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Manuel Mercado : l’ami mexicain de José Martí
Par Pedro Pablo Rodríguez Traduit par Alain de Cullant
Aucun des deux ne pouvait imaginer combien la longue profonde amitié les unirait quand ils se sont rencontrés dans la gare de Buenavista de Mexico le 10 février 1875.
Illustration par : artistes cubains

Aucun des deux ne pouvait imaginer combien la longue profonde amitié les unirait quand ils se sont rencontrés dans la gare de Buenavista de Mexico le 10 février 1875. Manuel Mercado de la Paz accompagnait Mariano, le père du jeune diplômé en Droit, Philosophie et Lettres en Espagne, car il était voisin de cette famille qui venait de Cuba à la recherche d’une amélioration économique qui n’était pas apparue. Le Mexicain avait soutenu le mariage et les filles qui l’accompagnaient dans la tâche ardue d’ouvrir leur chemin dans cette capitale.

Certes, les parents et les sœurs lui auraient parlé du premier-né, déporté dans la métropole, rimant des vers depuis son enfance et étudiant brillant, qui venait pour offrir ses capacités pour le bien des siens. Le père a-t-il demandé à Mercado sa compagnie comme soutien pour informer le fils de la mort, le mois précédent, de sa sœur Ana, comme l’appelait Mariana Salustiana, la seconde des sœurs, la favorite de Pepe, enterrée précisément au panthéon de la famille Mercado ?

Ainsi, cette première rencontre dans des circonstances aussi tristes a dû approcher le Cubain de vingt-cinq ans avec le trentenaire mexicain, un avocat, qui avait été député et sénateur et qui travaillait depuis quelque temps comme secrétaire du gouvernement du District Fédéral. La preuve de cela est que trois semaines après le jeune récemment arrivé publiait déjà son premier article dans la Revista Universal, un journal aligné avec la Réforme libérale et soutenant le gouvernement de Sebastián Lerdo de Tejada, le successeur de Benito Juárez. Dès lors, la montée de Martí dans la vie intellectuelle mexicaine et les réseaux politiques est liée avec Mercado.

Après le départ de Martí pour le Guatemala, Mercado fut l’un des organisateurs du mariage du Cubain avec Carmen Zayas-Bazán à Mexico et il s’est occupé de l’impression du livre de Martí intitulé Guatemala, une étude remarquable sur le pays d’Amérique Centrale et sur la réforme libérale qui s’y déroule. Dès lors la communication entre les deux a été par des lettres prouvant la confiance de l’homme qui a mûri chez l’ami mexicain. Ils ont partagé des jours en famille en 1894, durant le voyage rapide de Martí au Mexique à la recherche d’aide pour une Cuba libre.

Il y a 135 lettres jalousement conservées par Mercado, remises à Emilio Roig de Leuchsenring, l’historien de La Havane, par l’un de ses fils. Grâce à cela le peuple cubain et les érudits de l’œuvre martienne ont pu disposer de cette volumineuse correspondance qui nous permet non seulement de comprendre certains événements de la vie de son auteur, mais surtout ses affaires les plus intimes telles que ses relations avec sa femme, son fils, ses parents et ses sœurs. Malheureusement, celles envoyées du Mexique ont été perdues, ainsi que la plupart des missives reçues par Martí, des années après sa mort. Si nous les avions, nous pourrions mieux comprendre certains sujets abordés par le Maître et la profondeur de cette amitié entre les deux serait appréciée dans toute sa portée.

Quant à celles du Cubain, de grande fréquence dès 1884, nous savons comment Mercado a montré la présence des chroniques de Martí sur les États-Unis dans le journal mexicain El Partido Libéral, de son aide pour la distribution et la vente au Mexique de la traduction du roman Ramona, des angoisses clairvoyance du Cubain sur la position expansionniste croissante du voisin du Nord vers notre Amérique, comme il le déclare ouvertement dans sa lettre du 18 mai 1895, inachevée par sa mort au combat le lendemain. Pour Mercado, sa femme et ses enfants, le Cubain était un de plus de cette famille. Et il n’y a aucun doute : Mercado était vraiment, comme Martí l’a dit dans ses lettres, le cher ami et le cher frère, très chéri, très cher.

 

(Tiré de Habana Radio)