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Oliver Stone : Snowden et la cyberguerre, la plus dangereuse du monde
Par María Carla Gárciga Traduit par Alain de Cullant
Il y a un trait qui spécifie et unit les personnalités du cinéaste Oliver Stone et l'ex-analyste de l'Agence de Sécurité Nationale, Edward Snowden : les deux disent ce qu'ils pensent et dénoncent ce qu'ils considèrent incorrect, en connaissant les risques et les conséquences, en sachant qu'ils défient les pouvoirs hégémoniques dans leur propre pays, la plus grande puissance du monde.
Illustration par : Alexandra Alvarez Carvajal

Il y a un trait marqué qui spécifie et unit les personnalités du cinéaste Oliver Stone et l'ex-analyste de l'Agence de Sécurité Nationale (NSA) Edward Snowden : les deux disent ce qu'ils pensent et dénoncent ce qu'ils considèrent incorrect, en connaissant les risques et les conséquences, en sachant qu'ils défient les pouvoirs hégémoniques dans leur propre pays, la plus grande puissance du monde.

 

L'une des présences de luxe lors de la dernière édition du Festival International du Nouveau Cinéma Latino-américain célébré en décembre à La Havane est, sans aucun doute, le cinéaste nord-américain Oliver Stone, qui a précisément étrenné à Cuba son plus récent film, Snowden, lequel raconte neuf ans de la vie du jeune ex-analyste, en récréant non seulement le processus de prise de conscience du protagoniste quant à l'envergure du système de vigilance étasunien, et sa dénonciation postérieure, mais aussi la relation avec sa fiancée, Lindsay Mills, une facette peu abordée jusqu'à ce jour dans les matériels dédiés à Snowden.

 

Oliver Stone a commenté sur le processus de tournage du film : « Nous sommes allés à Munich pour filmer ; la CIA et le gouvernement étasunien ne nous ont pas mis d'obstacle, mais nous avons eu des difficultés du côté financier, car aucune maison de production nous appuyait. Finalement, nous avons eu l’aide d’une petite maison de distribution, mais l'appui fondamental est venu de France et d'Allemagne. Le processus a été réalisé avec beaucoup de précaution pour que les hackers ne pénètrent pas les fichiers du film. Nous avons fait un chiffrage et, en quelques occasions, nous avons utilisé le papier et le stylo afin de éviter l’accès des hackers sur le film du plus grand hacker ».

 

Le film est basé sur un livre de The Guardian, mais les neuf voyages du cinéaste en Russie pour rencontrer Edward Snowden ont été le soutien fondamental. Selon un commentaire du lauréat de l'Oscar pour Midnight Express (1978), près des vérifications faites lors des neuf entrevues, le jeune a lu aussi le scénario, a fait des changements et a donné quelques éclaircissements techniques. « Quand le film a été terminé nous l’avons apporté à Snowden, il l’a vu et a été attentif à chaque instant. Nous essayons de nous adapter à la réalité, bien qu'il y ait des personnages de fiction et, naturellement, la NSA ne doit pas être très contente avec le film », a plaisanté le metteur en scène.

 

Le réalisateur multi couronné – lauréat de deux autres Oscar pour Platoon (1986), meilleur directeur et meilleur film - a confessé que son œuvre filmique a un dénominateur commun : l'analyse subjective du sujet. « On me critique souvent, disant que je me répète, mais je reflète ce que je sens et perçois en ce moment. Je construis chaque personnage depuis ma perspective, je m'adapte à lui, comme ceci est arrivé avec Snowden, qui est très renfermé sur lui, très hermétique et peu émotif dans son expression ».

 

En ce sens, Stone a expliqué qu'il a voulu souligner le personnage de sa fiancée, Lindsay Mills, car c’est elle qui l’a humanisé. « Ils avaient une relation depuis neuf ans et Lindsay a été avec lui à chaque instant ; elle l’a mis face à la réalité, montrant sa partie sentimentale et émotive ».

