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Manuel Mendive : « Comprendre beaucoup de choses de mon identité »
Par Lisday Martínez Saavedra Traduit par Alain de Cullant
Manuel Mendive s’est approprié de l’enchantement transculturel hérité de ses ancêtres. Il se redécouvre et montre sa plus authentique poésie à travers ses peintures, ses sculptures en bois et en métal et ses performances.
Illustration par : Manuel Mendive

Entrer dans un univers figuratif et surprenant, dans lequel l’habituel acquiert une catégorie mythologique et où les traditions religieuses africaines sont modelées dans un mouvement de recherche créative, est exprimer les labyrinthes où passent en partie les arts plastiques cubains. En ce sens, les apports culturels s’entrecroisant pour dépasser les limites de ses frontières sont dissemblables, rendant que ces pratiques artistiques et esthétiques s’établissent sur ce continent, sauvegardant les modifications qui ont souffert en se fusionnant avec les autres cultes existant dans l'île. Ainsi, aujourd'hui, nous profitons d’une culture notable et dynamique qui a eu un impact profond sur nos expressions identitaires.

Les religions africaines sont un fidèle reflet de riches histoires, philosophies et cultes. Un art qui se tonifie pour les gens qui le cultivent et qui y placent leur foi. Savoir qu'il a servi à de nombreux artistes et mouvements contemporains et que, poussés par ces coutumes, ils ont réalisé une ligne artistique restauratrice et une œuvre qui a fait évoluer les dogmes qui identifient ce peuple. Un métier, de plus, qui se déroule dans un art essentiellement social, d’où qu’il soit fortement conditionné par les habitudes.

La danse, la littérature et la musique se somment à cette festivité visuelle. La première, comme une partie indissoluble des très anciennes pratiques, où sont inclus plusieurs éléments du langage corporel africain, mais, en même temps, qui coexiste avec d'autres univers de la danse moderne. La deuxième, dont je pense que c'est probablement le plus populaire, car les mythes ou patakines, proverbes et surtout la poésie, ornent les vastes attributs ; ils se lient aux complexes rythmes et mesures, marqués par les différents instruments de musique comme des symboles éducatifs et de transfert historique.

La mort est un autre des rites qui génère une grande production artistique, en quelque sorte, on pense que les morts sont toujours présents dans le monde des vivants et avec la capacité d'avoir une influence dans leur vie, pour le meilleur ou pour le pire. C’est pour cette  raison, afin de faire plaisir aux défunts et aux différentes divinités, que des événements protocolaires, des offrandes et même des objets sculptés sont réalisés. Toutes ces représentations sont aidées par les arts plastiques et elles sont des motifs d’œuvres exquises.

La recherche et la revendication, au son des courants de la reconquête, légitiment une culture qui naît de l'amour et du respect des traditions pouvant être vus dans l'identité, la puissance, l’équilibre et, surtout, dans une croyance ferrée dans son histoire et ses racines. Donc, l'unité, l'harmonie avec les ancêtres et les esprits, font partie intégrante du concept de son système de valeurs.

Promu par le processus social qui le fait vivre, Manuel Mendive, avec acceptation et comme la plus haute expression d’une cubanité de laquelle a parlé à plusieurs reprises Don Fernando Ortiz, s’est approprié de l’enchantement transculturel hérité de ses ancêtres. Il se redécouvre et nous montre sa plus authentique poésie à travers ses peintures, ses sculptures en bois et en métal et ses performances. Dans cette tentative, il met à nue sa vision historique de l'hier et de l'aujourd'hui mais, surtout, la continuité et la fierté qu'il ressent pour être un Cubain résultant d’un merveilleux mélange et, aussi, pour être noir et intellectuel aujourd’hui.

Son lien avec l'expression artistique a de nombreuses facettes : depuis la jouissance esthétique, l’engagement social, jusqu’à ses obsessions et ses valeurs personnelles. Malgré cette diversité, son art comprend de forts composants critiques, une réponse à la radicalité du contexte social dans la Cuba des années soixante du siècle dernier et la passion pour une religion qui, depuis un certain temps, n'est pas plus une exclusivités des personnes noires. Mendive s’est dédié à créer un art ayant une signification universelle. Compte tenu de ses efforts et de ses persévérances pour maintenir une thématique controversée, je suis enclin à dire que son savoir-faire est doté d’un haut niveau créatif et inventif, donnant lieu à une richesse de nuances pour les particularités des histoires racontées.

Connaître en profondeur la complexe symbologie et les patakines Yoruba, font que cet artiste passionné s'inspire d'un monde de légendes entrecroisées. Bien que toute cette cosmologie soit extrêmement complexe pour se résumer dans ses toiles, il assume d’autres postures comme son plus fidèle moyen de synthétiser, dans une même expression, tant d'éléments précieux et exquis en couleurs, textures, expériences, chants, danses et théâtralité. En fin, que ses œuvres décrivent les anecdotes qui ont tendance à être d’une divinité ou d’événements qui lui résultent intéressants, mais chaque œuvre contient des symboles ou des propres signes d'une très ancienne culture qui favorisent ou retombent sur une signification ou sur une fonction spécifique.

