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Paco Prats et Senel Paz: Prix National de Cinéma 2020
Par Susana Méndez Muñoz Traduit par Alain de Cullant
Le Prix National de Cinéma 2020 a été décerné à Francisco Prats, un producteur bien connu de films d’animation, et au célèbre narrateur et scénariste Senel Paz.
Illustration par : Reinerio Tamayo

Le Prix National de Cinéma 2020 a été décerné à Francisco Prats, un producteur bien connu de films d’animation, et au célèbre narrateur et scénariste Senel Paz.

Le blog Cubarte a eu le privilège d’assister aux premières félicitations aux lauréats par le jury qui les a reconnus, de Ramon Samada, président de l’Institut Cubain d’Art et de l’Industrie Cinématographique (ICAIC), d’autres collègues de cette institution et des Studios d’Animation.

Paco Prats (La Havane 1944), comme il est connu de tous, est une institution dans l’ICAIC, il a été le producteur de la grande majorité des films d’animation cubain, un nombre dépassant les 60. Avec Padrón, il a également « donné naissance » à Elpidio Valdés et à beaucoup d’autres.

Le cher Paco, diplômé de dessin et de peinture de l’Académie de San Alejandro, est entré à ICAIC en 1963 et l’année suivante, il était déjà producteur, mais il a également occupé des postes comme coordonnateur de production, directeur du département des dessins animés et de post-tournage, aussi il a produit des documentaires, mais il a dédié sa vie à la production de l’animation. Bien qu’il soit à la retraite, il continue dans les Studios d’Animation, car il fait un livre, duquel il va nous en parler.

Senel Paz (Las Villas, 1950), qui s’identifie parmi le public comme le scénariste du film Fresa y Chocolate, de Tomas Gutiérrez Alea, a une vaste carrière dans la narration, dans laquelle on souligne le livre de contes El niño aquel (1980), Prix David ; les romans Un rey en el jardín (1983), Prix de la Critique Littéraire ; En el cielo con diamantes, Prix de la Création Littéraire Casa de las Américas 2008, et le El lobo, el bosque y el hombre nuevo, la base du scénario de Fresa y Chocolate, qui a remporté le Prix Coral du meilleur scénario inédit lors du Festival International du Nouveau Cinéma Latino-américain (1992), et, il ne faut pas  oublier que le film a été nominé au Prix Oscar du meilleur film étranger par l’Académie des Arts et des Sciences Cinématographiques d’Hollywood (1995).

En tant que scénariste, Senel possède des pièces essentielles de la cinématographie nationale telles que Una novia para David (1985), d’Orlando Rojas et Adorables mentiras (1991), d’Orlando Chijona, les deux remportant le Prix Caracol de scénario, et le second, en plus, le Prix Coral de scénario et un Prix dans le Festival de Huelva.

Il a également écrit des scénarios pour des courts-métrages de sa compagne dans la vie, la cinéaste Rebeca Chavez ; dans ce cas sont La fidelidad (1992) et El triángulo (1992).

D’autres de ses scénarios sont également Lista de Espera (2001), de Juan Carlos Tabío, Cosas que dejé en La Habana (1999) et Una rosa de Francia (2005), ce dernier de Manuel Gutiérrez Aragón.

Jerónimo Labrada (Holguín, 1946), Prix National de Cinéma 2019, ingénieur du son de l’ICAIC, chef de la Chaire de Son et directeur académique de l’École Internationale de Cinéma et de Télévision de San Antonio de los Baños (EICTV), a été le président du jury qui, cette année, a conféré le laurier à Paco et Senel.

Avant que la nouvelle soit connue, Labrada a rappelé que le Prix National de Cinéma a été institué en 2003, reconnaissant devant la société, étant un prix d’État, l’œuvre réalisée par une ou deux personnes, comme c’est le cas cette année ; il a souligné que le jury ne qualifie pas et ne souligne pas que, dans la carrière de l’artiste, il y a une œuvre très notable, « il s’agit de faire le point sur toute la vie créative des nominés pour choisir ceux pour leur contribution à l’œuvre culturelle du pays dans le cadre de la cinématographie ».

Il a également expliqué que le processus de sélection, pour le nombre élevé de candidats, est très complexe.

« (...) surtout parce que le Prix a une énorme dette avec un bon nombre de personnes qui ont donné leur vie au développement de la cinématographie cubaine ; cette dette n’est toujours pas soldée, car il n’y a qu’à une ou deux personnes par année. Il y a une énorme liste de grandes personnalités du cinéma dans le pays et cette dette, réellement, je veux le reconnaître publiquement, doit être soldée ».

