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Martí est-il né dans La Cabaña ?
Par Luis Hernández Serrano Traduit par Alain de Cullant
Des indices dans le dossier militaire du père de l'Apôtre, trouvé en Espagne, ont alimenté le débat sur le lieu où le Héros National est né le 28 janvier 1853 car, en d'autres occasions, des doutes ont surgi sur le fait transcendantal de l'histoire nationale a eu lieu dans une petite maison de la rue de Paula.

« Rien n’est plus juste que de laisser les choses de l'histoire dans la vérité », a déclaré José Martí dans un article intitulé A la colonia española, dans la Revista Universal de Mexico, en 1876. Et la vérité est qu'il y a un point dans l'histoire du Héros National cubain qui, comme l’a dit le poète José Lezama Lima, est un autre « des mystères qui nous accompagne ».

Des indices dans le dossier militaire du père de l'Apôtre, trouvé en Espagne, ont alimenté le débat sur le lieu où le Héros National est né le 28 janvier 1853 car, en d'autres occasions, des doutes ont surgi sur le fait transcendantal de l'histoire nationale a eu lieu dans une petite maison de la rue de Paula.

Le document avec les détails curieux a été obtenu, en 2006, par l'historienne cubaine Olivia América Cano Castro - biographe de Doña Leonor, la mère de l'Apôtre - grâce aux recherches du Dr Manuel de Paz, professeur d'Histoire Américaine de l'Université de La Laguna, à Santa Cruz de Tenerife.

Le professeur l'a transcrit et l'important écrivain et chercheur sur la vie de Martí, Luis García Pascual en a reproduit une partie dans la page 45 de son livre José Martí. Documentos familiares, publiés en 2008 par la maison d'édition Abril.

« Deux notes qui contiennent ce dossier, inclinent, inévitablement, à rouvrir l'analyse du sujet de savoir si Martí est né ou non dans La Cabaña », a commenté l'historienne.

Dans la première de ces notes du dossier militaire, il est dit : « (...) Le Ministère demande un Certificat de l'Ordre par lequel on oblige les Premiers Sergents d’Artillerie en poste dans la Forteresse de La Cabaña (la Havane) à résider dans ladite forteresse ».

Et dans l’autre : « Un certificat attestant que Doña Leonor Pérez Cabrera, épouse du sergent D. Mariano Martí Navarro, a été hospitalisée dans l’infirmerie de la forteresse de La Cabaña, ou Castillo del Morro de la Habana, pour la naissance d'un garçon et une fille, qui ont eu lieu les 28 janvier 1853 et 29 juillet 1854, respectivement… ».

Presque sur la signature de l'authenticité du document, il y a une dimension disant : « Il n'y a rien ». Et l’on conclu : « Je certifie que cette photocopie est la reproduction du document qui est gardée dans cette archive, section 1 : division - M-931 et compte huit pages. Segovia, le 5 octobre 2006. Le colonel directeur Fdo. José Ignacio Vázquez Montón ».

L'historienne suppose que le « Ministère » qui a demandé la confirmation doit avoir été celui de la Défense. Et, étant donné qu’on n’a pas trouvé les données pour les certificats demandés, après plus d'un siècle et demi, si on ne peut pas démontrer la naissance de Martí dans La Cabañala, on ne peut pas la nier, compte tenu de la bureaucratie militaire espagnole de l'époque.

Un débat en deux époques

La spécialiste Olivia América Cano, dans une interview avec ce journal, a abordé l'origine et la résurgence de l'hypothèse selon laquelle Martí est né dans la forteresse de San Carlos de la Cabaña, une édification qui a commencé à être construite le 4 novembre 1763 et qui a été achevée en 1774.

« La première personne à aborder publiquement ce sujet a été Dr. Gonzalo de Quesada y Miranda, fils de Gonzalo de Quesada y Aróstegui, secrétaire personnel du Maître aux Etats-Unis », souligne Olivia.

Pour Gonzalo de Quesada y Miranda — selon l'interviewée — la version que Martí soit née dans La Cabaña est due au couple cubain formé par Miguel Fernández Ledesma et Ángela del Castillo Agramonte, et aussi de leur fille Isabel Carolina Fernandez del Castillo, « Cocola », et de son mari Emilio D. Cassi, l’ayant tous commenté dans leur maison, à New York, où l'Apôtre a été logé en arrivant dans cette ville, le 3 janvier 1880.

« Miguel Fernández Ledesma (décédé en février 1891) avait partagé les chaînes de prisonnier politique avec l'adolescent Martí dans les carrières de San Lázaro. Quelques années plus tard, il a parlé dans sa maison de New York avec Don Mariano, quand le 31 octobre 1883, a été célébré le 68e anniversaire de celui-ci, avec également la présence de José Martí. Mariano était né à Valence, Espagne, ce jour-là de 1815 », réfère Olivia.

Elle explique que Quesada y Miranda, quand il a eu connaissance de ces considérations sur la naissance du cubain le plus universel, a demandé publiquement, à la fin de 1939, que l'Académie de l'Histoire Cuba clarifie ce fait.

