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Pedro Pablo Rodríguez : L’homme qui dialogue avec Martí
Par Anays Almenares Avila Traduit par Alain de Cullant
Le Dr. Pedro Pablo, toujours souriant, n’hésite pas à accepter l’occasion de parler, comme il le fait souvent, du fondateur du journal Patria, de la revue La Edad de Oro et du Parti Révolutionnaire Cubain.
Illustration par : Carlos Enríquez

Derrière son bureau, où jour après jour il pose des questions à l’Apôtre, une photo de Mariano nous montre trois Martí multicolores, multidimensionnels. Une sorte de pop’art où le Maître est le protagoniste. Des diplômes, des œuvres d’art, des dizaines et des dizaines de livres nous entourent. Dr. Pedro Pablo, toujours souriant, n’hésite pas à accepter l’occasion de parler, comme il le fait souvent, du fondateur du journal Patria, de la revue La Edad de Oro et du Parti Révolutionnaire Cubain

 

Galant, il m’invite à son bureau du Centro de Estudios Martianos, dans l’ancienne demeure de José Francisco Martí Zayas Bazán et de son épouse María Teresa Vances. Là, avec son équipe, Pedro Pablo a donné naissance à plus de vingt volumes de l’Édition Critique des Œuvres Complètes de José Martí. Actuellement le numéro 27 est imprimé en Espagne et ils travaillent à l’unisson sur les volumes de 28 à 32. Ils prévoient que le total dépasse les 40 tomes.

 

Un homme qui a offert une grande partie de sa vie, et qui prévoit de dédier le reste au sauvetage de l’œuvre du Héros National de Cuba, qui ne se lasse pas d’offrir la sagesse, revient sur les pas d’une loyauté qui est enraciné profondément dans l’essence cubaine : la fidélité martiana.

 

Qu’est-ce qu’un être martiano ?

 

C’est une attitude éthique dans un sens très large, car cela signifie non seulement de démontrer un ensemble de valeurs humaines, mais ces valeurs doivent être exprimés dans le moment particulier dans lequel nous vivons et en fonction des problèmes et de l’époque. Etre martiano ne réside pas seulement à connaître et répéter de mémoire des phrases ou d’avoir des connaissances sur la vie de Martí, mais d’avoir une conduite suivant les principes qu’il a constamment essayé d’impulser pour les Cubains de son époque, et qui incluaient l’indépendance de la patrie ; le désir d’une république équilibrée, travaillant toujours pour toutes les justices ; la lutte de personnes différentes, de plus en plus libre et ayant une véritable attitude solidaire et humaniste, pour un pays.

 

Quels facteurs ont eu une influence pour la formation de cette éthique chez le Maître ?

 

D’une part il a eu l’influence de sa famille, son père avait une éthique irréprochable depuis les valeurs de son époque. Ses parents lui ont inculqué le sens du devoir, qui lui est également venu depuis l’école de Rafael María de Mendive. Ceci a été lié avec le patriotisme, quelque chose d’inséparable de sa pensée et son attitude abolitionniste, à la recherche de l’égalité et de la justice sociale. En outre, il y avait un désir de rester fidèle à ces principes.

 

D’autre part, on trouve chez Martí un sens chrétien de la vie, si nous prenons le Christ comme symbole de don de soi pour les autres. Nous voyons une appropriation martiana de ce concept, non pas avec une nuance strictement religieuse, mais avec une éthique. Il a appris à connaître le monde, la prison s’est convertie en un moment de formation de son caractère, de sa personnalité et de ses sentiments. Là il a appris les confins la méchanceté humaine, le manque de respect, l’injustice. Cependant, il a écrit très jeune, qu’il n’y avait aucune haine en lui. Cela implique une volonté éthique complètement formée.

 

Dans la vie et l’œuvre du poète, quel passage ou épisode vous impressionne le plus ?