Pour sa part, Senel Paz avoue se sentir très heureux « d’intégrer le groupe de collègues si merveilleux qu’il a déjà reçu ce prix qui renforce le sentiment d’appartenance au secteur de la culture et le désir de travailler avec plus d’enthousiasme ».

Il a rappelé que son premier lien avec le cinéma provient de sa relation avec Rebeca ; chance lui a donné l’opportunité d’écrire le scénario de Una novia para David ; « En tant qu’écrivain, je n’ai jamais pensé ou rêvé à m’approcher du cinéma, mais le cinéma est ce genre d’expérience qui, quand il t’arrive, t’attrape pour toujours, et pour moi, cela a été très important en tant que narrateur, écrivain, de pouvoir travailler dans ces deux langages ».

Il a révélé qu’au moment où il a reçu les nouvelles de prix « je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux fondateurs d’ICAIC, comme c’est le cas d’Alfredo (Guevara), de Julio (García Espinosa), de Titón, de Santiago (Alvarez), et aussi dans les antécédents ayant permis à ce pays d’avoir un cinéma et bien sûr de penser aux compañeros Orlando Rojas, Chijona, (...) et aussi aux acteurs qui ont joué mes personnages qui, pour moi, reste l’un des plus grands stimuli pour écrire ».

Senel est immergé dans la préparation d’un livre ayant un certain rapport avec le cinéma, car il veut reprendre, à partir de l’histoire qui a donné lieu à Una novia para…, une série de contes qu’il n’a jamais publié et quelques réflexions de son expérience dans le cinéma depuis la perspective d’un écrivain arrivant dans ce milieu ; il a également annoncé qu’il travaille sur le scénario d’un film.

Il a également souligné qu’il avait toujours été intéressé à lier sa création individuelle avec le travail pour l’amélioration du cinéma cubain dans un sens général, il travaille donc avec l’écrivain et scénariste Arturo Arango quant au renforcement d’un atelier de scénarii pour la collaboration entre les écrivains dans le but d’être en mesure d’exploiter suffisamment le potentiel qui existe dans l’île.

Nous avons demandé à Paco Prats qui était très ému, de qui il se souvenait en ce moment et qui il voulait remercier :

« Je suis un vieil homme, mais je me souviens de Tulio Raggi, mon maître ; Tulio qui est parti sans prix, et Santiago Álvarez, un autre de mes professeurs. Je suis très reconnaissant à Juan Padrón et je me souviens de tant de jeunes qui … je pense que je connais tout le monde … comme je suis en train d’écrire le livre d’histoire du département de dessins animés, si nous prenons le compte de tous les gens … j’arrive déjà plus de trois mille compagnons »

Norma Martínez est décédée le 28 février 2015 et personne ne s’en souvient qu’elle était à la tête de ces studios, actrice, épouse de Sergio Corrieri , de Manolo Pérez Alfaro, de l’ingénieur du son Carlos Fernández, un oublié, et tant d’autres amis.

Dans le livre se trouverons tous les films d’animation ayant été réalisés depuis 1960 avec Ernesto de Armas, Hernán Enríquez avec Gugulandia, que la Cinémathèque de Cuba vient de le distinguer parmi les 60 meilleurs films cubains d’animation. L’œuvre de Joaquín Cordero apparaîtra, un de mes grands amis, depuis des années, regardez comment nous étions mignons et jeunes ! (Rires).

Il a également déclaré que le prix signifiait un grand honneur pour lui et que Les dessins animés sont sa maison : « Le jour où je finirai le livre et que je n’aurai plus à venir, il va me manquer un morceau de mon âme. Je suis dans ce studio depuis 60 ans, à Cubanacán, dans la Casita, lors des moments difficiles… je pense réellement qu’il y a beaucoup de gens qui méritaient ce prix avant moi ».

Ces petites déclarations montrent une qualité commune aux deux lauréats : la modestie, une caractéristique qui va toujours de pair avec ceux qui font plus pour les autres, comme Paco et Senel qui ont reçu le Prix National du Cinéma le 24 mars, lors d’une cérémonie officielle qui s’est tenue dans le cadre du 61e anniversaire de la fondation d’ICAIC par le prestigieux intellectuel cubain Alfredo Guevara, le premier lauréat de ce prix en 2003.