IIIIIIIIIIIIIIII
Martí au cinéma avant 1959
Par Salvador Arias García Traduit par Alain de Cullant
C’est un bref aperçu, jusqu’au triomphe de la Révolution en 1959, des relations qui ont existé entre notre Héros National et le septième art.
Illustration par : Carlos Enríquez

Lors de la première du film cubain sur le Maître, intitulé José Martí: el ojo del canario, sous la direction de Fernando Pérez, nous ne croyons pas inutile de réaliser un bref aperçu, jusqu’au triomphe de la Révolution en 1959, des relations qui ont existé entre notre Héros National et le septième art. En fait, c’est pratiquement après la mort de José Martí, en 1895, que le cinématographe donne signe de vie, un développement rapide qui le converti en l’appelé « art du XXe siècle ». À ce titre, le cinéma a commencé à être le reflet des cultures, des histoires et des aspirations des divers peuples. Ce n’est donc pas étonnant que la personnalité de José Martí ait attiré l’attention, comme une partie cruciale de l’imaginaire national, à Cuba, où les films ont commencé à être réalisés très tôt mais modestement.

 

Mais une approche de Martí comportait beaucoup de risques, en présentant en voix et action, spécialement pour la dévotion que le public cubain éprouve pour lui. Un projet des années 40, intitulé La que se murió de amor. La niña de Guatemala, a suscité de nombreux doutes. Le film a commencé à être tourné le 2 septembre 1942, sous la direction d’Ángelo Hernández de Velazco, qui signait artistiquement comme « Jean Angelo ». Il a pensé premièrement à un court-métrage d’environ une heure, raconté et sans dialogues. Postérieurement ils ont inclus ceux-ci avec les voix du présentateur Mario Viera et de l’actrice Marta Elba Fobellida. Des acteurs de théâtre bien connus de l’époque, Gaspar de Santelices et Reynaldo de Zúñiga ont joué dans ce film. Plusieurs parties du film ont été tournées dans la résidence d’Antonio Iraizoz, à Santa María del Rosario. On a dit que le scénario a été fait avec la participation des intellectuels Andrés Nuñez Olano et Francico Ichaso. Rien n’a sauvé le film le plus retentissant échec, si retentissant que sa projection a été interdite et qu’aucune copie a été gardée.

 

L’état du cinéma national, en relation étroite avec le puissant consortium mexicain, n’était pas en mesure, artistiquement et techniquement, d’effectuer une approche digne de l’incommensurable personnalité de Martí. En février 1946, un article paru dans la revue havanaise Estrellas Continentales, confirme comment allaient les choses. Il parlait de la présence à Cuba d’un metteur en scène mexicain appelé Contreras Rojas qui avaient l’intention de tourner deux films dédiés, rien de moins, qu’à Antonio Maceo et José Martí. Il affirmait que les dialogues de La vida de Martí seraient à la charge de Francisco Ichaso qui, durant cette époque, était liée à la plupart des projets de film sur Martí. Le président de la République, Ramón Grau San Martín, lui avait promis deux Corps Tactiques pour les batailles du film. Et les artistes seraient des cubains résidant au Mexique, tels qu’Enrique Herrera, dans le rôle de Martí, et Otto Sirgo dans celui de Maceo. Le casting féminin se composerait de Carmen Montejo et des danseuses de rumba María Antonieta Pons et Blanquita Amaro. Nous pensons difficiles qu’il puisse avoir eu l’assessorat de Jorge Mañach, comme prétendait le directeur. Heureusement et logiquement, le projet n’a pas eu de suite.

