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Mariana de Gonitch : La Russie et Cuba dans un seul cœur
Par Cosset Lazo Pérez Traduit par Alain de Cullant
Pour nous rapprocher de la vie de « La Diva de Saint-Pétersbourg ». - qui a vécu jusqu'à 93 ans - il n’y a pas de meilleure ressource que de plonger dans les souvenirs d’Hugo Oslé, qui fut son fils et confident.
Illustration par : Liborio Noval

Un autel de photos et de souvenirs éternise ici la présence – quasi irrésistible – de la soprano Mariana de Gonitch qui abritait dans sa poitrine un cœur palpitant pour sa Russie natale et pour Cuba.

Entrer dans la maison du ténor cubain Hugo Oslé - son disciple bien-aimé – c’est apporter au présent l’image d’une femme tendre et forte, de teint caucasien et ayant un regard profond : c’est simplement renaître dans la beauté angélique de la Diva de Saint-Pétersbourg.

Une étoile, c’est ce que fut Mariana au cours de sa longue et fructueuse vie, illuminant avec sa voix et sa sagesse le cœur des amateurs du Bel canto et de tant d’amis qui chérissent encore la candeur de la grande chanteuse.

Pour nous rapprocher de la vie de cette femme spectaculaire - qui a vécu jusqu'à 93 ans - il n’y a pas de meilleure ressource que de plonger dans les souvenirs d’Hugo Oslé, qui fut son fils et confident.

L’existence de Mariana a été entourée d’événements forts, le premier de ceux-ci marqué par les adieux à sa bien-aimée Russie, où elle ne revint jamais, emportant dans la tombe une nostalgie perpétuelle.

Des conversations entre la chanteuse et son fils cubain donnent foi que devant le danger imminent de la première guerre mondiale (1914-1919), son père, Amiral en Chef de la Marine Russe, a décidé de la protéger et il l’a envoyé en France avec sa mère et sa sœur.

« La sortie de Saint-Pétersbourg a été très dure pour elle », a déclaré Hugo Oslé à l’agence Prensa Latina devant un sanctuaire de photos de la Diva qu’il conserve chez lui et où se trouve également son piano.

En quittant la Russie, Mariana possédait déjà une formation artistique de bel canto dans la Conservatoire de Marinsky, qui sera postérieurement le ciment fondamental de son succès sur les scènes d’Allemagne, de France, d’Italie, de Suisse et des États-Unis.

À Paris, elle a cultivé ses aptitudes pour le chant avec l’appui du ténor français Paul Lherie qui, en 1875, a étrenné l’opéra Carmen, de Georges Bizet, basé dans le roman homonyme de Prosper Mérimée.

À mesure que sa carrière croissait, se forgeait également en elle une inébranlable position révolutionnaire qu’elle commença à défendre quand elle a apporté des provisions pour les alliés dans la ville russe de Mourmansk, sous le couvert d’un récital dans lequel elle participerait.

À Paris elle a connu la pensée progressiste de Juan Marinello, de Nicolás Guillén, de Paco Alfonso et de Carlos Rafael Rodríguez, avec qui elle coïncidait, surtout quant aux idées de liberté et d’égalité.

« Elle a toujours été une femme très exquise, très élégante, d’une beauté éblouissante, mais très rebelle », a assuré Hugo Oslé en rappelant certaines des caractéristiques de sa professeur.

Quelques années sont passées et, en 1923, elle a été reconnue comme une grande diva dans l’Opéra de Paris avec des œuvres telles que Faust et Don Giovanni, pour n’en citer que quelques-unes.

L’amour, un chemin sûr vers Cuba

Au cœur du succès international, Mariana a fait la connaissance du saxophoniste cubain Peter Guida à Paris, qui l’a amenée dans les bras de Cuba suite à son mariage, une île qu’elle a adopté comme sa seconde patrie grâce à ses amis et ses admirateurs de l’âme progressiste et, ensuite, brillants révolutionnaires.

Le couple arrive à La Havane le 9 octobre 1940 pour s’installer définitivement et asseoir ici un patrimoine culturel qui surmontera les obstacles du temps.

Quelques mois après son arrivée à Cuba, le 30 septembre, Mariana a fait vibrer le théâtre Auditorium de La Havane avec sa voix mélodieuse, un événement qui a marqué l’histoire du bel canto à Cuba.