Orientée vers Mme Sara del Prado, chef du département des Relations Culturelles du Ministère de l'Éducation et secrétaire de l'Association de Damas José Martí, qu’elle s’adresse à l'Académie, ce qu'elle a fait le 27 octobre 1939. Et le 23 novembre, l'institution a nommé, à cette fin, une Commission formée par messieurs Joaquín Llaverías, Emilio Roig de Leuchsenring et le propre Gonzalo de Quesada y Miranda.

Ils ont demandé les trois données, des photos, des antécédents et des témoignages à Arturo R. de Carricarte, directeur du Musée José Martí ; à Raúl García Martí, neveu de l'Apôtre, fils d'Amelia (la seule sœur survivante du Maître) ; à Juan Luis, José Antonio et Sebastián Gelabert Barruete, les enfants de Sebastián Gelabert Ferrer — déjà décédés — et ancien propriétaire de la maison située au numéro 41 de la rue de Paula ; à Enrique H. Moreno, journaliste retraité et au docteur Emeterio S. Santovenia, notaire public.

Selon Olivia, le rapport final de l'enquête était ; « (...) M. Gonzalo de Quesada y Miranda (...) informe (...) que les doutes que l’on pourrait avoir sur le lieu exact de la naissance de l'Apôtre sont dus, tout d'abord, à la version donnée par M. Emilio D. Cassi et dont parle également, dans sa lettre, le Dr. José Antonio Gelabert dans le sens que Martí soit né dans la caserne 7 de La Cabaña (...) où était cantonné le père de Martí (...) premier sergent du Corps Royal d’Artillerie.

« M. Cassi et son épouse soutiennent également que le fait d'avoir baptisé Martí dans l'église del Santo Ángel Custodio (qui correspondait au quartier voisin de la maison de Paula) renforce l’affirmation susmentionnée.

« M. Quesada y Miranda a trouvé parmi les documents conservés dans les Archives Nationales un dossier de l'année 1865 sur les fortifications de La Havane, qui stipule que La Cabaña comptait non seulement des casernes pour les troupes (...) mais aussi une chapelle et d'autres dépendances, ce qui pourrait induire à croire qu'il y avait une certaine probabilité dans ce qui était affirmé (...).

« De même (présente le rapport), dans le dossier de Martí, M. Quesada a été frappé que, dans ce que le Maître a légué à son père Gonzalo de Quesada y Aróstegui, parmi ses notes intimes rien ne mentionne la rue où il est né, se souvenant cependant de ses premières impressions dans la rue Refugio (...) ».

« Cependant (affirme la Commission), M. Quesada (...) n'a jamais trouvé de données justifiant de telles versions ».

Le rapport conclut : « (...) il est nécessaire d'enregistrer qu'il n'y a pas ou qu’aucun document n'a été présenté, signé directement par Leonor Pérez Cabrera, la mère de Martí, notant que son fils est né au numéro 41 de la rue de Paula (...). En outre, il n'y a aucun document de la mère du Héros certifiant que son fils est né dans La Cabaña ».

La Commission a déclaré — même si elle semble se contredire dans le paragraphe précédent — que « tous les moyens de recherche proposés et considérés comme pertinents soient épuisés, et après avoir soigneusement mesuré le contexte, on arrive à la conclusion qu’il n’y a aucun apport permettant de varier la version acceptée que José Martí y Pérez, Apôtre des libertés cubaines, soit né dans la maison de Paula (...). La Havane, 16 août 1940 ». Et signé par les trois membres de la Commission.

En outre, dans Pifias sobre Martí, une entrevue que j’ai faite à Luis García Pascual, le notable chercheur sur la vie de Martí, publiée dans le journal Juventud Rebelde le 12 novembre 2004, il a commenté que « Blanche Zacharie de Baralt, en une occasion, a publié que Don Mariano, le père de Martí, lui avait dit que son fils Pepe était né dans La Cabaña, là où est née sa fille Leonor (...) ».

Mme Blanche Zacharie était une grande amie de la famille.

Olivia America suggère de prendre en compte que Gonzalo de Quesada y Miranda (Washington, 2 mars 1900 – La Havane, 12 septembre 1976) a été l'auteur des trois volumes des Los papeles de Martí, édités par l'Académie d'Histoire de Cuba entre 1933 et 1935 ; de la première édition des Obras Completas de Martí, par la maison d’édition Trópico, durant la même époque, et des livres Las facetas de Martí (1939), Martí hombre (1940) et La interrogante de Dos Ríos (Anuario Martiano, numéro 6, de 1976).

Crédit et incertitude

La création d'une commission de recherche et la publication intégrale de son rapport dans les Anales de la Academia de la Historia de Cuba, en 1942, est vue par l'historienne Olivia America Cano comme une démonstration que Gonzalo de Quesada y Miranda a accordé un certain crédit à l’affirmation que Martí est né dans La Cabaña.

« Quand Gonzalo de Quesada a demandé à créer la commission d'enquête, le Dossier Militaire de Mariano n'était pas connu, mais avec deux demandes de personnes inconnues et non satisfaites, il reprend ce doute historique », a déclaré l'interviewée.

On sait, suite aux recherches faites par l'investigatrice, que Don Mariano a visité La Cabaña en 1868 pour des raisons de travail, pour voir ses anciens camarades d'armes, et qu’il y a été avec son fils unique.