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Poésie de Mario Benedetti
Par Mario Benedetti Traduit par Olivier Favier
Hommage au journaliste, écrivain, romancier et poète uruguayen lors du centenaire de sa naissance.
Illustration par : Carlos Enríquez

Ne te sauve pas

 

Ne reste pas immobile
sur le bord de la route
ne gèle pas la joie
n’aime pas à contrecœur
ne te sauve pas ni maintenant
ni jamais
                              ne te sauve pas
ne te remplis pas de calme
ne garde pas du monde
qu’un simple coin tranquille

ne laisse pas retomber tes paupières,
lourdes comme des jugements
ne reste pas sans lèvres
ne dors pas sans sommeil
ne pense pas sans sang
ne juge pas sans temps

mais si
                               malgré tout,
tu ne peux t’en empêcher
et que tu gèles la joie
et que tu aimes à contrecœur
et que tu te sauves maintenant
et te remplis de calme
et ne gardes du monde qu’un simple coin tranquille
et que tu laisses retomber tes paupières,
lourdes comme des jugements
et que tu te sèches sans lèvres
et que tu dors sans sommeil
et que tu penses sans sang
et que tu juges sans temps
et que tu restes immobile
sur le bord de la route
et que tu te sauves
                                      alors,
ne reste pas avec moi.

Extrait de Poemas de otros (1973-1974). Traduit par Olivier Favier.