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Rita, la Única
Par Miguel Barnet Lanza Traduit par Alain de Cullant
Rita Montaner a été qualifiée comme la Única pour ses talents artistiques extraordinaires et parce que, comme personne, elle a inauguré dans le monde de l’art des genres le pregón-son et le théâtre musical, avec des œuvres comme Niña Rita, d'Ernesto Lecuona et d’Eliseo Grenet en 1927.
Illustration par : Rafael Zarza

Tout le monde sait que Rita Montaner a été qualifiée comme la Única pour ses talents artistiques extraordinaires et parce que, comme personne, elle a inauguré dans le monde de l’art des genres le pregón-son et le théâtre musical, avec des œuvres comme Niña Rita, d'Ernesto Lecuona et d’Eliseo Grenet en 1927.

 

Rita Aurelia Montaner y Facenda est née à Guanabacoa un 20 août, il y a 117 ans auparavant. Sa carrière a commencé, précisément, dans son Guanabacoa natal, mais son art a brisé les barrières sociales et raciales et elle a conquis de nombreux pays en Amérique latine et en Europe. Il suffit de rappeler les judicieuses chroniques d’Alejo Carpentier, depuis le Paris des années vingt quand la Ville Lumière était reconnue comme telle par sa splendeur dans le monde de la scène, du vaudeville, de l'opéra ou du spectacle musical dans lequel, avec Sindo Garay, elle a laissé une empreinte indélébile. Les rythmes cubains que les deux ont interprétés ont marqué un point de repère dans le goût européen et ils ont contribué à l'effacement d'une fausse image de notre continent, qui était vu comme un essaim de chapeaux mexicains et de rumbas obscènes et de salon. Le vernaculaire regagnait son authenticité et, aussi bien elle que Sindo et le Trio Matamoros ont certifié la pureté et l'universalité de notre musique.

 

Et tout ce qu'elle a fait à Cuba depuis qu’elle a commencé sa carrière en tant que chanteuse avec la guitare de bois cubaine d’Eusebio Delfín. Et sa présence dans le théâtre cubain et à la radio comme la première voix féminine qui a chanté, dans la PWX en 1922, des œuvres de José Mauri et d’Eduardo Sánchez de Fuentes, sans parler de sa carrière dans le cinéma cubain et mexicain avec les plus importants acteurs de l’époque. Rita alternait avec Libertad Lamarque, María Luisa Landín, Pedro Vargas, les frères Soler, et toute une pléiade d'artistes qui sont maintenant mythiques dans les films du continent. Elle n'a pas arrêté. Son regard sensuel et hypnotique fait d'elle la maîtresse absolue de l'illusion sur l'écran. Son beau visage est gravé dans la mémoire de plusieurs générations.

 

En 1945, elle a été proclamée Reine de la Radio. Et dans les années 1950, quand elle a acquis sa pleine maturité, elle a brusquement commencé un déclin qui a été interrompu par sa grande volonté de continuer à se présenter devant le public. Elle a réalisé la première de La Médium, de Gian Carlo Menotti, se vantant d'une voix et d'une technique insurmontables, montrant en même temps une maîtrise de l'art lyrique d'avant-garde.

 

Comment remercier Rita Montaner pour ce legs ?

 

C'est le but de ces lignes. Je n'ai vu que quelques chapitres du feuilleton colombien La Ronca de Oro, qui centre son argument sur la vie et le savoir-faire artistique d'Helena Vargas, cette chanteuse si populaire qui a mis à la mode la ranchera dans son pays natal. Son histoire personnelle illustre une trajectoire emblématique et elle a servi pour que les générations actuelles découvrent une voix indispensable du panorama sonore de l'Amérique Latine. Je pense qu'il est temps que notre télévision rende hommage aux figures de la culture cubaine qui ont marqué des points de repère dans l'art interprétatif comme c'est le cas de notre artiste, parmi d’autres.

 

Comme la Ronca de Oro, la Única compte une vie d'anecdotes personnelles uniques elles aussi. Elle n'est pas seulement admirée pour ses qualités artistiques, mais pour son tempérament et sa façon de faire face aux préjugés d'une époque où être une femme noire et artiste était un motif de rétractation et de sous-estimation.

 

Ce sont les publics, et le pâturage de la légende, les événements qu'elle a joué en affrontant sa rébellion innée aux injustices du temps dans lequel elle a vécu. Je n'oublierai jamais l'histoire qu'un témoin m'a racontée cette nuit-là quand elle affronté la police de Batista qui voulait faire taire un groupe de chanteurs de rumba dans un café de la rue Galiano. Elle et son mari – l'as de la lutte libre, RayTatu - étaient dans ce café après un spectacle de la « Única » dans le théâtre América. Rita Montaner s'est opposée au fait que la patrouille emmène ses amis rumberos au poste de police de Zanja pour scandale public. Elle s’est assise à côté du conducteur et elle a dit au chef de la patrouille « si vous les emmenez, vous m’emmenez aussi. Là est la fin de l'histoire.

 

C'était Rita Montaner, la femme qui a apporté la musique cubaine et la grâce créole dans les théâtres du monde. Je crois qu'un jour comme aujourd'hui il est juste de s'en souvenir avec admiration, mais aussi pour réfléchir à ce que nous pourrions faire pour que le peuple cubain connaisse mieux une vie donnée à la culture musicale de notre pays. Combien de choses pourraient être faites depuis l'audiovisuel, soit dans une série ou un feuilleton, pour promouvoir l’œuvre et la vie de cette petite mais grande femme, « dont la peau dorée -comme l’a écrit Nicolás Guillén - est un symbole des deux races qui crépitent dans son cœur et qui sortent de ses lèvres dans le même souffle de feu.