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Poésie de Mario Benedetti
Par Mario Benedetti Traduit par Nathalie Vuillemin
Nous proposons aux lecteurs trois poèmes du célèbre poète uruguayen.
Illustration par : Jorge Juvenal Baró

JUSTE LÀ

 

Dans la paisible douleur qui te perturbe

quand tu saisis au loin comment vibre ou halète

l’innocence de l’autre

 

dans la désolation muée en chrysalide

dans le silence plein de mots non-nés

dans le creux des pleurs immérités

dans ton absence de dieux

dans l’acceptation de tes meilleures peurs

dans tes cendres d’utopie

dans ta foi de malgré / de toutefois

 

juste là

précisément là

se cache / résiste / demeure

la caverne profonde / inexpugnable

que certains / quelques-uns

disent être la conscience

 

(traduction inédite de Nathalie Vuillemin, 2009)

 

JE NE SAIS QUI ELLE EST

 

Il est probable qu’elle vienne de très loin

je ne sais qui elle est ni où elle se dirige

c’est seulement une femme qui se meurt d’amour

on le remarque à ses pétales de lune

à sa patience de coton / à ses

lèvres sans baisers ou autres cicatrices

à ses yeux d’olive et de pénitence

 

cette femme qui se meurt d’amour

et pleure protégée par la pluie

sait qu’elle n’est pas même aimée dans les rêves /

elle tient dans ses mains ses caresses vierges

qui ne rencontrèrent aucune peau où se poser /

et / comme elle fuit du temps / sa luxure

se déverse en une terrine de cendres.

 

(traduction inédite de Nathalie Vuillemin, 2009)

 

PAPIER MOUILLÉ

 

par des fleuves

par du sang

par de la pluie

ou de la rosée

par du sperme

par du vin

par de la neige

par des pleurs

les poèmes

ont coutume

d’être

du papier mouillé

 

(traduction inédite de Nathalie Vuillemin, 2009)