 

Qu'est-ce qui a passé après que les dénonciations de Snowden aient secouées le monde à ce moment ? Les responsables de ces faits se maintiennent à leurs postes - explique le cinéaste – il ne leur passe rien et, pour prévoir quelque chose qui arrivera dans le futur, ils créent une nouvelle loi qui empêche leur jugement et leur condamnation rétroactive. « Snowden l'a dit et l'a répété jusqu'à satiété : on suppose que c'était pour combattre le terrorisme, pour connaître un sujet et, de là, le démasquer, où qu’il soit. Les choses qu'il m'a raconté m’ont atterré, et le pire est que depuis qu'il l'a dénoncé, tout a augmenté : les satellites, les antennes, les systèmes de vigilance, et il n'y a aucune façon de revenir en arrière ».

 

Pour Stone, la scène la plus importante du film est quand ils sont au Japon et Snowden ne peut pas instaurer le système de la sécurité qu'il y avait aux États-Unis car les lois japonaises ne le permettaient pas. « Les États-Unis ont alors placé un malware pouvant interférer dans les systèmes du Japon s'ils ne suivent pas sa politique. Ils ont fait la même chose au Brésil, en Venezuela, en Syrie, en Iran. Chaque fois qu'ils estiment qu'un pays n'est pas avec eux, ils font une cyberguerre. Dilma (Rousseff) n'est pas hors du pouvoir par goût, ils l’ont espionné et ils ont parlé de la corruption dans Petrobras : Dilma est un leader progressiste et elle ne répond pas aux intérêts des États-Unis, nous allons donc chercher comment la renverser ».

 

Selon les paroles du réalisateur de Né un 4 juillet (1989) - avec lequel il a aussi remporté l'Oscar du meilleur directeur -, tout a commencé en 2009 avec Obama et un virus qu'ils ont introduit en Iran. On supposait qu'il ne sortirait jamais de là ni qu’il reviendrait aux États-Unis ou en Israël, où il a été créé. Cet état de guerre est né pour endommager la centrifugeuse de l’énergie iranienne. L'idée était que l'on ne pouvait pas suivre à la trace que l'attaque venait des États-Unis et d’Israël, mais celle-ci a été découverte tout de suite et l'Iran et d'autres pays ont réagi devant l'événement. « Il s'agit d'une guerre cybernéticienne, et il n'y a pas de secrets. Cette guerre est la plus dangereuse du monde ».

 

Le réalisateur expérimenté a aussi exprimé quelques mots pour le leader de la Révolution Cubaine, Fidel Castro, sur lequel il a tourné les documentaires Commandante, Looking for Fidel et Castro in Winter. « Le film Commandante a un profil historique; on peut le voir sur YouTube, mais pas dans les cinémas, car il a été censuré. Looking for Fidel a été retransmis par HBO et par le très bon travail réalisé par Fidel en répondant aux questions, il n’est presque pas passé à la télévision étasunienne. HBO m'avait demandé de poser des questions gênante, mais vous savez que ce n'est pas facile de lui faire ceci », a-t-il commenté lors d’une rencontre avec la presse et les admirateurs de son œuvre.

 

« Fidel voyait tout clairement et il percevait ce qui passerait dans l'avenir. Dans l'une de ses dernières réflexions il nous prévenait précisément sur Obama, qui est plus intelligent, élégant et charismatique que Bush, mais c’est un menteur complet. Pour ceux qui l’ont détesté, Fidel est en enfer, pour ceux qui l’ont aimé, il est au paradis ; mais pour ceux qui l’ont connu, son absence laisse un très grand vide et il va beaucoup nous manquer ».

 

Finalement, le cinéaste, qui brille par son haut engagement politique et avec les justes causes, a raconté aux présents le processus de transformation d'un jeune conservateur à un homme conscient des problèmes sociaux et des actions impériales du gouvernement de son pays : « Les idées que j’expose maintenant n'ont rien à voir avec ce que je pensais quand j’ai commencé à être cinéaste. J'étais un jeune très conservateur qui venait d'une famille conservatrice et j'ai mis du temps à ouvrir les yeux. C’est un processus de maturité, de croissance et de connaissance qui m’a fait faire ce virage définitif de 360 degrés ».