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Panorama architectural de La Havane.  Première partie.
Par Carlos Venegas Fornias Traduit par Alain de Cullant
La ville de La Havane se distingue au sein de l’ensemble des capitales latino-américaines, pour la conservation d'une bonne partie des espaces urbains et des édifices les plus représentatifs d'un long processus de rénovation et de croissance.
Illustration par : Edel Bordón

La ville de La Havane se distingue au sein de l’ensemble des capitales latino-américaines, pour la conservation d'une bonne partie des espaces urbains et des édifices les plus représentatifs d'un long processus de rénovation et de croissance. Ville portuaire par excellence, elle a réussi à cristalliser sa personnalité urbaine selon les alternatives historiques du développement des routes de navigation et du commerce mondial à partir de sa lointaine fondation, lors de la deuxième décennie du XVIe siècle.

Située à côté du Canal des Bahamas et dominant la région du Golfe du Mexique, elle s’est convertie en une enclave stratégique pour la navigation à travers l'Atlantique et, pour cette même raison, en l'un des éléments essentiels de la politique expansive des grandes puissances économiques. Son histoire urbaine, au milieu de ce carrefour, est restée ouverte à une assimilation constante des contributions des groupes humains de diverses origines et à la diffusion d'une culture métropolitaine, assimilée par des périodes successives d’actualisation des formes architecturales.

Les lectures de la ville ont été arrêtées en particulier dans l'appréciation d'une image première et évidente, un peu multiforme et cosmopolite, composée de différents éléments architecturaux, mais qui coexistent dans un ensemble très identifiable et original, possesseur d'une tradition et d'un propre sceau.

Envisagée de cette manière, La Havane apparaît comme l'un des résultats les plus éloquents de la culture architecturale des appelés nouveaux peuples ou nouvelles sociétés, des figures ethniques et culturelles intégrées dans les territoires des Caraïbes et des côtes atlantiques, sans avoir une forte présence d'origines indigènes, donnant lieu à un comportement peu conservateur, toujours attentif aux stimuli externes.

La grande capitale des Antilles ne l'est pas seulement en raison de sa dimension géographique d'environ 2 millions habitants, mais aussi en raison de la signification de son patrimoine architectural, une expression d'un cosmopolitisme essentiel, capable de donner vie à l'expérience du réel merveilleux avec la simultanéité dans l'espace et le temps des formes qui, dans un autre contexte, serait plus excluant.

La sélection d'un échantillon d’édifications havanais nous permet d'aborder ce caractère démonstratif de la ville.

Au premier plan, aussi bien historique que spatial, nous trouvons les incontournables forteresses coloniales qui ont défini le visage de la ville de la Flotte, protégé derrière une ligne défensive côtière qui a été imprenable durant près de deux siècles pour les corsaires des nations rivales de l'Espagne.

Les nécessités défensives ont donné très tôt les formes modernes de l'architecture militaire de la Renaissance à La Havane. Le Castillo de La Fuerza, construit entre 1558 et 1577, avec une forme géométrique régulière, a été le premier de son genre en Amérique et il a fait partie d'un projet de citadelle triangulaire, une sorte de ville idéale générée dans la métropole qui n'a jamais été réalisée, mais qui a anticipé le sens des schémas des célèbres Lois des Indes.

Le Castillo del Morro, érigé entre 1589 et 1615 sur un promontoire à l'entrée de la baie, selon le projet de l'ingénieur militaire italien Juan Bautista Antonelli, est devenu le point culminant du premier système de fortifications de la ville. Le plus grand fort des Indes a été un pas en avant dans l'assimilation de l'architecture militaire européenne en Amérique. Le tracé géométrique fermé a été désarticulé en une forme plus ouverte et plus dynamique pour profiter du relief particulier du site dans lequel il se trouve.

L'adaptation à la topographie locale et la dimension géographique des forteresses prévues par Antonelli ont accumulé une expérience transmissible. Le fils de l'ingénieur militaire serait chargé d'achever les défenses côtières de La Havane avec la construction de deux tours à l'embouchure des rivières les plus proches ; l’une d’elles, la tour de la Chorrera, terminée en 1644.

Les systèmes de fortifications étaient des œuvres de magnitude continentale qui identifiaient ces régions de l'empire hispanique, unies par des circuits commerciaux. Les forteresses montraient le caractère symbolique de l'union entre la métropole et ses colonies. Le bouclier havanais a été conçu avec ses principales forteresses et les composants d'une plus grande attraction visuelle de celles-ci, comme le phare du Morro ou la girouette située sur le Castillo de la Fuerza, la Giraldilla et ils ont été enregistrés comme les emblèmes les plus anciens et les plus populaires de la ville.