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Marta Rojas : Derrière la tranchée. Le Vietnam depuis le rapportage
Par Dulce María Sotolongo Carrington Traduit par Alain de Cullant
Marta Rojas dépasse les 90 ans, mais le souvenir du Vietnam et de son peuple reste aussi frais dans sa mémoire qu’au milieu de la guerre quand elle a rapporté le courage de ces hommes et de ces femmes qu’elle ne pourrait jamais oublier.
Illustration par : Julio Larramendi

En tant que correspondante de guerre, Marta Rojas a été témoin d’un moment historique qui n’a pas réussi à épuiser les articles et les chroniques qu’elle a publiés. La question est infinie, c’est pour cela qu’elle a répondu à l’appel lancé par le poète Ernesto Cuní, au nom du Centre Provincial du Livre et de la Littérature, pour parler, dans le Salon de Mai du Pavillon Cuba, de sa participation en tant que journaliste au Vietnam.

Comment êtes-vous devenu correspondant de guerre au Vietnam ?

En 1963, le Comité cubain de solidarité avec le Vietnam du Sud a été fondé, a déclaré Marta Rojas. Melba Hernandez a été choisie par Fidel pour en être la présidente. Les relations entre Cuba et le Vietnam avaient été récemment rétablies, il y avait déjà une ambassade à Cuba. Melba savait que j’étais journaliste pour le journal Revolución, je lui ai dit que j’écrivais beaucoup sur ce que les Vietnamiens m’avaient dit, mais que je voulais aller au Vietnam. Ils ont accepté, le journal a envoyé Raúl Valdés Vivó. Nous sommes arrivés au Nord et ensuite nous sommes allés vers le sud. J’ai la satisfaction d’être la première femme latino-américaine à aller au Vietnam du Sud en tant que correspondante de guerre. Les Vietnamiens ont gagné la guerre, entre autres en raison de leur pouvoir de discrétion. J’ai eu le privilège d’être trois mois dans le Sud. Á Hanoi, j’ai vu Ho Chi Minh et j’ai parlé avec lui.

Pendant une heure, la journaliste, ayant une mémoire vraiment privilégiée, a raconté des anecdotes très intéressantes, notamment pour l’évocation de la nature qu’elle a faite avec une plasticité typique de la romancière qu’elle est : la façon de combattre les Vietnamiens, comment ils vivaient, travaillaient et étudiaient malgré la guerre.

« La jungle était très épaisse, je ne l’avais vu que dans les films, la végétation était si touffue qu’elle formait un toit, on ne pouvait pas voir le ciel, en dessous il y avait des chemins avec des vélos, des motos, tout. Je me souviens surtout d’un atelier de tailleur dans un village, là ils nous ont fait des vêtements afin que nous puissions marcher confortablement et nous confondre. Il pleuvait beaucoup et je pouvais à peine utiliser mon carnet parce qu’il s’est mouillé et l’encre est devenue illisible, donc mon instrument principal était la mémoire, j’écrivais le nom des lieux et des gens.

Les Vietnamiens sont très prudents et intelligents. S’ils ont pu gagner cette guerre dans laquelle ils avaient moins d’armements, c’était à cause de leur capacité de résister ; quelque chose qu’ils avaient déjà appris lors de la guerre de libération contre la France, une guerre de guérilla. Alors que les Étasuniens portaient de lourds sacs à dos, ils n’en avaient pas. Chacun emportait un peu de riz cuit.

Il y a eu des moments très dramatiques que je n’oublierai jamais, comme quand j’ai vu la lumière sortir de la peau des hommes et des femmes dans un hôpital où je suis allée avant. De loin, je pensais que c’étaient de petites lumières, mais non, ils étaient brûlés avec de l’huile orange. C’était horrible, mais ils n’avaient pas peur. Ainsi, pendant que les hommes allaient à la guerre, les femmes travaillaient, elles transportaient de l’eau pour les récoltes ».

La journaliste a terminé après avoir fait un rapportage depuis ses souvenirs, évoquant Ho Chi Minh :

« C’était un homme d’une culture extraordinaire, parlant le chinois classique, le russe, le français et l’anglais. À 7 heures du matin, j’étais au Palais et je vois un homme venir vers moi, je me suis souvenue de la description de Martí dans Un paseo por la tierra de los anamitas. Il m’a posé des questions sur Fidel et m’a dit : « Envoyez lui mes salutations, dites-lui que j’ai lu ses discours ».

De nombreuses années sont passées. Marta Rojas a dépassé les 90 ans, mais le souvenir du Vietnam et de son peuple reste aussi frais dans sa mémoire qu’au milieu de la guerre quand elle a rapporté le courage de ces hommes et de ces femmes qu’elle ne pourrait jamais oublier.

À la question d’Ernesto Cuní de savoir si elle ressentait de la peur pendant la guerre, elle a répondu sans hésitation : « Non, je n’ai jamais été une femme peureuse ».