Sept occasions pour dialoguer avec la danse | Lettres de Cuba
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Sept occasions pour dialoguer avec la danse
Par Pedro Simón Traduit par Alain de Cullant
Le livre Diálogos con la danza, de la prima ballerina assoluta Alicia Alonso recueille des aspects biographiques, les profils et l'analyse d'autres grandes personnalités de l'art scénique, sa position devant des aspects controversés dans l'exercice de la danse, son histoire et ses styles.
Illustration par : Amelia Peláez

Le livre Diálogos con la danza (Dialogues avec la danse), dont l'auteur est la prima ballerina assoluta Alicia Alonso, atteint ces jours-ci sa septième édition, publié par la maison d’édition José Martí, c’est la première version de l'œuvre en langue anglaise. Ce succès éditorial  signifie-t-il que notre danseur légendaire a changé le langage de la danse par la parole écrite ? Certainement pas. L'artiste du ballet a expliqué les circonstances et les objectifs qui l'ont amenée à s'exprimer de cette manière inhabituelle pour elle : « Déjà, dans les débuts de ma longue carrière de danseuse, j'ai dû me convaincre que le fondement ou la défense de mon art ne pouvait pas se faire seulement depuis la scène. Après les premières années d'apprentissage et de recherche d'un chemin à suivre, l'expérience m'a appris, à maintes reprises, qu’il était nécessaire que la bataille se livre aussi avec la parole.  Et j'ai dû faire face à un moyen d'expression dans lequel je n’étais pas toujours très à l’aise. [...] Donc, d'abord avec la timidité, puis avec plus de facilité - surtout pour l'acquisition de la conscience qu'il était impératif d'expliquer, de défendre et de promouvoir certaines valeurs, et d’affronter des problèmes essentiels de la danse - j'ai commencé à souscrire des textes, pour permettre que les transcriptions de causeries, de conférences et d’autres interventions soient publiés avec ma signature ; en plus des interviews bien connues...».

Le processus qui a conduit à Diálogos con la danza n'a pas été facile, mais l'artiste a montré une disposition spéciale pour réviser, maintes et maintes fois, chaque texte qui portait son nom, et pour être sûr que son opinion était exprimée clairement, celle qu'elle souhaitait transmettre au lecteur. Cette volonté de communiquer les principes et les raisons de son art, et de divulguer des souvenirs et des témoignages sur les personnalités et les événements qu'elle a vécus et dont elle a été souvent protagoniste dans l'art de la danse, a été capturé au cours de plusieurs décennies, dans un ensemble exceptionnel de textes qui ont permis de concevoir l'édition de ces Diálogos con la danza.

En eux, nous pouvons trouver des aspects biographiques à partir d'une vision personnelle, les profils et l'analyse d'autres grandes personnalités de l'art scénique avec lesquelles elle a partagé des activités créatives, sa position devant des aspects controversés dans l'exercice de la danse, son histoire et ses styles. Les textes liés à l'école cubaine de ballet possèdent une valeur spéciale, dans ce qui peut constituer les analyses les plus complètes et les plus importantes sur le sujet, du point de vue historique et esthétique. On peut également dire que, en l'absence d'un livre de ses mémoires proprement dit, Diálogos con la danza joue un rôle très proche à cet objectif, pour nous offrir des réflexions spontanées d'aspects biographiques et professionnels, depuis une approche expérientielle.

La première édition sous la forme d'un livre a été réalisée par la maison d’édition Letras Cubanas en 1986, elle a été suivie par une seconde par la maison Galerna, d'Argentine, parue à Buenos Aires en 1988. La troisième, quelques années plus tard, en 1993, a été à la charge de la maison Complutense, de Madrid, à la chaleur des besoins bibliographiques des cours enseignés par la Chaire « Alicia Alonso » de l'Université Complutense.

Toutes les éditions ont été épuisées et, en 2000, une nouvelle édition cubaine a vu le jour. Cette quatrième édition, très opportune, a été réalisée par Editora Política. La cinquième édition a été de nouveau à la charge d'une société étrangère, par Ediciones Océano de Mexico, en 2004. Une fois de plus, la maison d’édition Letras Cubanas reprend le titre, offrant sa sixième édition en 2010, l'un des plus soignées et couronnées de succès.

Il faut signaler que Diálogos con la danza, d’Alicia Alonso, a été un livre « en avance », c'est à dire que chaque nouvelle édition a ajouté des textes et a eu ses particularités quant à son image et sa conception. Un aspect de la pertinence que tous les éditeurs ont eu, a été celui des illustrations, soigneusement sélectionnés en fonction du contenu, et qui ont été enrichis à chaque occasion. Qu'est-ce que cette septième édition offre comme nouveautés, en plus d’être en langue anglaise ? Elle n'a pas été une exception en termes de nouvelles propositions, tant dans ses textes que dans le matériel photographique.

En prenant en compte le fait que toutes les éditions de Diálogos con la danza dans notre langue sont épuisées, il devient évident que c'est l'occasion pour qu’une maison cubaine assume maintenant une nouvelle édition en espagnol de ce livre, d'une utilité exceptionnelle pour les artistes scéniques, les danseurs, les étudiants en danse et le grand public. Et encore plus cette année, quand le Ballet National de Cuba fête le 70e anniversaire de sa création, qu’Alicia Alonso célèbre le 75e anniversaire de ses débuts dans son emblématique personnage de Giselle et que ces Diálogos con la danza dépassent les trois décennies de la première édition, pour arriver avec une force et des valeurs renouvelées à sa septième.