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Poésie de Dulce María Loynaz
Par Dulce María Loynaz Traduit par Claude Couffon
Nous publions le poème « Chant à la mère stérile ».
Illustration par : Marcos Esteban Hernández

CHANT A LA MÈRE STÉRILE  (1937)
Mère impossible : puits scellé, amphore brisée, cathédrale submergée...

De l'eau au-dessus de toi... Et du sel. Et la lointaine
lumière du soleil qui n'arrive pas à t'atteindre. La Vie
ne dépasse pas ta poitrine ; la Vie en toi se heurte et rebondit
et puis dévie, s'en va perdue,
obliquant vers - obliquant vers...
Vers quel endroit ?...

Comme la Nuit, tu passes sur la terre
sans laisser traces
de ton ombre ; et au cri ensanglanté
de la Vie, ta vie ne répond,
sourde comme les astres en leur divine surdité
[... ]

Mère interdite, mère d'une absence
sans nom et déjà sans achèvement ... - essence
de mère... Dans ton ventre
tiède se cache la Mort, l'immanente
Mort à l'affût, rôdant
autour de l'amour inconscient...

Et comme elle perd son
tranchant, comme elle devient lisse
et chaude et ronde
la Mort dans les ténèbres de ton ventre !...

p.47-49 (extraits)

Dulce María Loynaz, La Fille prodigue, anthologie traduite par Claude Couffon, La Différence, collection « Orphée », 1994