 

Malgré l’échec retentissant de La que se murió de amor, un des plus grands dans notre industrie cinématographique, Angelo a insisté sur une autre aventure filmique et, en 1952, il a dirigé Los zapaticos de rosa, un court-métrage produit par l’alors Ministère de l’Information. Il y a une copie de ce film pas très bon. Le critique cubain Luciano Castillo le considérait comme un film « incontestablement ringard », avec « des images qui suivent le texte connu à la lettre », sans « lyrisme, ni fraîcheur, ni spontanéité ». Le film correspondait à une étape nationale néfaste, après le coup d’état de Fulgencio Batista en mars 1952. Pour commémorer le centenaire de José Martí en janvier 1953, le dictateur voulait, sans scrupules, profiter du fait à son avantage, et le cinéma lui résultait un terrain propice pour cela. Il a utilisé la personnalité de Martí pour faire de la propagande en sa faveur dans des courts-métrages Patría y niñez (1954) et Homenaje martiano (1957). Mais son grand projet était de faire un long-métrage de fiction dédié à l’éminent personnage.

 

Batista a déterminé un budget de 200 000 pesos pour la réalisation du film, une somme nous paraissant modique aujourd'hui mais qui, apparemment, signifiait le budget le plus important jusqu'alors pour un film cubain. Il a sélectionné le Mexicain Emilio « Indio » Fernández comme directeur, selon la presse de l’époque son ami proche, mais sans aucun doute le cinéaste le plus notable d’une industrie cinématographique historiquement tant liée à Cuba. La présence de l’« Indio » impliquait également le travail du célèbre photographe Gabriel Figueroa, un classique dans son métier au niveau universel. Le propre directeur a participé à la préparation du scénario, avec Mauricio Magdaleno, un écrivain mexicain qui avait publié un livre sur Martí en 1940, et Iñigo de Martino.

 

Fernández est venu à Cuba pour sélectionner une partie du casting et les lieux de tournage. Il y avait presque autant de Mexicains et de Cubains travaillant dans ce film. Le tournage a commencé le 2 novembre 1953 et a duré 12 semaines. Il y a eu de grandes discussions quant au choix de la distribution car le rôle principal a été attribué à Roberto Cañedo qui, contrairement à Martí, était grand et robuste et avait un indiscutable accent mexicain. Mais c’était seulement un des nombreux aspects discutés avant le tournage du film, qui avait comme titre La rosa blanca. Momentos de la vida de José Martí. En fait, c’était le film de Batista. Et que ce soit le funeste dictateur, négateur des principes martianos dans la pratique, qui a tenté de lui rendre hommage, a indigné la quasi totalité du peuple cubain. Ceci est reflété dans la presse de l’époque, car le film est devenu, sans aucun doute, l’œuvre la plus controversée dans l’histoire de Cuba. Un bilan des textes parus dans divers médias offre, dans une vision préliminaire, plus de 300 entrées. La première du film a eu lieu le 11 août 1954, dans le cinéma Radiocentro, aujourd'hui Yara, une séance en faveur de la Maison de Charité et de Maternité, ainsi que dans les cinémas Oriente de Santiago de Cuba et Principal de Camagüey. Des artistes cubains, dont Raquel Revuelta et Gina Cabrera, ont refusé de participer au « Gala de la Grande Première ».

 

Peu de temps après, en septembre 1956, un film étasunien, Santiago, traitait de façon irrespectueuse et fictive la personnalité de José Martí. Le film de Warner Brothers, avec Alan Ladd comme le protagoniste, présentait les étasuniens comme héros de la libération cubaine du colonialisme espagnol, selon les classiques schémas à l’usage dans le cinéma yankee quant à son traitement de l’histoire latino-américaine. José Martí était une sorte d’aventurier, gros, bien vêtu et mulâtre, toujours vivant en 1898. Sa présence sur les écrans havanais a suscité de nouveau des discussions sur Martí et le cinéma, un milieu dans lequel il n’y avait pas une relation adéquate. Ce n’est qu’avec le triomphe révolutionnaire de 1959, et la création de la l’ICAIC (Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique), que la production filmique cubaine prendrait de nouveaux et prometteur chemins pour s’approcher de José Martí.