Les mélanges de différentes techniques, sur différents supports et textures, servent pour libérer à la créativité de mythes extraordinaires. La sculpture et l'assemblage ont été la force motrice qui ont donné lieu à de la peinture sur bois combinée avec collage, à l'aide de tissus, de cheveux humains, de médailles et d’autres matériaux comme le bois avec des clous, la ferraille, les plaques de métal et de zinc.

Après son accident dans un bus, sa période sombre, comme certains critiques ont nommé sa première étape, est restée en arrière, et des œuvres pleines de couleurs contrastées apparaissent. Dans les matériaux il y a aussi des changements, car il reprend l'utilisation de techniques plus traditionnelles comme la gouache et l’huile. Ensuite il incorpore les héros, intégrant les figures révolutionnaires et celles du panthéon Yoruba. En outre, il s’approche à différentes manifestations de la danse cubaine et il reflète, en même temps, des événements sociaux et historiques ou de la littérature cubaine. Tout cela  en continuant à capter les traditions africaines qui ont été le moyen idéal qu’il a trouvé pour transiter dans les arts. Les thèmes un peu agressifs apparaissent dans ses premières œuvres, ensuite la subtilité et un peu de sagacité commencent à envelopper l’intentions d'autres, comme l'insinuation et la séduction dans une atmosphère suggestive, où les coquillages, les corps humains nus, de beaux dessins pleins de détails pensés, se voient dans son savoir-faire.

Sa foi et sa relation harmonieuse et équilibrée avec son environnement, où le champ et l'énergie sont essentiels dans la création de ses œuvres, et le voyage en Afrique, lui ont fourni des aires rénovateurs ; des séries ayant un plus grand dynamisme s’additionnent à son savoir-faire et l’ont poussé à faire de la peinture sur la peau du corps humain.

Vivre et travailler à Cuba apporte de nombreux privilèges ; le plaisir de l'avoir étudié, d’être en relation et appartenir à un peuple ayant des grands artistes qui ont également travaillé la culture afro-américaine tels que Roberto Diago et Wifredo Lam. Et d’avoir une œuvre qui cherche à se renouveler étant donnée l’imaginaire du propre artiste. L’art sortant des galeries habituelles pour envahir les parcs et d’autres espaces publics, pour aller derrière une pratique testimoniale de la narrative qui intègre la chronique tout en étant expérimentale. Le travail qui va à la recherche d'une tradition illustre, attachée aux mœurs et à la transfiguration de siècles d'accumulation artistique et culturelle. La vocation qui lui donne la possibilité de s’affilier aux modes et aux styles contemporains, mais avant tout de faire un art engagé avec la nature.

Entre 1964 et 1979, Mendive n'a pas été invité à faire des expositions personnelles dans notre pays, bien qu'ayant reçu différentes reconnaissances nationales et internationales. Ce n'est qu'en 1980 qu’il a réalisé sa première expo personnelle, « De lo real y maravilloso », à laquelle est venu son ami Wifredo Lam. Mendive à dit de son ami : « Lam a toujours été ma grande fenêtre pour regarder le futur et comprendre beaucoup de choses de mon identité. Ma grande fenêtre pour comprendre la dignification de l'homme métis, la beauté, la poésie et la magie des Caraïbes. Ma grande fenêtre pour connaître nos plus purs sentiments, les plus humbles » (1).

C’est un artiste proposant comme exercice créatif une séduction ou un flirt sur le plan de la réflexion artistique et conceptuelle. Le fait est que sa façon de faire promeut un sens plus large, une ouverture esthétique. Son appropriation des codes des profondes racines active ses possibilités communicationnelles dans des contextes vaporeux. Son oeuvre catalyse sa capacité d'énonciation, les transferts culturels des aspects les plus significatifs de sa plate-forme de création. Avant tout, parce qu’il est intéressé par l’infinie complexité des processus concrets et de la transculturation. Il dialogue avec le passé et exalte la construction des symboles et leur contenu érotique. Mendive est en relation directe avec un héritage vivant et en renouvellement. Se rencontrer avec lui-même dans ces méandres créatifs est prendre conscience de son être interne et du profond apprentissage depuis de forts événements, depuis la tolérance jusqu’à l'acceptation.

La représentation de la vie et de la mort sont au cœur de sa vision philosophique et, depuis une pratique artistique, il place sur une même ligne idéologique, la relation art/vie, la culture populaire et la légitimé, l'immortel et l'éphémère.

Son oeuvre possède un sens libérateur au-delà des croyances, des races, de la réalité immédiate et de toute relation de pouvoir. Plus qu'un peintre, Mendive est un créateur d'univers, où le spirituel et le terrestre ont une participation. Une personnalité incontournable dans l'art cubain contemporain, même lors de ces années où la religion Yoruba n’était pas bien vue, il a fait irruption avec un art plein de symboles et de mythes afro-cubains comme moyen de dénonciation, d'indépendance, de passion et de séduction pour une culture riche en éléments sensoriels millénaires.

Note:

1 – Tiré du catalogue de l’artiste.