 

La quasi-totalité. Il m’est très difficile de séparer sa vie physique de sa pensée et de l’œuvre écrite. Peut-être, même si je comprends que ce n’était pas la solution la plus appropriée du moment, j’admire toujours ce jeune qui a rompu avec le plan dirigé par Máximo Gómez en 1884 et qui a préféré, conformément à ses idées, de ne pas se joindre à quelque chose qu’il croyait une posture de caudillisme. Cela me donne une idée de l’étendue de sa dignité.

 

Un autre épisode a été le bonheur de son arrivée à Cuba en avril 1895. Ou la propre décision d’aller combattre ce 19 mai, non seulement pour démontrer sa valeur aux autres, mais pour prouver à lui-même qu’il était capable aussi de se battre et de risquer sa vie. En le découvrant peu à peu cela m’a permis de l’admirer sous presque toutes les facettes de sa vie.

 

Actuellement, comment enseigner Martí ?

 

Avant tout, il faut arriver que les gens lisent Martí. Quand on le converti en discours officiel, ou qu’on l’utilise sans être congruent avec ce qu’il dit, il est logique qu’un choque surgisse, et ceci tend à dévaloriser le même principe qui est suscité. Afin que de nombreuses personnes comprennent Martí, il faudrait voir plus clairement dans notre société, une chose qui n’est pas le cas, les conséquences négatives de ceux qui se servent de lui faussement comme devise. Le peuple cubain a une maturité suffisante pour qu’on lui parle clairement et on s’en rend compte quand des personnes n’ayant rien à voir avec lui l’utilisent comme symbole.

 

Après tant d’années d’études sur l’œuvre et la vie de Martí, que peut-on reprocher à l’Apôtre ?

 

Je ne me suis jamais posé cette question. Je lui reprocherais peut-être de ne pas être arrivé à un arrangement avec Gómez en 1884, dans le sens que la rupture a été très forte. Bien qu’avec le temps la situation a changé, il a réussi à comprendre le Généralissime.

 

De même, je ne comprends pas la dernière lettre de Martí à son fils, elle est très dure. Là, il lui dit qu’il allait à la guerre et qu’il n’était pas à ses côtés. Et à la fin : « Soit juste ». Nous n’avons pas les lettres du fils ou de la mère de cette période, nous ne savons pas s’ils écrivaient, nous ne savons pas si le jeune reprochait quelque chose à son père. Aujourd'hui, nous savons que le jeune homme était à Camagüey, faisant des pratiques de tir, et qu’il a toujours refusé de vivre dans le fait d’être le fils de José Martí.

 

On a voulu plusieurs fois le placer sur les autels politiques et il a refusé, car il savait que c’était par son ascendance et il ne voulait pas se convertir en instrument des autres. Je me suis donc demandé le pourquoi de cette dernière lettre. Il y a certaines données masquées qui ne nous sont pas parvenues.

 

Je lui reprocherais aussi qu’il n’a pas très bien su établir sa relation avec Carmen Zayas Bazán, car, à mon avis, il était éperdument amoureux de cette femme. Alors, pourquoi ne pas céder ? Pourquoi est-elle parie avec son fils à Camagüey ? Nous l’ignorons. Certains biographes affirment qu’elle avait découvert qu’il avait quelque chose avec Carmen Miyares, une chose dont nous n’avons aucune certitude. Je n'oserai pas l’assurer.

 

On dit que tous les Cubains ont leur propre Martí, qu’elle est le vôtre ?

 

Le mien est très complexe. J’ai un dialogue avec lui presque tous les jours. Je lis, je lui pose des questions, j’analyse ses idées, j’écris. Je pense qu’il avait besoin de grandes doses d’affection qui n’a pas toujours eu, ou, dans de nombreux cas, il ne savait pas qu’il l’avait. Je perçois qu’il cherchait l’affection des autres. Il avait aussi un peu peur de la notoriété, de la reconnaissance, du leadership. Pour moi, c’était l’homme le plus simple du monde et, en même temps, le plus compliqué.