Sur la base de principes tels que la dignité, la gratitude et le respect, la pensée progressiste de la Diva a commencé à se renforcer quand elle a fait partie de la Commission de Propagande de la Guerre.

Cette organisation comptait aussi la présence de José Manuel Valdés Rodríguez et Conchita Gallardo, deux éminents et grands intellectuels du mouvement révolutionnaire cubain de cette époque.

Le 10 octobre 1942 elle s’est présentée dans ce qui est maintenant le Grand Théâtre de La Havane Alicia Alonso pour chanter l’hymne soviétique et la première du cantique La Libertad, une œuvre comptant une musique de Pedro Guida et des textes de Nicolás Guillén.

Un an plus tard naissait le Front National Antifasciste, dans lequel elle a milité et qui a augmenté sa présence dans les cérémonies ayant une forte connotation progressiste.

Sa présence dans les travaux politiques a eu une telle importance qu’elle a reçu, en 1944, une note de remerciement pour son soutien dans la victoire sur les envahisseurs hitlériens du Ministère des Affaires Étrangères de l’Union Soviétique.

Durant les dernières des années 1940 elle a participé à l’acte officiel de la constitution du Parti Socialiste Populaire, germant comme un des précurseurs de la Fédération Internationale Démocratique des Femmes et elle a été l’invitée d’honneur pour intégrer l’Organisation Mondiale des Femmes.

En 1957, ajoute le maestro, elle a reçu l’Ordre d’Honneur pour le Mérite, ainsi que la Médaille et le Grade de Lieutenant par la Croix Rouge Internationale, reconnaissant son grand travail politique durant la guerre, un témoignage photographique qu’Hugo Oslé conserve jalousement.

Un soutient total envers la Révolution cubaine

En 1960, après le triomphe de la Révolution cubaine, Mariana a convoqué un concert dans le Salon des Ambassadeurs de l’hôtel Habana Libre, où elle a chanté avec un groupe de ses élèves en présence du leader Fidel Castro.

À la fin du récital, Fidel s’est entretenu avec la Diva russe et certains de ses élèves, une approche qui a renforcé l’attachement de la soprano au processus que dirigeait le leader cubain.

Hugo Oslé compte que c’est ainsi qu’a commencé une relation d’amitié et de dévouement envers Fidel Castro qui, à plusieurs reprises, a sollicité le conseil de Mariana pour tenter d’améliorer la dysphonie occasionnée par ses longs discours lors des premières années de la Révolution.

Au cours de sa vie à Cuba, Mariana a combiné la vocation artistique et politique dans des cérémonies comme la constitution de l’Association Nationale des Émigrés Révolutionnaires, qui a eu lieu en 1963 dans l’Amphithéâtre de l’Université de La Havane, où était présent le leader historique de la Révolution cubaine.

Des endroits emblématiques havanais comme le Parc Lénine comptent son inestimable empreinte car lors de l’inauguration dudit centre - et à la demande de l’héroïne Celia Sanchez Manduley - deux de ses meilleurs élèves ont chanté : le ténor Mario Travieso et la soprano Esther Valdés.

Avec son soutien, l’art lyrique cubain a mûri et a eu comme un de ses grands moments la première tournée internationale du Théâtre Lyrique National de Cuba dans plusieurs nations socialiste en 1974.

À cette occasion, l’interprétation d’Esther Valdes dans la Cecilia Valdés du maestro Gonzalo Roig, a remporté le Grand Prix du Festival International de Théâtre en Allemagne.

« Mariana était un peu mystique, parfois rare, elle établissait des dialogues très spéciaux avec moi », rappelle Hugo Oslé au milieu de paroles agitées qui lui rappellent des épisodes d’un passé pas si lointain.

À la fin de la longue conversation naît une douce sentence pour l’histoire des lèvres de son disciple bien-aimé : « La Diva de Saint-Pétersbourg est sans aucun doute l’esprit de la Russie à Cuba ».

Comme l’a dit son grand ami, le poète national Nicolas Guillén, Mariana a appris à chanter à la moitié du peuple cubain et, ainsi, elle a laissé dans cette île non seulement ses restes mortels, mais un cœur qui bat, immortel, pour les deux Nations.