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Martí à Cuba aujourd'hui
Par Pedro Pablo Rodríguez Traduit par Alain de Cullant
Ce 28 janvier, nous nous rappellerons de l’authentique pensée et du legs indéniable de notre Apôtre à l’occasion du 163e anniversaire de sa naissance.
Illustration par : Mariano Rodríguez

Ce 28 janvier, nous nous rappellerons de l’authentique pensée et du legs indéniable de notre Apôtre à l’occasion du 163e anniversaire de sa naissance. La veille de sa mort en combat José Martí a écrit avec une entière conviction : « Je sais disparaître, mais mes pensées ne disparaîtront pas ». Il se référait peut-être au fait que les circonstances du mouvement libérateur puissent le conduire à devoir partir de Cuba et, éventuellement, à perdre son incontestable autorité. Avec son honnêteté et son don de soi proverbiale il manifestait son manque d'ambition personnelle pour l'exercice du commandement et il affirme, sans vanité, sa conscience de combien il a imprégné les idées de son programme révolutionnaire chez les patriotes. Sans aucun doute, il avait confiance à la portée obtenue par sa pensée, exposée durant de nombreuses années à travers des écrits, des discours, de l’échange fraternel face à face et, en particulier, au moyen de son travail méticuleux en tant que Délégué du Parti Révolutionnaire Cubain.

Ni le défaitisme ni aucune vocation suicidaire se cachait dans ses mots de la lettre qu’il a commencé dans le campement de Dos Ríos le 18 mai 1895, et qui est restée inachevée suite à sa mort en combat le lendemain. Il ne faut pas oublier que dans ce document il expliquait qu'il se dirigeait vers Camagüey avec Máximo Gómez afin de convenir et de former le gouvernement de la révolution et qu'il sollicitait également à son destinataire – son ami de toujours Manuel Mercado, alors sous-secrétaire du Gouvernement du Mexique – l’appui pratique de cette nation sœur envers la lutte indépendantiste cubaine.

Ceux qui connaissent José Martí doivent comprendre les racines essentielles de sa personnalité, ainsi que son analyse précoce et brillante de la signification de Cuba libre pour les destin des Antilles, des Amériques et du monde, comprendre qu’en manifestant la viabilité de sa pensée n’exclue peut-être pas l'extension de celle-ci vers un avenir de longue durée. Son énorme capacité de don de soi, de service, de travail pour le bien de l'homme et de l'humanité moderne - comme je l’ai dit plus d'une fois – on dû lui faire comprendre, certainement, que les projections de sa pensée s’étendaient vers un long avenir.

Il le dit dès son jeune âge, en 1876 : « … seuls vivront dans l'avenir ceux qui l’ont prévu ». Et, déjà en pleine maturité, il écrit en 1892 dans le journal Patria, avec une certitude absolue : « … l'avenir nous appartient… ».

Si, en vie, il a gagné la direction patriotique en lutte constante, après sa mort il a acquis la valeur de symbole de la nation et sa pensée et son exemple ont été une stimulation pour le travail de nombreuses personnes envers la nouvelle république pour laquelle il s’est battu, libre de l’Espagne et des États-Unis, et promotrice de la consultation latino-américaine.

De telles fins, qu’il a synthétisé dans l'expression « déchaîner l'Amérique et libérer l’homme », indicative de son désir de pleine liberté, ont poussé plusieurs générations de Cubains durant plus d’un siècle. Et donc, encore et encore, on corrobore la prise de conscience de combien il nous est nécessaire de revenir à José Martí.

La nation qui a survécu à l'impact de la disparition du système mondial du socialisme, de la crise de la pensée qui la soutenait de l’essor du libéralisme affligeant, du moment de l'unipolaire étasunien, tente maintenant d’atteindre une prospérité soutenable sans perdre l'équité, la fierté et la justice sociale. Une révolution qui a triomphé avec ses propres forces et de ses propres idées, qui a mis fin à l'hégémonie et la dépendance étasunienne et qui transforme notablement le pays et le peuple, exige aujourd'hui autant d'audace et de courage que dans ses premiers jours, quand elle n'a pas titubé devant des obstacles et des ennemis apparemment insurmontables.

Le projet de José Martí doit être poursuivi pour l’équilibre, aussi bien dans le pays que sur une planète dont les capacités de vie ont tendance à s'épuiser. « Prévoir c’est vaincre », a écrit Martí après l'échec du Fernandina qui a étouffé le plan d’une guerre rapide, moins coûteuse en vies et en ressources, et qui aurait pu empêcher l’intromission intéressée des États-Unis. La longue bataille de la pensée assumée par José Martí pour diriger le mouvement patriotique sur les chemins de la révolution de la pensée et non pas de l’éclatement colérique et improvisé, avec le soutien de la « masse douloureuse », « le véritable chef des révolutions », comme il a dit, a abouti à l'enthousiasme et l'engagement du peuple cubain durant la Guerre de 1895.

L’engagement populaire de ces dures années de survie a été complété par la participation enthousiaste de ceux qui ont fait l'histoire, pour un projet adéquate aux circonstances actuelles et aux besoins nationaux. C’est pour cette raison que l’on doit assumer la prévision, la connaissance réelle de nos problèmes et non pas l'adoption acritique des modèles et des règles d'autres réalités, être original sans dessiner l’expérience étrangère qui peut être valide, maintenir la fermeté des convictions et faire de la patrie un autel, pas un piédestal.

Comme à l'époque, l'éthique humaniste, solidaire et justicière de José Martí est essentielle. Il serait peu désirable de disposer de hauts niveaux d'indicateurs économiques si l’on n’élève pas le poids des valeurs morales et la prédominance d'une culture matérielle et spirituelle ancrée en elles. Au début de son adolescence, José Martí a rejeté  le mercantilisme qui, selon lui, soutenait le haut niveau de prospérité des États-Unis : « Maudite soit la prospérité à un tel coût ! ».

Ce risque de prospérité mercantile, manifeste dans la société cubaine d'aujourd'hui, ne peut pas être admis parce que l’on perdrait la partie. Une société mercantile ouvrirait les portes sans violence à l'hégémonie impériale, qui prétend désormais s’imposer depuis la convivialité. Une société régie exclusivement par le marché se polariserait en antagonismes diviseurs et s’affaiblirait dans son identité. Le socialisme n'est pas concevable avec la misère matérielle, mais non plus avec la misère morale et spirituelle. La nation sera respectée dans la mesure où elle se respecte pour ses valeurs. Chercher donc, la prospérité, plus avec tous et pour le bien de tous, avec le but de attirer toute la justice, comme Martí l’a convoqué à Maceo, sans recouler dans la bataille quotidienne pour le perfectionnement moral individuel et social. Il faut la bonheur et la force de l’honneur.

Contre le joug qui abêtit l'être humain, l’étoile qui illumine la vertu et qui tue la décadence morale. Ceci est la grande tâche à laquelle nous convoque José Martí.