférence faite au collège des interprètes

de Jean Baptiste Pétrus

Par M.P. Truong Vinh Ký

Saigon

Imprimerie Coloniale

1885

Note :

Autres formes du nom : Trương Vĩnh Ký (1837-1898) 張永記  (chinois) dit Pétrus Ký. Baptisé comme Jean Baptiste Pétrus