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Mon maître Romañach
Par Eduardo Abela Traduit par Alain de Cullant
Parler du peintre Romañach, de l'artiste exceptionnel, est un travail qui correspond à la critique des véritables valeurs humaines.
Illustration par : Leopoldo Romañach

Parler du peintre  Romañach, de l'artiste exceptionnel qui a plasmé sur toiles, tremblantes même par la vibration de ce pinceau qui a transmis l'impulsion d'une âme amoureuse des beautés de la nature, est un travail qui correspond à la critique des véritables valeurs humaines. Ceux qui ont eu la chance et le privilège d'être ses disciples dans les plus hauts moments de sa glorieuse carrière sont heureux de remercier et d'admirer celui qui, avec la noble prédication de ses enseignements et l'exemple inégalé, plutôt que le simple maître, a été le forgeur d'une génération d'artistes qui a créé le concept esthétique caractérisant aujourd'hui la plastique cubaine comme, peut-être, la plus brillante et la plus originale en Amérique.

C'est pourquoi ceux qui croient qu'il a été, dans le domaine de l'enseignement, le maître académique par excellence, où le concept a comme une simple continuation des formules rigides et inaltérables. Avant tout, Romañach était avant tout, un artiste de droit, ce qui équivaut à dire : un créateur, un chercheur, un découvreur des secrets de la grâce.


De lui, nous avons appris, plutôt que les connaissances techniques pour savoir peindre les formes extérieures, ou conventionnelles, des choses, l'âme de celles-ci, la force intime qui anime les objets se rapportant à l'environnement qui les entoure. C'est la raison fondamentale pour laquelle les disciples de Romañach, en général, ont un penchant pour la subjectitivation du naturel, de se sentir étrangers à tout ce qui signifie leur simple représentation.


Avec Romañach, nous avons appris à découvrir que la vraie beauté, celle qui touche notre émotion esthétique, n'est pas que la nature, attentive à ses objectifs, donne au commun des mortels, mais celle, dans sa recherche, quand il absorbe, dans la mesure où il découvre, le fondamental du jeu des évaluations produites par la lumière dans ses différents plans, avec une pigmentation différente dans chaque cas, jusqu'à ce qu'il atteigne le champ intérieur même de la qualité. C'est ainsi que nous avons appris à voir et à ressentir ce qui est essentiel dans tout art ; briser le critère défaitiste de ceux qui pensaient que dans l'art tout était fait et que rien de nouveau ne devait être fait dans un pays comme le nôtre, dépourvu de colorinisme et presque sans tradition artistique.


En voyant peindre Romañach, imprimer à ses œuvres le charme ineffable de son extraordinaire sensibilité, nous avons appris le grand secret de la peinture et de vivre la vie que Dieu réserve à l'artiste. Nous avons appris que la chose la plus intéressante de la vie qui bat autour de nous n'est pas ce qui est si engagé à nous montrer la nature elle-même, dont les charmes les plus intéressants sont ceux qui ne peuvent être perçus par l'antenne sensible de l'artiste.


J'ai dit que Romañach était un peintre de loi, pour signifier combien il avait d'honnêteté artistique (Hernandez Cata m'a dit une fois que le vœu de l'honnêteté artistique était plus difficile que le vœu de chasteté) pour sa sincérité, pour cette dévotion à la peinture qui l'a fait vivre en peintre à tout moment de sa vie.


Ceux d'entre nous qui étaient ses disciples ; ceux qui rêvaient d'atteindre sa hauteur ; ceux qui, parce que nous ne le savions pas ou n'étions pas capables de l'égaler dans sa ténacité inébranlable, dans ce courage et cette décision de vivre toujours en peintre avant tout, avons laisser passer les moments précieux où la grâce touchait à nos portes, nous offrons ces paroles d'hommage sincère et d'admiration à la mémoire de l'éminent peintre et du maître incomparable qui a donné tant de gloire à notre pays.

Tiré de : Leopoldo Romañach (Cuadernos de Arte 3), La Havane: Ministère de l'Éducation, 1952.